Adama Traoré est mort à 24 ans le 19 juillet 2016 à la gendarmerie de Persan. Depuis, proches et soutiens se battent sans relâche. Depuis, c'est cinq de ses frères qui ont été condamnés tandis que les responsables de sa mort sévissent toujours. Nous avons souhaité ce dossier pour rendre hommage à un combat qui nous donne de la force. Nous l'avons souhaité aussi parce qu'il faut répéter inlassablement comment l’État méprise et réprime la famille Traoré déjà meurtrie, et aggrave son crime initial. Ce dossier est dédié à celles et ceux qui luttent, dehors ou enfermé.es.
Nous le dédions aussi tout particulièrement à Tata, la maman d'Adama.

YACOUBA

Quand Adama Traoré meurt, son jeune frère Yacouba n'a que 20 ans. Il n'a jamais connu la prison. Sorti de l'école avec un bac pro en poche, c’est un jeune homme sans difficultés, qui travaille. La terrible mort d'Adama va le jeter brutalement dans la lutte et la répression va infléchir considérablement la courbe de son destin. Depuis il a connu de nombreux mois de prison et est toujours incarcéré. On vous encourage à lui écrire.

Yacouba Traoré
Numéro d’écrou 18738
Centre pénitentiaire de Meaux-Chauconin-Neufmontiers
Rue du Lycée
77100 Chauconin-Neufmontiers

YOUSSOUF

Youssouf était un pilier du comité Adama. Il s'occupait non seulement de la gestion de la vente des t-shirts mais il prenait aussi la parole. C'est sans conteste son engagement qu'on lui fait payer en l'emprisonnant. Youssouf ne connaissait pas la prison avant la mort de son frère. Désormais elle le prive de sa femme, de ses enfants, de ses frères et sœurs. De son désir légitime de lutter pour que justice soit faite !
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La prison est un dispositif politique de contrôle et d'écrasement où sont enfermé.es celles et ceux que leur statut social y prédestine. Elle fait aussi partie de l'arsenal de criminalisation des luttes. Les frères Traoré appartiennent à une frange de la population qu'on enferme massivement - noirs, pauvres, de quartier populaire - tout en étant au cœur d'une lutte politique. L'ombre les menaçait doublement ; mais nous refusons de les y laisser croupir.

LIBERTÉ POUR BAGUI !

La justice cherche à enterrer un autre frère Traoré, à enterrer vivant cette fois-ci. Quand l'heure viendra, il nous faudra opposer la plus forte des résistances à la justice punitive qui le menace. Cette heure approche et nous comptons massivement sur vous. Le comité Adama compte sur vous. Bagui compte sur vous. N'hésitez pas à lui écrire :
TRAORE Bagui - numéro d'écrou 92259 - Maison d'arrêt de bois d'Arcy, 5bis rue Alexandre Turpault - 78390 Bois-d'Arcy

SAMBA et CHEIKNÉ ont aussi été touchés par la répression du tribunal de Pontoise, condamnés respectivement à 30 mois ferme et  14 mois avec sursis. Force à eux! Compte tenu de leurs situations actuelles, nous avons préféré nous attarder sur Yacouba, Youssouf et Bagui.

Quelques membres du comité Adama, présents depuis le début,  nous parlent du combat, de la répression et de leur engagement pour la justice et contre le fatalisme.

Le plus beau jour de l'été : un récit du 21 juillet 2018,
par Cases Rebelles

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Les mots d'Assa

Pour nous, ils veulent éliminer les frères Traoré de la société, ils veulent nous exclure. Avant Adama Traoré il n’y avait pas de « Yacouba Traoré », pas de « Youssouf Traoré », pas de « Bagui Traoré », il n’y avait pas « les frères d’Adama Traoré ». Le parquet de Pontoise aujourd’hui a déclaré la guerre ! Il faut savoir qu’on a fait muter Yves Jannier qui vient de Pontoise ! On les a quand même humiliés plusieurs fois, par leurs mensonges ; on a le soutien du procureur général de Versailles. Le dépaysement ils ne le supportent pas ; aujourd’hui ils sont en train de se venger. Donc c’est lourd, on subit un acharnement… c’est de l’abus de pouvoir qu’on vit chez eux ; c’est vraiment dégoûtant. Pontoise qui a été dessaisi de l’affaire du fait de sa mauvaise gestion se venge. S’ils avaient fait preuve de la même énergie pour l'affaire Adama Traoré, elle n’aurait pas été dépaysée de chez eux et les gendarmes auraient déjà été condamnés là-bas.
Vous pouvez écrire à mes frères, ça leur fera beaucoup de joie. Ça leur fait plaisir de recevoir du courrier, quand on fait passer des messages. Pour Youssouf, il y a quelqu’un qui me donne des livres. Mes frères, pour eux, rien que de savoir que les gens comprennent bien que ce n’est pas eux qu’on juge mais le combat Adama Traoré c'est important. Ils sont très touchés quand ils voient tout ça et ça leur fait plaisir. Donc oui, leur écrire ça leur ferait beaucoup de bien, savoir que d’autres personnes leur apportent leur soutien.

Extrait d'un entretien réalisé par Cases Rebelles en novembre 2018.

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Merci à Assa, Youcef, Almamy, Lotfi, à tout le comité Adama et à la famille Traoré.
Merci à La Meute et à NnoMan pour les photos.