Entretien avec Boots Riley – Deuxième partie

Publié en Catégorie: AMERIQUES, BAY AREA, LUTTES ACTUELLES, PORTRAITS

Dans cette deuxième partie Boots Riley parle de son investissement dans le mouvement Occupy Oakland et de la question des stratégies militantes.

Cases Rebelles : Tu es très actif dans le mouvement Occupy Oakland, est-ce que tu peux nous dire comment tu en es venu à t’y investir, et où ça en est aujourd’hui ? D’ailleurs, est-ce que tu restes vraiment connecté lorsque tu es en tournée?

Boots Riley : Par chance je ne suis en tournée que depuis quelques jours et ça durera 13 jours, après je serai de retour à Oakland ; alors juste avec Internet… je parle aux gens par internet, c’est comme ça que je reste connecté avec eux pendant que je suis en tournée. Pour ce qui est de comment ça a commencé, comment je me suis investi, disons que d’abord cet été j’ai visité la place Syntagma en Grèce qui est un des endroits dont s’inspire le mouvement Occupy WallStreet. Et j’ai visité Barcelone où il y a le mouvement qui avait inspiré la Grèce. Ensuite il s’est trouvé que j’étais à New York quand le mouvement Occupy Wall street a commencé. Je suis allé y faire un tour et j’étais vraiment pas impressionné. Je me disais vraiment « waw, c’est juste une bande de hippies… et ils font ce truc de démocratie directe qui prend des plombes et votent toutes les décisions… et je ne comprends pas ce qu’ils disent, je ne comprends pas leurs objectifs et ils n’ont même pas des demandes claires… » alors je m’étais dit : « Non, je m’engage pas dans ça ».

Ensuite Occupy Oakland a commencé, et je suis allé là-bas le premier jour, et j’ai aussi joué là-bas quelques jours plus tard. Alors je restais en contact avec des personnes qui y étaient actives. J’y suis allé quelques fois, j’ai vu qu’ils faisaient des groupes d’études et ça semblait intéressant. Mais en fait je pensais que le potentiel du mouvement était dans sa capacité à créer un mouvement qui pourrait vraiment bloquer l’industrie à des niveaux clés et exiger certaines réformes. Et je disais ça publiquement. Donc quand ils ont eu leur première notification d’expulsion, je veux dire quand ils se sont faits expulser la première fois, j’ai aidé à diffuser la nouvelle parce que je peux parler à de nombreuses personnes en même temps par internet, par différents sites, différents Facebook et Twitter. Ça peut toucher 1500 personnes d’un coup. Alors, j’ai lancé un appel pour que du monde vienne, j’ai relayé leur appel de rassemblement au tribunal pour revenir et reprendre la place. Personnellement je voulais juste y passer un moment parce que, comme je disais auparavant, en ce moment je travaille sur mon album donc pour moi c’était genre « je vais au rassemblement – pas au tribunal mais à la bibliothèque – donc c’était , je vais à la biblio et je reste une heure ». Mais quand je suis arrivé là ils m’ont demandé de parler aux gens. Donc c’est ce que j’étais en train de faire et quelqu’un a murmuré à mon oreille : « On va marcher et reprendre la place ». Et ils me l’ont murmuré et je l’ai répété, et là tout le monde a crié « ouais! ». Et du coup je me suis dit « ah merde, maintenant je suis obligé d’aller marcher avec eux » vu que je venais juste de dire ça.

Ensuite pendant la marche quelqu’un m’a encore passé le mégaphone en disant « Ok, aide nous ! Fais les chants! » alors j’ai fait les chants. Ensuite on est arrivé à un endroit où il fallait décider où aller et la même personne me dit « On va où maintenant ? On devrait prendre quel chemin ? » et moi j’étais genre « Je sais pas ! Qui dirige ? », « Personne, on ne sait pas ce qu’il se passe. » Du coup j’ai fini par prendre une place dans ce truc et je suis investi depuis. Et quand on est revenus à la place le jour suivant j’ai fait partie des personnes qui ont proposé une grève générale, et donc j’ai participé à la mettre en place.

