Conversations africaines avec Blitz The Ambassador

Publié en Catégorie: AFRIQUE DECOLONIALE, AFRO ARTS, PORTRAITS

Blitz The Ambassador a sorti son premier album, Soul Rebel, en 2004. Il crée son propre label Embassy MVMT au moment de l’album Stereotype en 2009. Il touche également aux arts visuels puisqu’il a réalisé avec Terence Nance un court-métrage nommé Native Sun à l’occasion de la sortie en 2011 de son 5e album du même nom.
Blitz The Ambassador, par la fusion musicale et les textes qu’il propose, par son label et la famille artistique dont il s’entoure, met la conscience noire et panafricaine dans son sens le plus large à l’honneur. Nous l’avions rencontré en 2011 pour l’émission n°19 lors d’un entretien très enrichissant et d’une grande sincérité.

Cases Rebelles : Qu’est-ce que ça veut dire pour toi d’être panafricaniste ? Qu’est-ce que ça veut dire en terme de musique et aussi en terme politique ?

Blitz the Ambassador : D’abord je ne pense pas qu’on puisse être noir-e dans le monde et ne pas être panafricaniste parce que le combat noir partout dans le monde est complètement lié, tu vois. C’est hallucinant pour moi que certaines personnes ne le reconnaissent pas ; les noir-e-s ne sont pas seulement né-e-s aux États-Unis. Ils/elles ont été déporté-e-s par bateau en Amérique, les noir-e-s qui vivent dans les Caraïbes ne sont pas non plus né-e-s là-bas ; ils ont été emmené-e-s là-bas par bateau. Donc on fait partie d’une longue lignée d’africain-e-s qui ont été déplacé-e-s.

Je ne pense même pas qu’il y ait une différence entre être africain et panafricaniste ; si tu es africain tu es panafricaniste, point final. Après si tu ne crois pas que t’es africain c’est une chose différente… Ça part déjà de là.

La raison pour laquelle j’ai commencé par dire que si tu es noir-e tu es panafricaniste, c’est parce que beaucoup de gens en Afrique ne réalisent pas dans quelle mesure la culture noire américaine influence leur vie, leur musique, leur art, leur culture. Et vice versa : beaucoup de gens dans les Caraïbes n’imaginent pas forcément à quel point leur ascendance africaine a construit ce qu’ils sont, leurs choix, leurs conditions de vie. Mais en ce qui me concerne je fais en sorte d’être connecté à ma base et mon approche africaines, et aux africains de partout dans le monde. Je fais en sorte que mes pratiques artistiques, ma musique, soient vraiment influencées par la culture africaine de partout ; donc ça va de afro-brésilien, afro-cubain, afro-américain, afroafricain… C’est la même chose pour moi ; je ne trace même pas de frontières ; alors je suis profondément influencé par l’art et l’esthétique du combat africain partout dans le monde et je ne sépare pas vraiment.
Si t’écoutes ma musique, je peux facilement parler de la condition des noir-e-s aux États-Unis et en même temps parler des conditions des africain-e-s en Afrique, parce que perso je ne fais pas de distinction et mon grand espoir en tant qu’artiste c’est que mon art soit diffusé dans toute la diaspora et aide à nous rapprocher, en tant que noir-e-s du monde entier.

C.R. : Est-ce qu’on pourrait parler de Kwame Nkrumah, premier président du Ghana? Il a été un des leaders du panafricanisme, une grande influence pour les africains et les noir-e-s dans le monde ; avec quelle vision de lui as-tu grandi, en considérant le fait que son régime est devenu plutôt autoritaire sur les dernières années?

Blitz the Ambassador : Eh bien, c’est une question compliquée, ça va donner une réponse compliquée.
Kwame Nkrumah… Il faut comprendre que Kwame Nkrumah est un visionnaire… Je ne pense pas que jusqu’à aujourd’hui il y ait eu un africain ou un africain-américain ou afro quoi que ce soit d’une telle envergure parce qu’il a compris un truc que de nombreux africains ne savaient pas et que beaucoup d’européens savaient… Ce truc c’est que les européens pratiquent le pan-européanisme, même s’ils ne lui donnent pas ce nom là, parce que tu vois quand t’es à la place du pouvoir tu n’as pas besoin de nommer les choses, tu le mets juste en pratique. Donc si on réfléchit à la conférence de Berlin en 1884 où ils ont séparés l’Afrique et les colonies, eh bien la conférence de Berlin c’était du pan-européanisme ; quand ils se sont rassemblés et se sont dits « Ouais, on va découper l’Afrique, tu prends ça, toi tu prends ça, tu prends ça » tu vois. Et ça a été ainsi jusqu’à aujourd’hui. Si tu regardes les entreprises européennes, si t’observes pourquoi tout le monde aujourd’hui panique en Europe, c’est à cause de la crise de la dette, mais ça ne concerne pas tous les pays ; certains pays s’en sortent mais les européens comprennent qu’ils doivent survivre en tant que bloc. Et tout ce qu’ils font, ils le font avec ça à l’esprit.

