Commémoration pour Lamine Dieng : le 20 juin 2015

Publié en Catégorie: AFROEUROPE, POLICES & PRISONS

Voici une courte interview avec Ramata Dieng1 à propos des violences policières en France. Lamine Dieng, son frère, a été étouffé par la police le 17 juin 2007 à Paris2 . Depuis 8 ans sa famille lutte pour obtenir justice. Nous avons rencontré Ramata à Nantes pendant les Rencontres Historiques les 8 et 9 mai 2015 ; elle revient ici sur l’impunité qui protège les policiers en France, et nous dit quelques mots à propos de la commémoration pour la mort de son frère, organisée le 20 juin prochain.

Crimes policiers et impunité en France

« Depuis la mort de mon frère j’ai fait le recensement en France et je me suis aperçue que chaque mois il y a minimum une personne qui est tuée par la police, et c’est toujours un noir ou un arabe. Faites le bilan sur l’année : ça fait minimum 12 personnes chaque année ; et sur plusieurs décennies c’est l’hécatombe. Et j’allais dire que je ne comprends pas que la justice ne fasse rien mais si, elle fait quelque chose quand on observe bien la situation : elle dédouane les policiers ; elle leur délivre un permis de tuer, tout simplement. Donc on essaie de trouver des solutions dans la société civile, et l’objectif de ça c’est que la société civile fasse pression sur l’État et que l’état prenne les mesures qui s’imposent : à savoir condamner ces policiers, les enfermer comme la loi le prévoit. La loi prévoit que lorsqu’on supprime une vie humaine on soit puni, et la punition qui est en place actuellement c’est la prison donc on veut que ces policiers soit mis hors d’état de nuire. Parce que aujourd’hui et demain ils sont encore en mesure de faire exactement ce qu’ils ont fait à Lamine, c’est-à-dire l’étouffer mais le torturer d’abord, parce que mon frère a été torturé pendant 30 minutes. C’est pas une balle perdue. C’est pas un accident. On ne peut pas considérer que c’est un accident parce que ça a duré 30 minutes et qu’il y avait 8 policiers quand même ; et que sur les 8 policiers y en a pas eu un, un seul, pour raisonner les autres et sauver la vie de mon frère, épargner la vie de mon frère. »

La commémoration du 20 juin

« Cette année ça va faire 8 ans. L’année dernière le juge a prononcé un non-lieu sur la mort de mon frère ; nous avons fait appel immédiatement et donc l’audience de la cour d’appel a lieu le 12 mai (le verdict est attendu le 16 juin). On attend cette décision avec impatience même si on ne se fait aucune illusion, parce qu’au vu de l’historique on a constaté que la justice continuait à couvrir, donc on espère quand même qu’on ne sera pas contraints, comme les familles de Zyed et Bouna, d’aller jusqu’à la cour de cassation. Mais si cela est nécessaire, bien sûr nous le ferons, jusqu’à la cour européenne même. Donc voilà on est dans cette attente.

Pour ce qui est de la commémoration : les 8 ans ça sera le 17 juin prochain et on va commémorer le samedi qui vient, ça aura lieu le 20 juin, le samedi de 14h30 à 18h, évidemment on invite tout le monde à venir encore une fois, parce que ce phénomène-là concerne toute la société et le but de notre lutte c’est d’une part obtenir justice pour les victimes qui sont tombées mais surtout empêcher que ça se produise à nouveau. Voilà c’est pour cela que ça concerne toutes familles, alors tant que nous ne nous mobiliserons pas massivement je pense que le gouvernement ne nous entendra pas et les victimes continueront à tomber ; la preuve en est que ça fait des décennies que ça dure. Y a Basta Mag qui a fait un recensement des victimes sur 40 ans ils ont recensés et les chiffres sont vertigineux ; ça on peut le trouver également sur leur site3 .

C’est le 20 juin à Paris dans le 20e, au 58 rue des amandiers, Métro Père Lachaise sur la ligne 2 et 3.« 

Interview du 9 mai 2015.

A lire également : l’entretien avec Ramata Dieng dans « Permis de tuer. Chronique de l’impunité policière » sorti par le Collectif Angles Morts en 2014.

  1. Comité Vérité et Justice pour Lamine Dieng et le Collectif Vies Volées, elle est également membre du MIR-France
  2. Lamine avait 25 ans
  3. Basta Mag, « Bavures policières mortelles : trente ans de quasi impunité? », http://www.bastamag.net/Bavures-policieres-mortelles

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