Entretien avec Ekpenyong Ani de l’ADEFRA à Berlin

Publié en Catégorie: AFROEUROPE, FEMINISMES

Dans l’émission n°30 de Cases Rebelles, nous proposions une vue d’ensemble des premiers mouvements féministes afro-allemands, l’ADEFRA – Schwarze deutsche Frauen und Schwarze Frauen in Deutschland (les Femmes afro-allemandes) et l’ISD – Die Initiative Schwartze Menschen in Deutschland (l’Initiative des Noir-e-s en Allemagne). Pour l’émission n°36, l’un-e des membres de Cases Rebelles est allé à Berlin et a rencontré des membres de ces deux mouvements.

Sous l’impulsion des rencontres de femmes afro-allemandes avec Audre Lorde, et à la suite de plusieurs réunions en 1985-86, Katja Kinder, Eva Von Pirch, Jasmin Eding, Daniela Tourkazi, Kristina et Domenica Grotke et Elke Jank fondent l’ADREFRA, mouvement féministe afro-allemand. Dans l’entretien qu’elle a accordé à Cases Rebelles, Ekpenyong ANI, militante de l’ADEFRA depuis 1993, revient sur l’histoire de l’organisation, son domaine d’action et de réflexion, elle nous parle également de la présence noire en Allemagne, et de ce que l’ADEFRA représente aujourd’hui pour elle.

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Je m’appelle Ekpenyong ANI, je suis une allemande noire, je suis une femme noire lesbienne. J’habite à Berlin depuis maintenant vingt ans. Et je suis entrée en contact avec l’ADEFRA en 1993. Disons que j’appartiens à la seconde génération. Les membres fondatrices comme Katja Kinder, Jasmin Eding, ou Eva von Pirch et beaucoup d’autres ont créée l’ADEFRA dans le milieu des années 80. C’était une époque en plein mouvement, beaucoup de choses se sont passées, l’ISD s’est créée à la même époque1 . Je pense que la conscience politique s’est éveillée durant cette période. C’est aussi l’époque où Audre Lorde effectua de nombreux séjours en Allemagne.
En ce qui me concerne, je suis traductrice, je fais des traductions en freelance, je travaille aussi en tant que correctrice, et j’enseigne l’allemand comme seconde langue à des migrants.

En fonction du contexte, je me présente en disant que je suis allemande noire, parce qu’il est important de souligner que je suis aussi allemande à ce moment, pour souligner ce droit d’être ici. Être allemande a beaucoup de place dans mon identité. Être allemande et avoir une mère blanche allemande, cela signifie que j’ai grandi avec cette culture, ça m’influence énormément. Mais pour autant je ne me sens pas si à l’aise que ça, de devoir prouver aux allemand-e-s blanc-he-s que j’ai le droit d’être ici. Et j’ai le sentiment d’entrer dans  ce jeu, et je ne veux même pas faire partie de ce jeu, tu vois. Je suis ici, point final. Personne n’a le droit de me demander d’où je viens, pourquoi je suis ici, qui sont mes parents, et tout ça, tu vois. En fait, c’est une discussion que je ne veux pas avoir. Et puis il m’arrive d’être dans une position de faiblesse, et j’en viens alors à préciser « oui, mais je suis une allemande noire, afro-allemande », devoir donner des raisons, et je ne veux plus avoir à le faire, tu vois, c’est contre-productif.

Cases Rebelles : D’où vient le nom ADEFRA?

E. Ani : J’aimerais expliquer qu’à l’origine le mot désignait les femmes afro-allemandes : « Afro Deutsche Frauen ». Et puis les femmes qui ont choisi ce nom au tout début se sont finalement demandées s’il ne fallait pas plutôt appeler le groupe « femmes afro-allemandes lesbiennes » parce qu’en fait il n’était composé que de lesbiennes. Mais cela signifiait changer de nom et utiliser « ADELE », qui ne sonnait pas bien d’une certaine manière, c’était juste une question de sonorité. Et de là est venu le mot ADEFRA. Ça permettait aussi aux femmes hétérosexuelles et d’autres orientations sexuelles de se sentir à l’aise dans le groupe. Et encore aujourd’hui les femmes les plus actives dans le groupes sont lesbiennes ou bisexuelles, je veux dire LGBT dans son ensemble. C’est un aspect qui a énormément d’importance à l’ADEFRA. Appelez  ça orientation sexuelle ou identité sexuelle. C’est juste que leur participation dans le groupe est normale ; c’est notre identité.

