Denis Theodore Goldberg

Publié en Catégorie: AFRIQUE DECOLONIALE, ALLIE-E-S

Portrait de Denis Theodore GoldbergDenis Theodore Goldberg est né le 11 avril 1933 en Afrique Du Sud, au Cap, dans une famille d’intellectuels communistes. Il a étudié le génie civil.
Il s’implique dès les années 50 au PC Sud Africain (à l’époque clandestin, interdit par le régime en 48) et au Rassemblement de Démocrates. Ce dernier groupe était l’aile blanche du Congress Alliance, un rassemblement dirigé par l’ANC qui incluait également le SAIC, le parti indien, et le CPC, parti de ceux que le régime considéraient comme métis-ses. En 53, Goldberg s’implique également dans la Modern Youth Society, des marxistes qui organisaient des conférences, des cours politiques nocturnes, des groupes, des discussions, des camps et des pique-niques racialement mixtes.
Denis Goldberg organise, en tant que membre du Rassemblement des Démocrates, sa première grosse campagne de mobilisation autour de la Charte de la Liberté1.  Il s’agissait d’une déclaration de principes de base réclamant l’égalité, établie par le Congress Alliance. La charte fut officiellement adoptée le 26 juin 1955 à Kliptown lors d’un meeting réunissant 3000 délégués qui en approuvèrent chaque article au cris de « Afrika » et « Mayibuye ».

A l’issue de cette campagne Goldberg qui travaille dans les chemins de fer comme ingénieur technicien est renvoyé.

Dans les années 60, il rejoint Umkhonto weSizwe (qu’on traduit en français par Fer de Lance de la Nation) branche armée de l’ANC fondée en 61, en tant qu’officier technique. Sa formation d’ingénieur lui permet d’aider à la fabrication d’armes. Il travaille avec Fred Carneson, Looksmart Ngudle et Barney Desai au commandement régional.

Nous avons choisi de ne pas utiliser d’explosifs à Cape Town, mais de s’en tenir au simple sabotage. Lancer une corde sur un énorme bouquet de lignes téléphoniques, les arracher, et l’ensemble de Somerset West et le Strand et Gordons Bay n’avait plus de téléphone. Ou nos hommes d’Umkhonto weSizwe déterraient un câble et y mettaient un coup de pioche, de telle sorte que tout le réseau téléphonique le long de la côte était mort. Les gens des télécoms pourraient venir réparer, mais le truc c’était que les forces de sécurité devaient empêcher que ce genre de choses arrivent.

En 1962, le gouvernement sud-africain modifie son arsenal législatif pour permettre de longues périodes de détention sans procès, qui conduisaient souvent à ce que des militant-e-s craquent sous la torture. Il quitte le Cap puisqu’il risque d’être parmi les premiers arrêtés, étant connu comme Le technicien de ses groupes politiques. Il envisage de fuir le pays mais le haut commandement d’Umkhonto weSizwe lui demande de rester pour travailler à la fabrication en grand nombre d’armes (grenades, mines, etc) afin de préparer l’opération Mayibuye ; ce projet avait pour but d’initier des opérations de guérilla, qui pourraient déclencher une insurrection armée de masse.

Goldberg accepte. Il achète une petite ferme à la campagne à Krugersdop comme couverture. Mais il est arrêté en juillet 63 à la ferme Lilliesleaf de Rivonia avec 16 autres leaders de l’ANC. Le régime était sur la piste de Walter Sisulu, militant recherché, et s’offrit là, par le plus grand des hasards, un coup de filet exceptionnel.
L’accusation contre Goldberg comprenait 4 chefs d’inculpation. Au vu de la multitude des preuves et des témoins à charge, il fait le choix de plaider coupable et de se charger pour protéger d’autres accusés. En juin 64, il est jugé coupable et est condamné, 4 fois, à la prison à vie par la cour suprême de Pretoria.