          À Oakland il est surtout question de faire des connections avec les travailleurs et de créer plus de mouvements autour du travail. Parce que partout ce qu on fait, on est producteurs de richesse. Et donc la question est comment on se rassemble, et c’est là que réside notre pouvoir ; on produit de la richesse quoi qu’on fasse, on produit de la richesse pour les gens, donc comment fait on pour retenir cette richesse parce que c’est un moyen que nous avons pour récupérer du pouvoir dans nos vies. Alors on travaille avec des syndicats classiques mais on est aussi au-dessus de ça, on n’est pas piégés dans ça.

          Souvent quand je suis détourné de mon boulot, ma musique, je suis capable de me dire « bon je ne peux pas m’investir faut que je laisse tomber ce truc, parce que les idées que je mets dans ma musique elles touchent plein de gens et elles peuvent pousser des gens à s’organiser politiquement et d’autres trucs comme ça ». Dans ces cas-là je suis capable de me recentrer sur la musique. Là c’est un peu plus dur parce que faire vraiment une grève générale ou organiser une action à Occupy Oakland, c’est comme une chanson en fait, c’est comme mettre en œuvre des idées dans la réalité. L’autre truc qu’on fait c’est de réinstaller des familles dans les maisons dont elles ont été expulsées, à cause de saisies. Donc je pense que ça va parler à beaucoup de gens. Et on va faire des mobilisations politiques autour d’endroits qui ne sont pas mobilisés…des fast-foods, des supermarchés… des secteurs de travail pas syndiqués. Et comme on est nombreux on n’a pas à se tenir aux règles imposées aux syndicats. Les syndicats sont soumis à toutes ces règles et doivent se conformer à toutes ces lois, ces conventions qui sont votés. On a le pouvoir d’amener 3 à 10 000 personnes à un endroit et de faire fermer l’endroit si ils déconnent avec les travailleurs qui sont là.

On a lancé un appel pour cette grève générale ; et pas seulement en réponse aux violences policières … On dit aussi qu’on va pas seulement s’occuper des violences policières parce que c’est… de quelque façon que tu y regardes c’est toujours un peu perdu les trucs qui se font autour des violences policières ; le maximum que tu obtiens aux États-Unis c’est que le flic est transféré dans un autre corps de police et tout le monde se sent vidé parce qu’il n’y a rien qu’on puisse vraiment faire contre ça. On a décidé de montrer où était notre pouvoir… donc on a 50 000 personnes dans une ville qui a seulement je pense genre 400 000 habitants ; 50 000 personnes qui sont venues et un tas de gens sont simplement restés chez eux au lieu d’aller travailler, donc ça fait beaucoup de participation. On a bossé avec le syndicat Longshore des dockers1 pour faire fermer le port. Et on a causé des millions de dollars de perte juste par cette action. A ça s’ajoute toutes les pertes causées par la part plus classique de la grève. Donc ça a été un succès. On a eu mauvaise presse parce que quelques personnes ont cassé des vitrines ; genre « oh c’est violent. C’est un mouvement violent ! ». La vérité c’est que sans violence il n’y a pas de syndicat parce qu’il faut forcément maintenir les briseurs de grève à l’écart. Du coup on sait bien que ça ne peut pas être non-violent. Et puis ces vitrines ont coûté quelques centaines de dollars de dommage. La grève dans le port a coûté des millions de dollars de dommages. Alors pourquoi on se focalise sur les vitrines ? Ils utilisent ça pour essayer de déconnecter les gens mobilisés de la communauté ; ils essaient de faire croire qu’il n’y a pas de vraies revendications, mais nous avons de vraies revendications et nous avons une vraie analyse.

 Tu dis qu’à Occupy Oakland tu as vu émerger des nouvelles formes d’organisation, tu peux nous en dire un peu plus ?

Ils font ce truc de démocratie directe dans de nombreux mouvements Occupy ce qui veut dire que les décisions se prennent à un consensus prédéfini, ce qui veut dire que 90% des gens doivent être d’accord avec la décision. Alors imaginons qu’il y a une proposition ; ils font un premier vote consultatif pour voir combien de personnes sont d’accord et combien ne le sont pas. Et donc à ce moment le vote n’est pas fait, à ce moment ils prennent les « pour » et les « contre » de manière à ce que chacun puisse se lever et venir parler face au public pour ou contre la proposition. Juste pour dire des trucs ou poser des questions pour éclaircir la proposition qui a été faite. Ensuite tout le monde se sépare en groupes de 20 personnes pour en discuter. Il doit y avoir 300 personnes qui sont là, alors tout le monde se sépare en groupe de 20, en discutent et ensuite votent. Un compteur vient et compte les votes de tout le monde. C’est un long processus.