Dans la communauté dans son ensemble, je pense que nous sommes acceptées et respectées. Je pense aussi qu’être LGBT ou lesbiennes, être une organisation forte et centrée autour des femmes en a effrayé quelques un-e-s, tu sais, du type « ces femmes sont dangereuses ». Mais dans son ensemble, je pense que l’ADEFRA est souvent considérée comme une ressource essentielle pour la communauté noire. Les gens estiment que « ok, si on a besoin d’un support sans faille, besoin d’un groupe expérimenté dans des situation de crise, alors on pense aux femmes de l’ADEFRA ». Mais nos compétences ne sont pas forcément les mêmes dans ce type de situation : les militantes les plus expérimentées, celles qui viennent des ateliers, qui sont impliquées dans un travail de transformation auprès du public, eh bien ces militantes ce sont Katja Kinder et Maisha Eggers ; c’est un travail qu’elles font énormément. Elles sont souvent sollicitées pour intervenir dans le cadre de conflits, ou pendant des médiations. Donc la part des LGBT dans le groupe est vraiment importante à l’ADEFRA. Et lorsque nous organisons des événements, nous mettons toujours cet aspect en avant. On montre clairement que nous créons un espace ouvert aux LGBT. Et les discriminations, sous n’importe quelle forme, pour des raisons d’orientations sexuelles, d’ identité ou autre, ne sont pas tolérées.

C.R.: Comment fonctionne l’ADEFRA ?

E. A. : Il y a un conseil d’administration dans l’ADEFRA, un groupe de femmes qui sont officiellement enregistrées en tant que membres de ce conseil, mais je dois dire que c’est juste une démarche officielle pour montrer que l’ADEFRA a une structure. Je ne sais pas si c’est le cas en France ou dans d’autres pays mais ici l’État octroie des financements pour certains types d’organismes seulement et c’est la raison pour laquelle l’ADEFRA a formé ce conseil ; en Allemagne on appelle ça « Eingetragener verein, FAO ». Cela signifie juste que les donations, ou l’argent que l’État t’accorde, doit servir le bien de tous, d’une certaine manière. Donc l’idée du conseil d’administration c’est la structure officielle de l’ADEFRA.

Autrement il s’agit d’un groupe de femmes activistes qui travaillent ensemble, membres du conseil ou pas. Et je pense que tout au long des années la structure de l’ADEFRA a évolué. L’ADEFRA existe depuis plus de 25 ans et nous en sommes à 27 années aujourd’hui. Le mouvement était très populaire à ses débuts. Des réunions se tenaient à Munich, Berlin, à plusieurs reprises ; les femmes voyageaient dans d’autres pays d’Europe, beaucoup à Amsterdam, Utrecht. Des liens s’étaient développés. Puis le Mur est tombé et dans les années 90 des relations se sont formées avec les femmes de l’ex-RDA ; ce fut une étape très importante, apprendre à se connaitre et partager nos expériences. Au commencement, il était surtout question de définir une identité, de partager des expériences, de se trouver.

J’aimerais expliquer que la structure a beaucoup changé ; nous sommes devenues plus virtuelles disons. Je veux dire que durant les premières années et jusque dans le début des années 2000, des réunions régulières étaient organisées ; il y avait plus de rencontres en face à face. Mais ça a changé, il est plus question d’un réseau, un réseau au niveau virtuel ; c’est-à-dire une mailing list, un espace sur internet, et comme ça nous savons qui est engagée et dans quel domaine. Je pense que beaucoup de femmes de l’ADEFRA ont développé des compétences dans des sphères différentes, qu’il s’agisse d’universitaires – le groupe compte beaucoup d’universitaires reconnue ; dans le secteur médical, dans l’éducation aussi nous sommes très présentes. Les femmes de l’ADEFRA sont très présentes dans ces trois secteurs. Chacune d’entre elles occupe ces postes avec le militantisme politique comme base ; il fait partie de notre travail et de nos activités. Chacune d’entre nous utilise ce militantisme dans nos vie quotidiennes, le travail, dans tous ce que nous entreprenons.

C.R.: Est-ce que tu peux nous parler de l’histoire des noirs en Allemagne?