Alors Kwame Nkrumah dès le début des années 50 avait compris ça pour ce qui est des noir-e-s. Il savait que l’Afrique avait toutes les ressources qui existaient, toutes les ressources nécessaires pour faire tout ce qu’elle voulait faire, mais que l’Afrique en elle-même n’avait pas tous les outils pour être en mesure d’utiliser ces ressources. Alors il espérait que les africains-américains, avec les nouvelles institutions d’universités et d’éducation supérieure, pourraient apporter l’expertise technique. Et peu de gens savent que l’argent du Ghana a été ce qui a financé ce que nous appelons l’Encycopedia Africana1 … Je ne sais pas si vous connaissez ?
Oui, alors cette encyclopédie n’aurait même pas existé si Nkrumah n’avait pas donné de l’argent à W.E.B Dubois, s’il n’avait pas accueilli Dubois au Ghana, Georges Padmore, tous ces intellectuels collectant des trucs au sujet des africains pour réaliser cette très importante encyclopédie ; c’était l’argent du Ghana. L’argent du Ghana a aidé l’indépendance
de la Guinée, Mali, Congo, Afrique du sud, c’était souvent de l’argent du Ghana, diffusé dans beaucoup de processus de libérations. Donc Nkrumah savait, il comprenait que, et il l’a dit lui-même, que l’indépendance du Ghana n’avait aucun sens si ce n’était pas lié à la libération du continent entier et par ça il voulait aussi dire la diaspora toute entière. Malheureusement comme toute personne de mérite dans ce monde, chaque être humain est imparfait, donc je ne peux pas parler des grandes choses que Kwame Nkrumah a faites sans parler aussi des cotés négatifs de son exercice du pouvoir.

Mais je n’en ai pas fini avec les grandes choses parce que les gens doivent savoir que l’impact de Kwame Nkrumah sur le monde africain, africain américain, africain en général porte encore ses fruits aujourd’hui. Tu vois, ses vues politiques, ses analyses et sa philosophie de l’Afrique pour les africains c’est vraiment ce qui a donné à des gens comme Malcolm.X la…comment dire ça… la confiance pour affronter l’Amérique blanche, parce qu’il avait vu ce que Kwame Nkrumah avait réussi à faire. En fait, il est venu au Ghana ils se sont assis ensemble et ont discuté et se sont compris…Et Kwame Nkrumah avait cette vision globale. Une autre chose dont il faut que je parle ce sont les infrastructures… Jusqu’à ce jour, et j’étais encore au Ghana en octobre, les meilleures routes furent construites par Kwame Nkrumah au Ghana, les meilleurs hôpitaux, celui ou je suis né, bâti par Kwame Nkrumah, l’aéroport fut construit par Kwame Nkrumah… Toutes ces choses phénoménales avec le truc le plus important, ce que les gens ne savent pas c’est que ce qui causa sa plus grosse chute fut le barrage d’Akosombo et la raison pour laquelle le barrage d’Akosombo est important c’est parce qu’à l’époque nulle part en Afrique de l’Ouest, il n’y avait de vraie alimentation en électricité et donc Nkrumah avec sa vision globale avait compris que ce que les européens avaient et que les africains n’avaient pas c’était l’industrie. Alors on leur expédiait toutes nos matières premières et ils nous renvoyaient des biens qu’on aurait pu fabriquer chez nous mais on ne le faisait pas parce qu’on n’avait pas l’industrie, on n’avait pas l’électricité à grande échelle, on n’avait rien. Et donc Kwame Nkrumah a décidé d’emprunter de l’argent pour construire ce barrage pour avoir de l’électricité qu’on puisse commencer à se développer plus rapidement. Et donc cependant, juste avant que le barrage fut bâti, la compagnie qui devait l’aider à avoir l’emprunt, a réalisé que ce n’était pas une bonne idée de permettre aux africains de développer leurs propres moyens pour exploiter la bauxite et la changer en aluminium, leur propre or, changer leur propre cacao en chocolat. Toutes ces choses ne sont pas positives pour quiconque veut te posséder économiquement. Donc quelques semaines après que le barrage fut construit Nkrumah fut démis, il y a eu un coup d’état ; et c’est parce qu’ils savaient qu’avec un homme qui avait ce genre de vision globale, avec l’électricité et l’industrie, l’Europe n’aurait aucune chance.
Donc voilà les circonstances.

