Attica, il y a 45 ans

Publié en Catégorie: POLICES & PRISONS

Être arrêté et jeté en prison est l’état le plus proche de la mort que l’on puisse connaître au cours d’une vie.

George Jackson, Les frères de Soledad.

Il y a 45 ans, aux États-Unis, dans l’État de New York les détenus d’ATTICA se soulevaient et prenaient le contrôle de la prison. Du 9 au 13 Septembre 1971 se déroula une révolte anti-carcérale historique qui allait marquer les esprits aux États-Unis et au-delà. Le mouvement d’émancipation que connut Attica prenait ses racines tant dans les conditions déplorables imposées aux 2 200 détenus que dans la détermination née de l’assassinat de George Jackson le 21 aout à la prison de San Quentin (CA). Racisme, surpopulation, accès à l’hygiène catastrophique, sous-alimentation, mise à l’isolement illimitée, etc.
Les révoltés constituèrent une liste de revendications pour améliorer leurs conditions de détention. Ils réclamaient aussi l’amnistie concernant la rébellion en cours.
Le 13 Septembre le gouverneur Nelson Rockfeller ordonnait l’attaque de la prison. Du gaz lacrymogène fut largué par les airs et un assortiment de 1 000 assaillants, officiers de police de l’état de New York, gardes nationaux et divers volontaires entrait en faisant immédiatement feu dans Attica. En une dizaine de minutes 33 détenus étaient morts ainsi que 9 des otages membres du personnel carcéral. Les détenus furent massivement humiliés et torturés après la reprise en main de la prison.

En ce jour anniversaire du soulèvement d’Attica, le FAM1, l’IWOC-IWW2 et « Let the Crops rot in the fields » ont lancé un appel massif pour une grève historique dans toutes les prisons étasuniennes.3

Notre protestation contre l’esclavage carcéral est une protestation contre le « pipeline école-prison », une protestation contre les violences policières, une protestation contre les contrôles exercés après la fin des peines. Avec l’abolition de l’esclavage, ce ne sera plus rentable d’enfermer nos enfants ou de construire des pièges pour rattraper ceux/celles qu’ils ont été libéré.e.s. Sans les intérêts économiques et le profit générés par notre travail forcé au sein des prisons états-uniennes, tout le système des tribunaux et de la police, du contrôle et de la chasse aux esclaves sera changé afin de réellement subvenir à nos besoins en tant qu’êtres humains et non en tant qu’esclaves.

La prison affecte tout le monde. Quand nous allons nous lever et désobéir le 9 septembre 2016, nous avons besoin de savoir que nos amiEs, familles et alliéEs nous soutiennent à l’extérieur.

« L’appel à l’arrêt du travail des prisonniers aux États-Unis », traduit en français, est à lire ici4

Nous pensons qu’il n’y a pas de bonnes prisons. Nous pensons qu’il n’y a pas de bonnes raisons d’enfermer des êtres vivants. La justice qui enferme est une justice de classe mais également une justice raciste. On ne peut pas parler de prison sans dire que c’est une machine à enfermer les dominéEs, à contrôler et écraser socialement. Nombre de détenuEs y sont pour des raisons économiques et matérielles ; misES en prison par le système capitaliste, un système dont le fonctionnement est basé sur le vol de grande ampleur et la surexploitation massive. On ne peut pas parler de la prison sans dire comment elle sert la répression politique et l’étouffement des expressions dissonantes. On ne peut pas parler de l’institution carcérale sans rappeler ses liens historiques étroits avec des institutions coloniales (esclavage, bagnes, livrets de circulation, travail forcé, etc.) qui n’ont jamais été jugées, ses liens avec le contrôle et/ou la destruction de nos corps. La lutte contre la suprématie blanche et la lutte contre les prisons sont indissociables. On ne peut d’ailleurs pas parler de l’institution carcérale sans dire comment l’enfermement frappe partout les migrantEs.

Nous rappelons que le système capitaliste, impérialiste et ses bras armés sont des pourvoyeurs massifs de violences contre les corps dans la plus grande des impunités : les guerres et leur cohorte d’abus sur les populations, les déplacements contraints, le business de l’armement, les pollutions massives, les violences du travail, les violences policières, etc.

Nous ne sommes pas pour de meilleures prisons ou contre l’incarcération de masse : nous sommes contre l’enfermement quel qu’il soit et nous refusons l’idée que la souffrance organisée, industrialisée, puisse être acceptable sous pretexte de consensus collectif.

Pour ce qui est des personnes emprisonnées pour des crimes portant atteinte aux personnes parfois jusqu’à la mort, nous ne souscrivons pas à l’idée que la torture – parce qu’enfermer des êtres vivants c’est de la torture – puisse apporter une quelconque réparation.

Tout notre soutien aux grévistes et aux enferméEs de partout, aujourd’hui et demain !

Cases Rebelles (9 Septembre 2016)

Attica - Dessin : Cases Rebelles

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Des liens sur la révolte d’Attica :
http://black-destiny.skyrock.com/641313072-La-revolte-d-Attica.html
http://next.liberation.fr/culture/2011/08/20/attica-sanglant-scandale_755902
Attica zine, brochure (en anglais) réalisée par Project NIA sur l’histoire de la révolte d’Attica
The Attica Prison Uprising: Forty Years Later, documentaire (en anglais) publié par le journal The Nation

  1. Free Alabama Movement
  2. Incarcerated Workers Organizing Committee – International Workers of the World
  3. Voir l’interview d’un des membres de l’IWOC ici 
  4. page de référence inaccessible aujourd’hui

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