E. A. : Les noir-e-s sont présent-e-s en Allemagne depuis des siècles, ça c’est clair. C’est un fait que le public ne connait pas vraiment, ils n’en ont pas réellement conscience parce que beaucoup de personnes ignorent que l’Allemagne était une puissance coloniale, qu’ils avaient des colonies, et pas sur une courte période. Les gens pensent « oh nous avions quelques colonies et seulement pendant très peu de temps donc ça ne compte pas », c’est l’opinion générale. Ils n’en n’ont pas réellement conscience, mais c’est bien là. Et si on regarde les livres d’histoire, si on regarde l’histoire des maisons de nobles, de rois, de reines et tout ça, eh bien les noir-e-s étaient aussi présent-e-s. Il y a cette reine, Charlotte2 … Je ne me souviens pas de son nom, mais elle est était bien d’origine africaine. Tu as aussi l’histoire des noir-e-s du continent africain qui ont été amené-e-s de force pour servir. Je dirais qu’il s’agit d’une autre forme d’esclavage, vraiment. L’Allemagne n’avait pas fait venir de noirEs à grande échelle, mais bien entendu ils avaient déporté des noirEs vers d’autres pays. Donc oui les allemandEs étaient impliqué-e-s dans l’esclavage. Ça c’est l’histoire des noirEs sur le long terme.

Et puis, tu as l’histoire récente qui commence au début du 20ème siècle. Un grand nombre de femmes et d’hommes d’origine africaine sont venuEs vivre dans différentes villes. Ici à Berlin, ils étaient visibles dans le milieu du divertissement. Et dans le cadre de ce mouvement de noir-e-s vers l’Europe certains viennent aussi des États-Unis, du continent africain ; ils viennent en Europe pour travailler, y vivre, pratiquer un métier, leur art. Ça me fait d’ailleurs penser à Josephine Baker et toutes ces personnes.

Dans les années 30, avant que les nazis n’arrivent au pouvoir, Berlin était vraiment ouvert, c’était une ville multiculturelle en fait. C’était une ville pleine de vie avec sa scène musicale et les noir-e-s y ont participé dans une large mesure. Puis les nazis sont arrivés et ont détruit tout ça. Il y a ces histoires de ces noir-e-s qui étaient stérilisé-e-s, interné-e-s dans des camps de concentration et des camps de travail. Peut-être que leur persécution n’était pas aussi manifeste que celle de Juif-ve-s, mais ils/elles n’étaient pas non plus considéré-e-s comme des supposé-e-s aryen-ne-s, ils/elles étaient détestéEs.

Certain-e-s ont trouvé des moyens pour survivre en travaillant dans des cirques, en jouant des rôles dans des films. Il y avait ces films de propagande que les nazis réalisaient, ils utilisaient beaucoup de noir-e-s, de jeunes enfants, des adultes qui représentaient des africain-e-s. Et certains hommes et femmes étaient exposé-e-s ; il y a cette tradition d’exhiber comme on le fait dans les zoos. Certaines personnes se sont trouvées dans ces situations parce que c’était une stratégie de survie.

Et la guerre a éclaté. Peu de noirEs présentEs dans les années 30 ont survécu. Après ça, des noirEs qui venaient de France, les alliés, des soldats venant de France et des États-Unis principalement, et peut être des soldats noirs anglais aussi, ont eu des relations avec des allemandes blanches. Et une nouvelle génération d’enfants est née ; ils sont nés après la guerre. Il y a toute cette période de l’histoire allemande pendant laquelle ils ont été discriminés. Un débat s’était tenu au Parlement où il était question de les emmener dans un autre endroit sous prétexte que le climat en Allemagne ne leur était pas favorable, ce type d’arguments.3

Il existait aussi des maisons spécialement conçues pour les enfants où l’on amenait des enfants noirs, qui étaient pris à leur mères très souvent. Certains ont grandi avec leur mères biologiques mais beaucoup ont grandi dans des maisons d’adoption4 . C’est la génération d’enfants qui ont la soixantaine aujourd’hui.

Plus tard beaucoup d’étudiants africains sont venus étudier dans les années 60 ; une fois encore ils ont eu des relations avec des femmes allemandes. J’appartiens à cette génération. En Allemagne de l’Est, il y avait aussi des étudiant-e-s mais aussi des travailleurs sous contrat qui venaient du Mozambique et de l’Angola ; ces pays avait des relations étroites avec l’Allemagne de l’Est. Pendant trois ans ils apprenaient un métier et puis ils étaient renvoyés dans leur pays d’origine. C’est alors encore une autre génération d’allemandEs noirEs qui est née ; ça c’était dans les années 70 et 80.

