Autour de la Marche de la Dignité : Maboula Soumahoro

Publié en Catégorie: AFROEUROPE

Dans le cadre de la Marche de la Dignité qui aura lieu le 31 Octobe 2015 à Paris (L’appel est ici et Cases Rebelles en est signataire.) on vous propose une série d’interviews des membres du collectif Marche des Femmes pour la Dignité (MAFED). On commence avec Maboula Soumahoro enseignante, chercheuse, co-fondatrice et co-organisatrice du festival Black History Month/Journées Africana. Alors lisez, faites circuler et rejoignez la Marche !

Je ne suis pas une militante à l’origine par contre je soutiens plein de causes et plein d’associations et quand on m’invite à faire des choses et que je suis d’accord avec cette cause-là j’y vais. Mais j’insiste sur ça parce que je veux pas me faire passer pour la fille qui est dans toutes les manifestations parce que c’est pas ma culture, c’est pas ce que je veux faire.
En fait, j’ai participé aux 10 ans du Parti des Indigènes de la République au mois de Mai, à St Denis. Ils m’ont invitée. J’ai déjà fait des choses avec les Indigènes parce que j’aime bien leur discours, j’aime bien ce qu’ils représentent. Et j’aime bien le fait que tout le monde les détestent et qu’ils passent pour hyper-radicaux. On veut pas en entendre parler alors que je trouve qu’ils ont mis sur le devant de la scène des questions qui sont importantes, dont il est vraiment grand temps de parler en France donc je soutiens les Indigènes. Ils m’ont invitée pour leur 10 ans et c’était une édition qui était consacrée aux femmes, aux militantes, activistes, intellectuelles. Et à la fin de cet événement, ils ont annoncé l’envie de faire cette Marche pour la Dignité, donc le 31 octobre 2015. Ils m’ont invitée à participer. C’est eux, entre autres qui m’ont invitée…parce qu’il y avait aussi Sihame Assbague du collectif Stop le contrôle au faciès et puis d’autres femmes qui militent contre les crimes policiers.
On m’a demandé de participer, je ne suis pas la plus active des organisatrices. Il y a des réunions, des milliards de mails qui passent…Mais en tous cas je leur ai dit que je serai là pour le 31 Octobre. Et si avec mon petit facebook je peux participer, faire la pub, en tous cas donner un petit peu plus d’exposition à mon échelle…

Je suis d’accord avec la cause. Ça part de ce qui s’est passé en 2005. Certains diront les émeutes, les autres les révoltes des quartiers populaires après la mort des deux petits adolescents à Clichy-sous-bois, plus le troisième qui n’est pas mort mais qui a été très grièvement blessé. Et puis aussi la Marche pour l’Égalité de 1983 qui s’est transformée en Marche des « Beurs » quelques années plus tard alors qu’ils se sont pas du tout présentés à la France comme « beurs » mais soit comme « enfants d’immigrés » ou soit « nouveaux français ».
Comme la Marche de la Dignité s’inscrit dans cette généalogie moi je vais aller marcher je sais pas si il faudra parler mais en tous cas je soutiens. J’ai pas de grands rêves pour cette marche ; c’est juste une sorte d’insertion dans le débat public, dans l’espace public mais c’est important qu’elle existe. Ça partira de Barbès et ça ira jusqu’à la Bastille. Des manifestations à Paris y’en a plein donc celle-là m’intéresse et j’irai.

Ça réunit tellement d’énergies, d’associations de collectifs différents qui se sont regroupés pour mettre sur la table des questions qui  sont là, qui nous secouent aujourd’hui. Quand on parle de crimes policiers, de pauvreté, je sais pas, quand on parle de toutes les insultes sur des communautés ciblées c’est pas que des concepts, c’est pas une sorte de masturbation intellectuelle, la pauvreté, l’oppression, la résistance… En tant qu’enseignante-chercheuse c’est des choses que je peux étudier mais par rapport à mon identité, par rapport à mon corps ce sont des chose qui vraiment modèlent mon expérience donc on est obligé un moment d’en parler et puis d’essayer de règler les problèmes. Quand on dit qu’il y a des jeunes qui se sont faits tuer par la police c’est pas seulement une statistique ; c’est une famille qui pleure, des proches qui sont en deuil, ça c’est concret. Et on fait comme si, pour certaines personnes qui meurent, comme si ce n’étaient pas des personnes, comme si elles ne manquaient à personne, comme si ça n’allait pas avoir un impact durable  sur la vie de plusieurs individuEs. Les gens qui sont en position dominante en parlent comme si eux-mêmes  n’avaient jamais vécu un deuil, comme s’ils ne s’étaient pas effondrés à un enterrement, comme si quelqu’un ne leur avait pas manqué terriblement. Et bien c’est pareil même pour les gens qui sont pauvres , qui sont pas blancs, pas hétérosexuels, toutes ces identités marginalisées. La Marche de la Dignité c’est aussi  réaffirmer cette humanité commune.

Entretien réalisé en Septembre 2015 par Cases Rebelles.

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