Cependant il n’y a aucun doute sur le fait que Nkrumah, à la fin de sa carrière, a commencé à presque devenir comme ceux qu’ils combattaient. Il était tellement obsédé par sur son exceptionnel projet, tu vois et on dit- je ne sais pas si vous avez cette expression en France – « l’enfer est pavé de bonnes intentions ». Donc même s’il croyait au fond de son cœur qu’il nous faisait un cadeau à tous en gardant le pouvoir plus longtemps, pour mettre en place sa grande vision et son grand projet, eh bien malgré cela tout le monde n’était pas d’accord avec toi sur ce coup là. Certains avaient des raisons légitimes, d’autres étaient juste instrumentalisés par l’Europe pour s’opposer à lui. En fait il n’y a aujourd’hui plus aucun doute sur le fait que la CIA a orchestré le coup d’état contre Kwame Nkrumah. Il faut donc bien voir que même si des gens aux Ghana étaient mécontents de Nkrumah, les gens qui avaient un problème avec Kwame Nkrumah c’était l’Europe et l’Amérique parce que à cette époque ils avaient peur qu’il ait des penchants communistes et c’était la période pendant laquelle ou si tu avais un tant soit peu à faire avec le communisme tu était automatiquement ennemi de l’Europe et des États-Unis. Pas l’Europe de l’Est mais l’Europe de l’Ouest et l’Amérique. Donc ainsi est arrivé la chute de Kwame Nkrumah parce que malheureusement il s’est acharné trop longtemps et bien sûr je suis tiraillé quand il s’agit dire qui il est, parce qu’évidemment comme tout le monde, il y a du bon et du mauvais, mais je fais aussi attention à… Je me concentre sur les côtés positifs parce que ce sont les choses qui nous ont vraiment donné beaucoup d’espoir en tant que peuple au Ghana et dans le reste de l’Afrique, et cette vision globale, parce qu’il n’a pas volé d’argent, il n’a rien fait de mal. Tout ce qu’il a fait c’est tirer trop fort dans une direction alors que des gens disaient « non, pas trop vite ». Mais Nkrumah n’a pas gouverné pas trop longtemps. Il a eu la possibilité de faire ce qu’il devait faire. Malheureusement il fut démis. Bien sûr qui sait, peut-être que s’il était encore là il serait le Mugabé d’aujourd’hui, personne ne sait. Mais pour ce qu’il a fait, nous devons l’applaudir et c’est sur ça que je me concentre.
Une réponse longue et compliquée…

C.R. : Tes parents ou tes grands-parents t’ont-ils raconté des choses concernant les luttes d’indépendance? Comment ont-ils vu cette période? Et plus avant dans le temps, t’ont-ils parlé de la résistance ashanti contre les colonisateurs ? Et est-ce que les gens au Ghana en général se transmettent cette histoire-là, en dehors de l’école?

Blitz the Ambassador : C’est une question très intéressante… et malheureusement la réponse est non. Et je pense que ça tient beaucoup au fait qu’on tient l’histoire pour acquise. Tu sais quand tu vis hors de l’Afrique ce genre d’histoire devient très importante pour toi, tu t’y accroches. Quand tu vis en Afrique t’es genre « ah bon c’est le fort aux esclaves, et alors » tu vois, personne ne… On vit juste tu vois. C’est très intéressant, je ne suis jamais allé au fort aux esclaves jusqu’à l’année dernière et je suis né au Ghana et j’y ai vécu pendant presque 17 ans mais je ne suis jamais allé au fort quand je vivais là-bas. Donc il a fallu que je vive aux États-Unis pendant presque 10 ans pour que ça devienne très important pour moi. Et donc quand je suis rentré à la maison il a fallu que j’y aille. Donc c’est comme ça que ça se passe, tu vois pour n’importe qui si tu as cette magnifique rivière dans ton jardin tu ne vas probablement jamais y aller mais si un visiteur vient il veut voir cette rivière magnifique parce qu’il n’a pas cette rivière magnifique chez lui. Et donc j’ai l’impression de voir beaucoup de choses similaires en Afrique. On ne parle pas beaucoup de nos héros, on ne parle pas beaucoup tu vois de l’époque coloniale, on ne parle pas comme tu as dit de la résistance ashanti. On ne parle pas des guerres menées contre les anglais. Et ce que j’ai appris la plupart à l’école.

Moi, mes parents m’en ont parlé un peu parce que mon père est aussi un humanitaire, il travaille pour les Nations Unies donc, c’est son truc mais je pense que s’il n’était pas ce genre de personne nous n’aborderions même pas ces sujets. Je vois qu’en étant plus vieux on parle plus de Lumumba tu vois mais c’est ma famille et mon milieu et je suis très… je ne pense pas que la plupart de mes amis parlaient de ces trucs avec leurs parents tu vois. Mais le peu de ce que j’ai eu de l’école et de la maison a vraiment eu un impact fort sur moi, et bien sûr aujourd’hui mon art tourne autour de cela. Donc oui c’est vraiment intéressant, on n’entretient pas de manière active mais je pense que quand tu vis ici y a des choses qui te rentrent dans la tête sans que tu t’en rendes compte. Donc ça a toujours été en moi et il a fallu que j’aille aux États-Unis pour l’apprécier.

C.R. : Tu connais Ngugi wa Thiong’o et son travail sur l’enjeu des langues africaines? Sur ton dernier album Native Sun, tu te sers de la langue twi, aujourd’hui dans la scène hip-life des artistes utilisent d’autres langues ghanéennes ; qu’est-ce que ça représente aujourd’hui? Qu’est-ce que tu en penses de ça et de la question des langues africaines en général ?