Dans les années 80 et 90, je dirais que beaucoup de noirEs ont migré à cause de persécutions politiques, pour demander l’asile. Et ils/elles se sont installéEs.

Il y a cette idée que la migration est un mouvement de personnes qui viennent puis repartent, c’est un concept typiquement allemand. Parce que la plupart pensent que nous, l’Allemagne, ne sommes pas un pays d’accueil pour les migrantEs. En fait l’Allemagne est supposée être un pays blanc et ce mélange n’était pas censé se produire, il est perçu comme une erreur. Personne n’avait songé qu’ils/elles resteraient en fait. Il y a cette citation, je ne sais pas de qui elle est, c’est peut être Erich Fried, il dit : « ils voulaient des travailleurs, mais des gens sont venus ». Et les gens changent d’avis, ils prennent certaines décisions, ils ont des enfants qui grandissent en Allemagne ; ils ne veulent pas aller autre part, ils se disent : « Je vis ici, c’est chez moi ».

C’est certainement la même chose en Europe, la même histoire. Je pense qu’il a fallu du temps pour qu’une conscience noire se développe. Si tu vis dans un pays où en tant que femme ou homme noir-e on te voit comme « quelqu’un qui n’appartient pas a ce pays », tu te trouves de nouveau seul-e, on pense alors que tu n’es que de passage. Je pense que ça a contribué au fait que les noir-e-s ont mis du temps à considérer cette prise de conscience et, je ne me souviens pas du mot en anglais là maintenant… pour exprimer clairement que ce pays nous appartient aussi et que nous ne partirons pas.

Nous (l’ADEFRA) avons établi des liens avec d’autres groupes en 2001. Un moment clé a rassemblé différentes communauté : le meurtre de Mareame Sarr. Elle a été assassinée par la police qui lui a tiré dessus. En fait il s’agissait d’une dispute conjugale, la police est arrivée sur les lieux, ils ont dit qu’elle avait pris un couteau et ils lui ont tiré dessus. Ce meurtre a indigné l’ensemble de la communauté noire ; les gens sentaient que nous devions nous unir à une autre échelle. Nous avons commencé par manifester dans la ville où le meurtre s’est passé, ensuite nous avons organisé plusieurs réunions que nous avons appelées « conférences des communautés noires » ; des personnes d’horizons différents se sont rassemblées. Et c’était la première fois qu’une connexion aussi forte s’est nouée avec les mouvements de réfugié-e-s. Une fois de plus, ce qui était nécessaire au début c’était échanger, échanger, échanger ; nous avons partagé nos expériences, nous nous sommes découvert-e-s les un-e-s les autres : qui êtes-vous, qui sommes-nous, que pouvons-nous faire ensemble. Cela a duré quelques années. Et de là s’est formée l’idée que nous devions développer des relations au niveau virtuel par le biais de mailing list, de forums et beaucoup de manifestations à cette époque.

Au niveau public, je pense qu’on distingue plus clairement quelque chose comme une communauté noire, une voix noire. Les médias font souvent appel ou cherchent des personnes de la communauté noire qui ont quelque chose à dire sur un sujet. Donc oui il existe des situations où la voix de la communauté noire se faire entendre, des situations où on veut l’interroger, qui cherchent des militant-e-s qui ont quelque chose à dire sur un sujet. Mais si aucun événement ou incident particulier ne se passe, l’opinion des noir-e-s a tendance à être oubliée de nouveau. Donc on doit faire entendre notre voix.