Mais j’ai été impliqué avant dans d’autres organisations qui se considèrent révolutionnaires, et même celles qui n’étaient pas révolutionnaires ; les gens viennent et voient ce petit groupe de gens qui semblent vraiment connaître leur sujet se disent « ouais, je suis intéressé mais l’allure de cette personne ne m’inspire pas confiance… ou je ne pense pas que ce truc va me correspondre, je ne sais pas si j’ai ma place… ils ont l’air d’en savoir tellement plus que moi ». Occupy Oakland c’est un truc où dès que t’arrives t’as l’impression de faire partie du mouvement, t’as l’impression que tu peux t’investir, t’engager comme n’importe qui d’autre. Il n y’a pas de militants experts, il y juste des gens qui donnent plus ou moins de leur temps. C’est tout… Alors je pense que là dedans il y a plein de gens se réunissent là alors qu’ils ne le feraient pas en temps normal ; d’habitude ils sont en très petits groupes, mais là ensemble ils sont capables de marquer l’esprit du reste de la communauté.

Est-ce qu’il y a une place dans Occupy Oakland pour les questions de race?

J’ai milité dans de nombreuses organisations, des organisations radicales multiraciales, des orgas radicales seulement pour les noirEs, ou pour des gens de couleur. Et le truc au sujet de certaines de ces organisations à Oakland, c’est qu’elles restent strictement à distance des questions économiques. Parce qu’ils ont décidé – en fait je ne sais pas si c’est une décision – bref l’idée c’est de parler de la race en dehors de la question économique, ce qui n’a pas de sens. Parce que pour nous les noir-e-s la question c’est « comment diable on va bien pouvoir faire pour survivre?! ». Et certaines personnes qui ont monté ces organisations, même quand ils sont radicaux, quand ils ont décidé de militer, ils décident de juste militer contre la violence policière, le racisme au travail et des trucs comme ça ; et ça les éloigne de la plupart des noirEs. Parce que les gens vont être genre « ah ouais, c’est un sujet intéressant, mais j’ai besoin de trouver une solution pour payer le loyer ». Donc en réalité il y a ce groupe de gens et je les connais tous, et j’ai milité avec eux, des gens de couleur qui se considèrent comme des activistes, qui disent que Occupy Oakland ne traite pas les besoins de la communauté noire. Pourtant Occupy Oakland mobilise plus de noir-e-s qu’il n’en ont jamais eu dans leurs organisations ; et pas juste plus de noir-e-s mais plus de noir-e-s du ghetto.

Pourquoi ? Parce que le gens sont touchés par un mouvement qui peut vraiment leur donner du pouvoir. Ils ont parlé dans des manifs de la violence policière. La place a été renommée Oscar Grant Plaza parce que nombre des gens investis, même les blancs investis dans le mouvement, étaient les gens mobilisés dans le mouvement autour de la mort d’Oscar Grant. En fait je pense que le problème avec certaines de ces personnes, ces nationalistes culturels qui critiquent Occupy Oakland, c’est qu’ils refusent d’avoir une analyse de classe. L’analyse de classe doit inclure la race ; parce que c’est ainsi que la race, la théorie de la race fut créée pour justifier l’esclavage. Mais avant ça on parlait des gens juste en fonction du pays dont ils venaient, des nations. Et donc juste l’idée qu’il y a des races a été construite pour supporter le capitalisme. Mais cependant je pense qu’il faut traiter le racisme et que ça doit être fait en même temps que la lutte pour du travail.

D’ailleurs, en dehors des noirEs du ghetto, quand on parle des syndicats à Oakland on parle de gens de couleur en grande majorité. Le ILWU, le syndicat de dockers, c’est une majorité de noir-e-s et c’est avec eux qu’on a travaillé. Toutes ces années – j’ai milité depuis 1985 à Oakland – toutes ces années un grand nombre de ces groupes ont refusé de travailler avec les gens dans les syndicats. Avant on voulait mobiliser les travailleurs des fast-foods et on y est pas arrivés. Pourquoi ? Parce pas mal des gens qui travaillent dans les fast-foods sont asiatiques et latinos, et pas mal de ces personnes qui proclament aujourd’hui que Occupy Oakland ne traite pas les problèmes des noirEs ne voulait pas le faire parce qu’ils ne voulaient pas militer avec des asiatiques et des latinos.