Blitz the Ambassador : Oui je connais Ngugi wa Thiong’o et «Décoloniser l’esprit ». Vous savez, une fois de plus, je n’ai pas pris la mesure de la quantité de langues ; je parle quatre langues du Ghana, ça je ne l’ai pas apprécié à sa juste mesure quand je vivais au Ghana. Tu vois tu parles et c’est tout. Tu parles twi, tu parles ga, sissala, fanti. Tu parles pidgin mais le truc c’est encore une fois que tu quittes l’Afrique et que tu prends conscience que la plupart des gens ne parlent peut-être qu’une ou deux langues, tu commences à te dire « waouh, on vient d’un truc fort ». Et je ne rappais jamais en twi, je ne l’ai jamais fait et c’est sur Native Sun pour la première fois que j’ai rappé en twi. Et je pensais que c’était important pour la raison précise que vous donniez auparavant.

Je pense que bon nombre d’entre nous ont ce que je vais appeler un complexe d’infériorité quand il s’agit de ce que l’on est en tant qu’Africain et tu vois personne… tout le monde veut apprendre l’anglais, le français ; personne ne veut apprendre le twi, le yoruba, swahili et je pense que c’est parce qu’on est tellement influencés par ce que les européens pensent de nous et ce qu’ils font, donc on accorde souvent pas de valeur à ce qu’on a, parce que les européens s’en fichent et du coup nous aussi on s’en fiche. Quand je travaillais sur Native Sun j’ai vraiment du prendre une décision consciente, parce que tu vois si je rappe en twi la plupart des gens qui vont acheter l’album ne comprendront pas. Je le voyais comme une prise de position pour dire :

« Hé, c’est ce que je suis et si tu ne comprends pas où est le problème ? Peut-être que tu devrais aller prendre des cours de twi ? De la même façon que j’ai du batailler pour apprendre l’anglais et maintenant je le parle couramment ».

Donc il y avait un peu de ça pour moi mais encore ce qui est plus important, c’était pour que les gens à la maison se sentent fiers, « hé, regarde c’est notre langue et c’est sur MTV ». C’est là à la même hauteur que le reste parce qu’on a ce complexe en tant qu’africains, « Jusqu’où, à quel niveau on peut aller ? » Et la plupart de tout ça est construit sur des structures, des modèles européens ; alors je voulais juste faire quelque chose pour montrer qu’on peut aller au dessus et au-delà ; et comme Malcolm.X a dit « je ne cherche pas l’égalité parce que l’égalité ça voudrait dire que vous êtes la référence et qu’il faut que je devienne votre égal. Je veux juste être moi. Je veux juste être libre de faire ce que je veux quand je veux.» Et donc oui Native Sun était un exemple de ça. Voilà j’avais juste envie d’écrire une chanson comme ça.  Et je suis libre je peux faire ce que je veux ;  je ne suis pas signé sur un label qui me dirait « hé, personne ne va comprendre le twi donc tu ne le fais pas ». Je m’en fiche, je le fais ; c’est juste un exemple et j’espère que ça inspirera quelqu’un d’autre, qui que tu sois que ça t’inspire à écrire comme tu le sens, même si les gens ne comprennent pas ils peuvent toujours ressentir le message.

CR: Au Ghana, l’éducation se fait donc principalement en anglais, ou est-ce qu’il y a des cours en twi ou en d’autres langues?

Blitz the Ambassador : Tu vois, on apprend l’anglais presque comme une langue supérieure. Même si on parle twi tu n’as pas le droit de le parler à l’école parce que à l’époque coloniale on n’avait pas le droit de parler twi ; tu n’étais pas autorisé à parler twi dans les églises ou dans les écoles, alors on a gardé la mentalité coloniale jusqu’à maintenant. Maintenant si tu parles twi à l’école tu peux te faire punir. Encore une fois c’est une question de références, de modèles tu vois. Ce ne sont pas nos modèles, ce sont des modèles auxquels on essaie de se conformer et y a quelque chose de bizarre même s’il y a des leçons de twi à l’école comme par exemple sur l’écriture, tu n’as pas le droit de parler twi dans les écoles. C’est stupide mais bon…

C.R. : On sait que tu as joué récemment au Ghana, en octobre dernier (2011) ; comment partages-tu ta musique avec les Ghanéen-ne-s? Comment rends-tu ta musique et tes concerts accessibles financièrement?

Blitz the Ambassador: J’ai du le faire à perte. Tu vois il suffisait juste de se dire « je ne vais rien gagner là-dessus, je ne pourrais pas emmener mon groupe dans ces supers hôtels qu’on a quand on joue en Europe mais voilà une mission importante ». Tu vois, c’est la base de ma mission donc même si on doit être en déficit pour remplir cette mission on sera en déficit. Donc on est allés au Ghana et on a joué un super concert pour 500 à 2000 personnes. C’était génial, l’entrée coûtait vraiment rien, tout le monde pouvait venir. D’habitude quand des artistes comme moi viennent au Ghana ça coûte cher et seulement une certaine classe peut venir tu vois, y avait pas moyen que je fasse ça. Il fallait que je m’assure que chaque gamin dans la rue qui avait genre 3 à 8 cedis ghanéens puisse venir. Mais ça a été très gratifiant, c’est l’un des concerts les plus gratifiants que j’ai jamais fait. C’était un concert très difficile parce que j’aurais du savoir qu’en Afrique on n’a pas beaucoup de matériel technique… Mais je suis capable de voir au-delà de ça, parce que je sais que ce n’est pas parce que… c’est a cause de nos conditions de vie et si c’est de là que tu viens alors tu te formalises pas. Quelqu’un d’autre dans la même situation dirait « holala j’ai pas ceci, j’ai pas cela ». Moi je me suis dit « c’est de là que je viens », je sais qu’on n’a pas tout ça alors je ne vais pas bloquer et me prendre la tête là-dessus. Je vais faire avec ce qu’on a, et on a mis en place l’un des meilleurs concerts au Ghana. Je suis sur que des gens ont hallucinés de voir ça au final.

