Il y a 59 ans, la France assassinait Ruben Um Nyobe

Publié en Catégorie: AFRIQUE DECOLONIALE

Ruben Um NyobèLe 13 septembre 1958 la France assassinait Ruben UM NYOBE, l’un des principaux penseurs, leaders et symboles de la lutte d’indépendance du Cameroun. Ce jour-là, alors qu’il se déplaçait avec quelques proches pour changer de maquis, Um Nyobè est tué par un groupe militaire français (officiers français et soldats tchadiens). Depuis 1955 l’UPC1 interdite poursuivait sa lutte dans la clandestinité. Face à la répression puis la guerre contre les partisanTEs de l’indépendance et la réunification du Kamerun, les dirigeants et une partie des militants décidèrent de prendre le maquis.
Les militaires français étaient informés, quelqu’un avait parlé. Celui qu’on appelait le « Mpodol » (le porte-parole) avait aussi été convaincu par certains qu’il fallait changer de maquis. Dans la forêt de Boumnyebel (près du village natal de Um, en pays Bassa), le petit groupe de maquisards est cerné, les militaires tirent ; Um, sans arme, tient contre lui sa serviette contenant ses documents et écrits. Il tente de se mettre à l’abri et est abattu de dos. Les militaires vont trainer son corps jusqu’à la ville d’Eseka, chef-lieu du département, pour l’exposer au peuple camerounais. Le corps du Mpodol sera ensuite jeté et ensevelit dans un bloc de béton, au cimetière protestant d’Eseka.

Après l’indépendance factice de 1960, les deux régimes d’Amadou Ahidjo et de Paul Biya ont accepté avec déférence et application de succéder au colonialisme français pour l’administration du Cameroun, et assumé avec brio leur engagement d’écrasement de la mémoire des luttes nationalistes. La mémoire des mouvements sociaux camerounais et autres luttes de libération subit d’ailleurs le même traitement. En juillet 2015 François Hollande, en visite au Cameroun, évoquait une ouverture des archives françaises sur «des évènements tragiques dans l’histoire », « la répression en Sanaga-Maritime, en pays Bamiléké ». Les promesses ça ne coûte rien. Mais du côté camerounais ça coûte quand même encore trop. Et il est même dangereux de commémorer publiquement la mémoire des combattants upécistes. Alors bravo et merci à celles et ceux qui sur place se mobilisent aujourd’hui 13 septembre pour qu’on oublie pas Ruben Um Nyobe, sa force, et les combats qu’il reste à mener.

Cases Rebelles – Septembre 2015 (Mise à jour : septembre 2017)

A lire, les écrits de Ruben Um Nyobe : « Le Problème national kamerunais » et « Ecrits sous maquis » (présentés par Achille Mbembé ; édités respectivement en 1984 et 1989).

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