La vérité c’est que Oakland est principalement noir, latino et asiatique. Et les problèmes auxquels les gens font face sont économiques. J’espère qu’Occupy Oakland élargira l’analyse de certaines de ces personnes dont je parle, qui au lieu de s’y investir attaquent Occupy Oakland, sans avoir d’autres alternatives, et sans la moindre idée précise de comment Occupy Oakland fonctionne.

En vérité, Occupy Oakland comme ça fonctionne avec la démocratie directe, si des noirEs militantEs voulaient définir quotidiennement les objectifs, tout ce qu’ils ont à faire c’est de se pointer avec 200 autres noir-e-s ; mais ils ne peuvent pas ramener 200 personnes parce qu’ils n’ont jamais… Nombre d’entre eux peuvent ramener du monde pour une soirée spoken word ou un concert. Pas parce que ce ne sont pas des gens bien , ce sont des gens bien, ouverts, et beaucoup d’entre eux sont mes amis, je discute avec eux comme des amis et des camarades. Mais le problème c’est l’analyse, et ça c’est vraiment ancré dans la politique des nationalistes culturels.

Vous voyez à Oakland Ouest par exemple où je vis, les gens avaient l’habitude de traîner toute la journée et écouter de la musique, du hip-hop en cognant sur leur voiture « bong bong » avec de grosses enceintes sortant de leur voiture. Et y a du monde autour qui boit, qui fait la fête, des trucs comme ça. Ensuite des gens qui se considèrent comme des militants sont arrivés et on regardé ça comme… Ils ont trouvé que c’était rétrograde, que ce n’était pas constructif pour la communauté. Alors ils ont essayé de mettre en place des cercles de percussions. Et moi j’suis genre « mais c’est ça le cercle de percussions. Pourquoi vous installez un autre truc à part alors que les gens qui vivent ici depuis des décennies ont leur propre cercle de percussions ? » Et ça c’est lié au fait qu’ils ont une idée très étroite de ce qu’est être noirE. Et c’est très séparé de… Et bien sûr je généralise parce que tout le monde n’est pas… c’est ma première réaction. Mais il y a de vrais problèmes.

La vérité c’est que tout le monde est raciste. Et il y a beaucoup de blancs dans Occupy Oakland donc de toute évidence du racisme il va y en avoir. Ça c’est une chose. Mais c’est un problème parce que ces militants dont je parle n’ont pas de connexion avec la communauté noire. Alors ce mouvement-là a émergé. Et où sont les noirEs ? C’est un problème. Mais c’est aussi le problème des campagnes qu’on mène. Mais je le dis encore, on a plus de noirEs investiEs que ce qu’il y a eu avant. Je pense que Occupy Oakland peut questionner tout ce que les gens veulent ; il faut juste qu’il y ait une proposition formelle et qu’elle puisse être portée… Il y a quelques groupes de militantEs noire-s qui sont actifs dans Occupy Oakland. L’un c’est ONYX, l’autre je crois que c’est Black Riders. Le fait est que la plupart des facilitateurs de parole dans Occupy Oakland sont noirEs. Et certains des militantEs clés sont noirEs. Et le campement actuel, les gens qui campent dehors, la moitié ce sont des noirEs. Pour certains c’est de la pure nécessité.

De nombreux militants étaient investis dans des trucs comme le mouvement Stop the violence parce que les gens s’entretuaient à Oakland. Et parce que ces mouvements étaient portés par des assos, investies sur des trucs spécifiques, de nombreux activistes en sont venus à l’idée qu’on stoppait la violence en calmant les gens. Mais la vérité c’est que la violence existe parce qu’il y a une économie parallèle ; les gens doivent survivre, les boulots ne payent pas assez donc ils doivent vendre de la came. Il y a une culture qui découle de ça parce que tu ne peux pas attaquer en justice quelqu’un qui t’a arnaqué dans un deal de came, tu ne peux pas avoir un permis d’occupation pour ton coin de rue disant que tu es ou vous êtes les seuls autorisés à vendre de la came à cet endroit. Alors les choses se gèrent physiquement et ça fait partie de l’économie parallèle. Donc si on veut arrêter la violence il faut qu’on arrive à faire en sorte que les boulots soient plus payés. Et je répète ça depuis des années. Mais un tas de gens se sont mobilisés autour d’autres choses…