Un autre truc que je ne voulais pas faire c’était proposer une version allégée. Parce que si les gens vont regarder le film «Blitz aux transmusicales de Rennes» et qu’ils voient les jeux de lumière, la fumée et moi je viens au Ghana et je fais un petit concert sans jeux de lumière, les gens vont se dire « aahhh… ». Alors j’ai essayé de mettre en place le meilleur concert possible. C’était génial, très bien produit même si ça n’a pas été facile, c’était d’une grande qualité, d’un haut niveau. Une autre chose importante c’est que j’ai fait en sorte qu’il ne s’agisse pas que de moi. J’ai fait aussi jouer des artistes locaux avec nous. J’ai amené avec moi les Nubians qui sont, vous savez, d’ici ,pour venir avec moi pour que les gens puissent voir, vous savez, toujours cette idée panafricaine. Il ne peut pas juste s’agir du Ghana. Le Ghana n’a pas tout ce qu’il lui faut pour survivre. Le Ghana doit penser à l’Amérique, la France, la Jamaïque, à tous ces africains qui vivent autour, au Cameroun, Nigeria. C’est ce à quoi il faut penser tu vois et c’était un concert très important et je suis content qu’on ait pu le faire et j’essaie de le remettre en place pour octobre prochain, en fait je vais en faire une habitude, mon retour annuel à la maison.

C.R. : Et est-ce que tu as d’autres projets plus durables au Ghana ?

Blitz the Ambassador : Et bien l’une des principales choses que j’essaie de faire, et ce n’est jamais facile, c’est un projet solaire. Encore une fois, perso, je ne crois pas en la charité. Je ne crois pas en la charité pour les africains. Je pense que les africains sont les gens les plus intelligents, les plus inventifs et tout ce dont ils ont besoin ce sont des opportunités, alors l’une des principales missions de ma vie… c’est que nous avons tout ce soleil ; quand t’es au Ghana tu ne peux même pas marcher sous le soleil tellement il est chaud, pourquoi on ne tire pas tout du soleil ? Tu vois… Pourquoi on n’a pas d’énergie ? Pourquoi je suis chez moi et la moitié du temps il n’y a pas d’électricité ? C’est insensé tu vois et ça tient à nous d’investir dans quelque chose de plus durable. C’est une forme d’énergie non polluante, ça ne brûle pas de fuel, de gaz ça ne fait rien de dangereux c’est juste une forme d’énergie propre. Et donc ça c’est le projet autour duquel j’ai fait des recherches et j’en ai parlé avec des gens compétents et j’espère qu’on commencera à promouvoir l’idée de l’énergie solaire au Ghana et qu’on commencera a ouvrir des écoles où les gens pas qualifiés, peu qualifiés pourront venir et apprendre à construire des panneaux solaires. Ce n’est pas un truc difficile. J’ai vu beaucoup de documentaires où des gens en Inde sans qualifications ont construit un village tout entier à partir de l’énergie solaire. Donc c’est pour moi une très importante mission et je travaille dur à essayer de la réaliser et avoir les moyens de le faire au Ghana.

C.R. : Au départ tu faisais totalement partie de la scène hip-life comme le montre le morceau “Deeba” qui date de 2000 où tu rappais sous le nom de Bazaar. Comment es-tu passé de Bazaar à Blitz ? Que reste-t-il du hip-life dans ta musique aujourd’hui, est-ce que tu y es-toujours connecté? Avant, autrefois, de qui étais-tu fan dans cette scène hip-life? Et qui sont les pionniers ? Où en sont-ils maintenant?

Blitz the Ambassador : Honnêtement quand je me suis mis au début dans le hip-life je n’avais pas de mission, j ’étais juste… J’adorais juste le hip hop. Je voulais juste en faire au Ghana, je m’en fichais d’être payé ou pas. Je ne pensais pas forcément que j’allais en faire une carrière mais tu vois tout le monde disait que j’étais bon en rap et bien alors j’ai juste essayé de m’y mettre. J’ai eu de la chance j’ai rencontré un gars nommé Hammer ; et Hammer a décidé de sortir une chanson qui est devenu un gros hit au Ghana et c’était parti pour moi.