Récemment le langage raciste dans les livres pour enfant a suscité la controverse. Des militant-e-s noir-e-s ont été sollicité-e-s pour parler du sujet à la télévision, la radio et les médias en général pour exprimer leur opinion sur ce sujet. Parce qu’en regardant de plus près ces vieux livres pour enfants comme Pippi Longstocking5 , les questions étaient « est-ce qu’on peut changer le langage? », parce que ce livre contient… en allemand on dit « neger », le N word. Mais on y trouve aussi des concepts racistes : le père de Pipi Longstocking est censé être le chef du peuple de Taka Tuka Land ou quelque chose comme ça ; ici la référence est claire, on sait ce que cela signifie. À ce stade, il n’est pas seulement nécessaire de changer le langage, il faut modifier le livre entier, toute l’histoire, et c’est devenu une polémique, en particulier dans le monde littéraire. Des hommes et femmes de lettres étaient scandalisé-e-s, allant jusqu’à dire « non, ce sont nos adorables livres pour enfants, vous ne pouvez pas les modifier ». Alors que les enfants aujourd’hui, les enfants noirs, ils ne veulent pas lire ce type d’histoires où ils sont décrits comme quelque chose de mauvais. Ils sont discriminés. Donc ce débat est toujours d’actualité et bien entendu les militantes de l’ADEFRA se sont également impliquées. Par exemple, un nom très important, Maisha Eggers : elle fait partie de celles qui ont un franc-parler au sein de l’ADEFRA : elle est professeure de science pour enfants, elle s’est spécialisée dans les questions de genre, et elle est souvent invitée lors de débats, et elle représente l’ADEFRA au public.

C’est comme ça que je décrirais le militantisme de l’ADEFRA à l’heure actuelle : des militantes impliquées dans différents projets, événements, et nous nous retrouvons de temps en temps dans le monde réel d’une certaine manière, lors de rassemblements que nous appelons « Réunions ADEFRA ».

Comme en 2011, lorsque nous avons célébré notre 25e année, nous nous sommes rassemblées, et dans la maison se trouvaient 20 à 30 femmes, et on avait mis en place des ateliers. Nous avons accordé du temps à la réflexion. Ces ateliers s’appellent « Wellness & Resistance »6 . C’est juste un moyen de donner, de s’offrir un espace que nous investissons, où nous pouvons être bien tout en réalisant qu’être bien est aussi un acte de résistance. C’est un concept que bell hooks a développé. Katja Kinder et Maisha Eggers ont repris cette idée et mis en place plusieurs ateliers autour de ce concept. Je dois dire que ça influence énormément le travail de l’ADEFRA aujourd’hui. Au fil des années, nous avons pris conscience que se sentir bien, prendre soin les unes des autres, c’est un aspect fondamental lorsqu’on est une militante noire. Alors que dans le passé nous étions beaucoup plus à l’extérieur, notre travail consistait à convaincre le public, ou enseigner ou expliquer le racisme aux blancs ; je pense que nous sommes passées à autre chose, on ne s’implique plus autant dans ce type de travail. Bien sûr il existe des situations où il est nécessaire de se montrer pour militer parce que c’est la seule option pour avancer dans certains cas. Mais l’ADEFRA n’investit plus autant d’énergie dans ce type de militantisme. Aujourd’hui on se préoccupe plus du bien-être, comment faire en sorte que nos enfants se sentent bien, que nos relations soient constructives.

C.R.: Un dernier mot?

L’ADEFRA a joué une place très importante, personnellement ; elles ont fait beaucoup pour mon développement personnel aussi, et ma survie aussi, je dirais. Je pense que ça vaut aussi pour beaucoup de femmes noires qui sont en contact avec l’ADEFRA. Je dois beaucoup à l’ADEFRA et aux femmes qui l’ont créée.

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Interview réalisée en mai 2013 par Cases Rebelles.
Cases Rebelles remercie chaleureusement Ekpenyong Ani et toutes les membres de l’ADEFRA.

Le site de l’ADEFRA : http://www.adefra.com/

  1. L’ISD Initiative Schwartze Menschen in Deutschland a été créée en 1985.
  2. Ekpenoyong ANI fait référence à la duchesse Sophie Charlotte de Mecklenburg-Strelizt (1744-1818), descendante directe de Margarita de Castro e Suza, une femme noire qui appartenait à la royauté portugaise du 15e siècle.
  3. Luise Relhing, députée démocrate chrétienne, avait dit lors d’un débat tenu au Parlement, le 12 Mars 1952 : « le climat de notre pays leur pose à lui seul des problèmes d’adaptation. Nous nous sommes demandés si, dans leur propre intérêt, il n’était pas opportun de les conduire dans le pays de leur père ».
  4. NDLR: d’autres ont également été adoptés par des familles allemandes ou américaines
  5. Pipi Longstocking est la version allemande de Fifi Brindacier
  6. trad.: Bien être et résistance

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