Et du coup ils ont l’impression qu’au regard de leur façon de faire pour les questions de race, Occupy Oakland devrait juste dire « il faut stopper la violence ». Et ça c’est vraiment un discours de la classe dirigeante de dire que c’est à la communauté de stopper la violence. Mais la vérité c’est que si on veut stopper la violence il faut des boulots qui dans la communauté payent assez pour que les gens puissent survivre. Parce qu’il y a des gens qui vendent de la came et qui travaillent à Mc Do, ou travaillent et font n’importe lequel des petits business qu’ils peuvent faire, pas seulement vendre de la came mais trafiquer de tout, du parfum ou autre. Peu importe ; la raison c’est que le travail ça ne paye pas assez.

On aimerait que tu réagisses à cette citation issue de « Negroes with guns » de Robert Franklin Williams :

[…] nous croyons aussi que tout combat pour la libération devrait être flexible. On ne doit pas s’enfermer dans la croyance que seulement une et une seule méthode mène à la libération. C’est vraiment être dogmatique. Et ça nous fait tomber dans le même type de dogmatisme que celui pratiqué par les fanatiques religieux. On ne peut pas se payer le luxe de ce genre d’attitude.2

Boots : Je pense que… ça illustre bien mon expérience quand j’ai vu pour la première fois le mouvement Occupy Wall Street à New York et j’étais là genre « ce n’est pas comme ça que ça devait se passer selon les livres. Ça n’a pas de sens ». En fait le plan que j’avais dans ma tête, ça ne correspondait pas ; et je pense qu’un tas de gens qui n’aiment pas Occupy Oakland sont aussi des ex-révolutionnaires, ou genre des vieux du parti communiste qui sont genre « ce n’est pas bien. J’apprécie pas que vous ayez changé le nom de la place en Oscar Grant Plaza… Je n’aime pas ça… Vous vous y prenez mal ». Et ça vient de la même idée, l’idée qu’il y a une définition stricte de comment les choses devraient se faire, et j’avais ce même genre d’idées. Et pour le coup c’est pas du tout faire preuve de souplesse. Et ce n’est pas non plus scientifique ; parce que scientifiquement il faut réaliser qu’un mouvement révolutionnaire va venir d’une façon que vous n’attendez pas. Et je pense qu’il y a beaucoup de gens…. Même dans cette opposition violence/non-violence ; certains anarchistes sont dans le truc « il faut péter des vitrines pour être militant » et d’autres les non-violents qui sont genre « oh non, il faut être pacifiques et surtout pas agressifs ». Chacun a sa vision étroite et ça vient aussi de fait ne pas connaître les détails de l’histoire. Je veux dire il y a toujours des conflits à l’intérieur des mouvements. Comme dans la NAACP on avait le groupe de Robert Williams qui était armé. Et aussi la raison pour laquelle Martin Luther King fut mis à la tête de l’église d’Albany : c’est parce que le prêtre d’avant, qui faisait aussi partie du mouvement des droits civiques, avait poussé toute sa congrégation à acheter des fusils. Et de la même façon de nombreuses marches du mouvement des droits civiques étaient encadrées par les Deacons of self defense. Donc dans ces mouvements il y a toujours eu des conflits sur ce qui devait être fait et comment. Et dans les mouvements révolutionnaires, ceux qui ont vraiment fait des révolutions, les conflits étaient tels que ceux qui ont fait ces révolutions ont écrits des tonnes de bouquins sur leurs désaccords. Je pense qu’il faut avoir une idée de ce qui pourrait marcher, mais on doit aussi garder en tête qu’on est peut-être dans l’erreur sur les méthodes. Parce que ce serait une honte d’entraver un mouvement qui pourrait grossir juste parce qu’il ne correspond pas à l’idée qu’on s’est faite…

Merci à Boots Riley.

Interview réalisée le 21 novembre 2011.

Lire la première partie de l’entretien
(Entretien complet à écouter dans l’émission #18 – Novembre 2011)

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  1. ILWU : International Longshore and Warehouse Union
  2. « […] we also believe that any struggle for liberation should be a flexible struggle. We shouldn’t take the attitude that one method alone is the way to liberation. This is to become dogmatic. This is to fall into the same sort of dogmatism practiced by some of the religious fanatics. We can’t afford to developp this type of attitude ». (Extrait de Negroes with guns de Robert Franklin Williams, 1962).

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