Pour ce qui est de l’idée du hip-life je pense que c’était du pur génie, c’était génial. L’un des pionniers est Reggie Rockstone qui a fait un travail incroyable encore une fois en ce qui concerne la langue, parce que c’était à une époque où la plupart d’entre nous les jeunes on essayait juste d’être des américains. On ne se souciait pas vraiment des langues locales, on se fichait de ce dont on pensait être à nos parents ; ils écoutaient du highlife et il y était question de tous ces proverbes et on se disait « ah c’est pas pour nous ». Tu sais on voulait juste être Public Enemy. Mais ce que Reggie a fait c’est de rendre cool le fait de rapper dans ta langue natale, pas seulement à un niveau anthropologique ; il a ramené notre langue et a rendu ça cool mais aussi a un niveau économique tu vois. Beaucoup de carrières, beaucoup de gens ont des familles qui vivent du hip-life aujourd’hui grâce à Reggie et au gros boulot qu’il a fait.

Aujourd’hui les choses ont un peu changé. C ’est comme toutes les choses qui naissent de la nécessité pour les gens de s’exprimer. À un certain moment ça devient un outil utilisé par des businessmen pour exploiter d’autres gens, comme pour le hip-hop, comme le hip-hop a démarré, et d’un coup c’est devenu le moyen de vendre tout et n’importe quoi, tu vois. Pour ce qui est du hip-life c‘est là qu’on en est aujourd’hui, je ne suis pas en désaccord, c’est comme ça et c’est tout.

Pour la question de ce qui reste de hip-life dans ma musique ? En fait le hip-life est toujours la base. Mais le fait est que je n’aime pas forcément donner un nom particulier à ce que je fais parce que moi-même j’essaie encore de trouver ce que je fais. Je travaille en ce moment sur le nouvel album et je ne sais même pas ce que c’est, donc si je dis que je fais du hip-life tu t’attends à quelque chose, je ne peux pas te dire… Mais des éléments de hip-life, l’idée du hip-life je pars toujours de ça, c’est plutôt un mélange de… Et la raison pour laquelle je rechigne à appeler ça du hip-life c’est parce que ce n’est pas seulement du high-life ; c’est une part de hip hop, ce sont toujours des mélanges. Peut-être que je devrai appeler mon style « Le mix » tu vois parce que franchement c’est toujours un mix de parfois de hip hop et afrobeat, parfois highlife et funk, parfois tu vois ; vraiment en tant qu’être humain c’est ce que nous sommes nous ne sommes jamais 100% highlife. On est highlife la moitié du temps, parfois reggae, parfois ceci parfois cela alors je n’aime pas les compartiments, je n’aime pas appeler ce que je fais par quelque nom que ce soit. Je n’aime pas le mettre dans une catégorie particulière parce qu’encore une fois je suis un homme libre et je n’ai pas à être vendu par qui que ce soit donc ; si tu es sous un label alors c’est nécessaire pour eux de dire que t’es afropop comme ça ils peuvent te classer sous la catégorie afropop et les gens peuvent aller acheter ton album, mais je ne pense pas que soit nécessaire. Appelons ça juste de la musique, c’est de la bonne musique. Je fais de la bonne musique et ainsi… Enfin je dois quand même rendre hommage à des personnes qui ont été capable de créer un mouvement qui a fini par amener les jeunes à se tourner vers les arts traditionnels, la musique traditionnelle et ont commencé à sampler certains de nos héros du passé et les ont ramené pour la nouvelle génération. Donc oui le hip-life a été important dans ma vie.

C.R. : Dans certaines de tes chansons, comme “Native Sun”, tu parles de migration, quelle a été ton expérience de la migration? Ici comme ailleurs, les lois contre les migrant-e-s durcissent, et les gens se retrouvent dans des situations vraiment extrêmes. Voilà une citation de « Native Sun » tu dis : “faisant la queue pour des visas comme des moutons allant à l’abattoir”, est-ce que tu peux développer?

Blitz the Ambassador : Ouais, « faisant la queue pour des visas comme des moutons allant à l’abattoir« … C’est ce que nous sommes je veux dire, c’est triste. Vous voyez ce qu’on appelle la fuite des cerveaux, la fuite des cerveaux a été un fléau pour l’Afrique pendant de nombreuses années. Une grand partie des gens les plus intelligents, les plus inventifs, ont du partir, aller acquérir une éducation et quand ils ont eu leurs diplômes, même la plupart d’entre eux ils ont d’abord… Quand ils sont partis l’idée c’était d’obtenir des diplômes et de revenir à la maison. Malheureusement une fois qu’ils ont les diplômes, l’éducation ils deviennent… les choses deviennent…Les choses ne se passent jamais pour eux de manière à ce qu’ils puissent revenir. Certains d’entre eux ont leurs propres raisons, ils ne veulent juste pas revenir. Pour d’autres ils sont mieux payés en Europe ou en Amérique ou ailleurs… Donc l’Afrique a énormément souffert de la fuite des cerveaux. Y a de très bons médecins qui travaillent dans les hôpitaux anglais et qui sont du Nigeria, et le Nigeria n’a pas de médecins donc c’est un de nos plus gros problèmes.
Cependant, l’Europe traverse aussi une période très difficile à présent et donc un tas de gens finissent par revenir à la maison. Et ainsi la dernière fois que je suis allé au Ghana j’ai vu plein de gens que je ne m’attendais pas à trouver là de retour au Ghana, ils sont de retour, travaillent au Ghana. Des gens qui ont vécu à l’étranger pendant 10 années. Et maintenant que l’économie se plante en Europe et aux États-Unis, dans beaucoup de pays de l’Ouest, tout le monde est de retour à la maison. Donc c’est nouveau truc, c’est un nouveau paradigme qui est entré en jeu. J’en suis très content parce qu’on a besoin des meilleurs et des plus brillants éléments à domicile et c’est pour cela en partie que j’essaie de jouer au Ghana tous les ans parce que je ne peux pas… Je fais quoi genre 30 shows en France, pendant l’été je vais probablement faire genre 60 dates seulement en Europe donc il faut que je me donne les moyens d’aller au Ghana aussi parce que c’est de là que je viens, et même si je me suis éparpillé dans ce monde, autour du monde je dois être capable de revenir à la maison et faire des concerts parce que c’est pour cela que je suis parti.