Ce procès, rentré dans l’histoire comme le Procès de Rivonia, fut historique et c’est à cette occasion que Nelson Mandela, le plus célèbre des accusés, livre le discours du 20 avril 64 qui sera largement repris dans la presse internationale. En voici un extrait :

Cela dit, je dois aborder immédiatement et en détail la question de la violence. Certaines des choses dites par la Cour jusqu’à présent sont vraies et d’autres sont fausses. Je ne nie pas, cependant, que j’avais prévu des sabotages. Je ne les ai pas prévus, par inconscience ou par amour de la violence. J’y suis venu suite à une évaluation calme et sobre de l’évolution de la situation politique après de nombreuses années de tyrannie, d’exploitation et d’oppression de mon peuple par les Blancs.2

Après 22 ans de prison Goldberg est libéré et s’exile à Londres pour retrouver sa famille. Il y travaillera à l’ANC de 86 à 94, en tant que porte-parole et représentant à l’ONU. Il passera également beaucoup de temps en Suède.

… ma tâche était de voyager et de parler, parce qu’on utilise la plate-forme politique qu’on a, celle du ‘camarade blanc qui avait été 22 ans en prison’. Les gens demandaient: « Pourquoi vous, un blanc, êtes impliqué dans la lutte du peuple noir? » Et je disais: « Je suis impliqué dans la lutte pour tous les peuples. Je veux que mes enfants grandissent sans avoir à se soucier de ces choses.»

 

Lorsque De Klerk a fait son annonce, c’était un changement si radical que l’on s’est dit: « Qu’est-ce qu’il a donc dans sa manche? C’est quoi le piège? Est-ce pour nous désarmer au sens figuré, mais aussi au sens littéral de la lutte armée?  »
Nous menions une lutte pour maintenir les sanctions, la lutte armée était très difficile, même si nous savions que nous avions des soutiens en Afrique du Sud, à cette époque. Mais ce fut aussi pour nous un moment de bouleversement. Nous étions tellement habitués à être illégaux, à devoir nous battre pour nous faire entendre. Le but principal de l’ANC en exil c’était d’obtenir des audiences dans les milieux diplomatiques dans l’espoir de pousser les gouvernements à soutenir la lutte contre l’Apartheid en faisant pression sur le gouvernement pour qu’il change. Tout à coup, le gouvernement dit: «Oui, nous allons changer! » Que faisons-nous ensuite? Il nous a fallu repenser radicalement nos attitudes. Ce n’est pas comme si nous avions marché sur Pretoria, avions pris le pouvoir et mis en place un gouvernement, ce qui est le rêve de tout révolutionnaire.

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Malgré la fin de l’Apartheid, Goldberg choisira de rester en Europe. En Avril 1995, au moment du premier anniversaire des premières élections démocratiques sud-africaines, il crée une ONG basée en Angleterre nommée Community Heart. Elle est toujours active sur différents fronts en Afrique du Sud notamment au niveau de l’éducation et elle soutien le centre contre le viol du Cap.

En 98 Goldberg s’est investi dans la fondation d’une autre ONG, Computer Aid International, et il en est toujours le président.

Il reviendra en Afrique du Sud en 2002. De cette date à 2004, il sera conseiller spécial du ministre des Eaux et Forêts, Ronnie Kasrils.

Il a écrit sa biographie nommé The Mission: A Life for Freedom in South Africa (non traduit en français) en 2010.
En 2012 il participait aux conférences organisées à l’occasion des 100 ans de l’ANC, en soutien aux palestiniens en résistance contre l’Apartheid israélien, et soulignait l’importance des pressions extérieures de boycott, etc.

Rappelons ce qu’il disait dans une interview en 2005-2006 de la lutte sud-africaine :

Nous avons toujours dit qu’il y avait quatre piliers à notre lutte: la lutte clandestine, la lutte politique au grand jour, le mouvement de solidarité internationale, et notre lutte armée. Le mouvement de solidarité a été très important, il est largement reconnu que l’isolement du régime de l’apartheid a été déterminant pour notre libération.

Cases Rebelles

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Toutes les citations de Denis Goldberg sont tirées et traduites de son interview avec Madi Gray datant de Novembre 2005 et Avril 2006:

http://www.liberationafrica.se/intervstories/interviews/goldberg/

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  1. http://www.anc.org.za/show.php?id=72
  2. http://www.historyplace.com/speeches/mandela.htm

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