En tant que migrant je comprends je sais que je suis juste un chanceux qui a les moyens de traduire ses expériences dans l’art mais un tas de gens qui vivent en Europe ou aux États-Unis n’ont pas d’issue. Ils ne trouvent pas à leur place dans cette culture, dans la culture de l’Autre, ils se donnent du mal. Je veux dire qu’ils deviennent des étrangers où ils vivent et ensuite quand ils reviennent à la maison ils sont aussi devenus des étrangers, c’est très compliqué. Être migrant est quelque chose de très complexe, il y a des gens qui ont vécu 30 ans à l’étranger et qui ont peur de revenir à la maison parce que si tu tournes le robinet y aura peut-être pas d’eau, si tu branches le courant y en aura peut-être pas. A la maison, ces choses sont des réalités et… mais si tu crois vraiment dans le fait de rendre meilleur l’endroit d’où tu viens alors ça n’a pas d’importance, tu reviens toujours.

« Native Sun » fut extrêmement influencé par mon expérience personnelle de migrant vous voyez. Si je n’avais pas eu cette expérience particulière je n’aurais sans doute pas été capable d’écrire une chanson, un album comme ça et je pense que la raison pour laquelle beaucoup de gens ont été touchés par cet album c’est parce que dans la plupart de nos familles nous avons des migrants, dans nos familles. Si ce n’est pas toi ce sont tes parents. Si ce ne sont pas tes parents ce sont les parents de tes parents… Donc on connaît tous ces histoires au sujet de ce que ça signifie de vivre dans le monde de l’Autre, tu vois, où ce sont les lois de l’Autre qui te gouvernent. Et puis l’Europe et l’Amérique deviennent très paranos. Autrefois c’est comme ça que ça fonctionnait : ils venaient, volaient toutes tes ressources naturelles et donc tu n’avais plus rien et donc il fallait que tu leur donnes tes ressources humaines. Et bien maintenant ça a changé parce que la Chine contrôle les affaires en Afrique et donc l’Europe n’a plus les ressources naturelles gratuites comme c’était le cas avant. Tu vois, ces gens avaient l’habitude de prendre tout ce qu’il leur fallait avant. Cependant maintenant les chinois le font et ça craint toujours pour l’Afrique mais c’est encore pire pour les européens et donc ils regardent tous les migrants qui arrivent se disant « pchhh, pourquoi vous venez ? On n’a même plus les ressources naturelles, alors on n’a pas besoin de vous, parce que vous venez prendre le peu de ce que l’on a ici, c’est pas possible ». Alors, autrefois les États-Unis étaient très ouverts aux migrants, tout comme l’Europe. Plus maintenant ; maintenant ils pensent à eux-mêmes et se disent « wow wow, ça fait trop de monde tout ça » parce que maintenant les chinois contrôlent et du coup…

Ce qu’il faut dire ici c’est que si t’es un fan de hip hop et tu ne sais pas ce qui se passe dans le monde alors t’es un idiot parce que c’est ça le hip-hop. Le hip-hop était censé nous dire tout ça « voilà ce qui se passe en Afrique, en Chine, à Brooklyn ». Maintenant cet idiot n’a aucune idée de ce qu’il se passe … Malheureusement on est juste une bande de gens mal informés. Personne ne sait ce qu’il se passe et malheureusement le MC qui était le griot et nous disait « voilà ce qu’il se passe » maintenant tous ces MC’s sont trop préoccupés par leurs baskets alors…
C’est dans cette situation qu’on est, et moi perso j’espère juste qu’on a tiré des leçons de nos voyages au loin et il y a des trucs, des choses positives que tu assimiles quand t’es migrant, mais ce qu’il faut c’est ramener ces choses positives à la maison et les mettre en application.

C.R. : Tu accordes beaucoup d’importance à la communauté. Tu as un groupe avec beaucoup de monde, tu fais beaucoup de collaborations. As-tu trouvé une communauté en arrivant aux États-Unis? Est-ce que le hip hop américain a-t-il été un lieu accueillant pour un rappeur africain?

Blitz the Ambassador : Heu non, je ne dirai pas que ce fut accueillant… Comme pour tout. Aux États-Unis même si t’es du sud, Atlanta et tu viens à New York, tu n’es pas bien venu, si t’es un rappeur de Californie et tu viens sur la côte Est tu n’es pas le bienvenu. Alors, imagine quelqu’un qui vient d’Afrique ! Je ne m’attendais pas à être bien accueilli et je ne le fus pas. Il a fallu que je me trouve un chemin là-bas et de fait je ne suis pas arrivé et hop, je ne me suis pas mis à rapper en twi dès le départ. J’ai du attendre jusqu’à ce que chacun comprenne « ok, ce mec est différent, il arrive avec quelque chose de nouveau » ; ensuite j’ai pu balancer, commencer à balancer des choses différentes. Ce n’était pas chose facile. Je n’avais pas de communauté. Je n’avais pas… tous mes amis rappeurs que j’ai au Ghana, aucun d’entre eux n’était là. J’ai du me faire de nouveaux amis, de nouvelles alliances, trouver de nouvelles idées mais ça m’a aidé, ça m’a aidé a grandir en tant qu’individu.

Mon groupe date juste de 2, 3 ans donc c’est plutôt neuf. J’ai toujours juste traîné seul, rappé seul et tu vois maintenant on a l’impression qu’y a un gros truc derrière moi mais pas vraiment. C’est juste des gens qui travaillent dur et qui croient en la mission et qui travaillent dessus depuis longtemps. Et vous savez je pense je me dis au bout du compte, l’idée pour nous c’est juste de pouvoir créer de nouveaux chemins de telle sorte qu’un autre africain qui arrive, qui essaie de se lancer n’aura pas a passer, pas à recommencer au point de départ. On a du aller jusqu’à genre l’étape 10 et avec de la chance on emmènera le truc à l’étape 20 ou 30 peu importe. Mais certains d’entre nous ont du commencé du début, si tu regardes un rappeur comme K’Naan de Somalie il a du partir de rien, beaucoup d’entre nous sont partis de la première marche mais les prochains qui viendront, on l’espère, n’auront pas à commencer de là et le plus important c’est qu’ils pourront se lancer depuis le Ghana. Ils n’auront pas à aller à Brooklyn. Tu vois certains d’entre nous ont du mener la lutte là-bas et dire « écoutez on fait partie de ce truc aussi ! Voilà ce que nous faisons, il faut que vous nous laissiez participer, parce qu’on fait partie de la même voix » Donc j’espère que nous avons … nous commençons au moins à créer un chemin que beaucoup de gens pourront emprunter et ils pourront y trouver leur registre.

C.R. : Quand tu es arrivé aux États-Unis, tu t’es connecté à la communauté ghanéenne ?

Blitz the Ambassador : Un peu, un peu, pas tant que ça quand même. A New York oui, il y avait beaucoup de ghanéens que je connaissais, mais je suis allé à l’école en Ohio ; il n’y avait pas de ghanéens que je connaisse et donc moins d’étudiants internationaux ; une ou deux personnes. Mais ça m’a aussi appris à être indépendant, et à ne pas dépendre trop d’autres gens. Et oui c’est toujours génial d’avoir une communauté et je veux dire je suis revenu à New York principalement parce que cette communauté existe. Je peux toujours aller dans le Bronx retrouver genre des centaines de ghanéens et là-bas on pourra manger de la nourriture de chez nous. Donc c’est un truc important. Ça me maintient aussi dans à l’écoute ; je peux tester ma musique dans ces restaurants quand je fais un album. Je vois les vieilles dames bouger la tête et je sais si c’est bon ou pas et je me dis « ah il faut que je change ça » donc c’est bon d’avoir une communauté c’est important.

C.R. : Donc tu te sens toujours chez toi quand tu rentres?

Blitz the Ambassador : Tout à fait vous voyez et pour moi c’est une autre chose qui est importante. Quand je suis à la
maison c’est comme si je n’étais jamais parti. Je sais que c’est difficile pour certaines personnes quand elles reviennent chez elles, mais je pense que c’est juste une question de mentalité. Je ne fais jamais rien de différent de ce que je faisais 10
ans auparavant. Je vais toujours dans le même cybercafé, je joue toujours les mêmes parties de foot pieds nus avec mes voisins de la rue. C’est pareil rien n’a changé ; je sais oui, de fait, parfois des gens disent « Hé! c’est Blitz » mais tu vois ça ne me perturbe pas, ça ne m’a jamais perturbé. Moi je suis juste de retour à la maison et y a les gens que j’ai connus durant toute ma vie, certains avec qui je suis allé à l’école, des gens que j’ai pas vu depuis tant d’années ils viennent me rendre visite on fait juste que parler des vieux trucs tu vois… Je pense que c’est important. Si t’es quelqu’un de vrai et que tu fais ça avec des motivations sincères tu ne changeras jamais. Tu ne deviendras jamais quelqu’un que tu n’es pas.
Alors moi je traîne toujours avec mes amis habituels, j’ai toujours fait ça traîner, discuter, rire, jouer au foot, faire n’importe quoi et ainsi tu vois quand je reviens à la maison je reviens à ça. Et alors tu sais que rien n’a changé.

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  1. Africana: The Encyclopedia of the African and African-American Experience, éditée par Henry Louis Gate et Anthony Appiah, 1999. Le projet a été initié par Daniel Alexander Payne Murray et W.E.B. Dubois au tout début du 20e siècle.

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