L’UPC toujours en lutte : Entretien avec Augusta Epanya

Publié en Catégorie: AFRIQUE DECOLONIALE

Augusta EpanyaCases Rebelles vous propose une interview d’Augusta EPANYA, ( A écouter dans l’émission n°7.)de l’Union des Populations du Cameroun (UPC). Militante et membre du Comité Directeur du mouvement à Paris, elle est aussi la fille du militant UPC et poète Elolongué Epanya Yondo. Nous l’avions rencontrée en Décembre 2010.

Fondé en 1948, l’UPC est l’un des plus vieux mouvements anti-colonialistes existant encore. Le parti a résisté à la violence de la répression et de la guerre menée par la France et le pouvoir camerounais à sa botte, résisté à la clandestinité, aux divisions internes, puis aux pressions et manipulations de Paul Biya. L’UPC, qui compte des militant-e-s pas seulement au Cameroun mais aussi dans la diaspora revendique jusqu’à aujourd’hui l’anti-impérialisme et la souveraineté totale pour le Cameroun.

« Pour le Cameroun de demain »
On a adopté en 2008 un programme politique. Déjà dans un premier temps, conquérir une véritable souveraineté, qui n’est pas effective. Certes on a un drapeau, un hymne national et un président de la république mais tout le monde sait que la domination reste absolument intacte sur le plan économique, sur le plan culturel, sur le plan je dirais même politique parce que finalement au niveau politique rien n’est fait dans le sens de l’intérêt de la majorité de la population. Donc c’est conquérir une véritable souveraineté sur tous ces plans-là et puis construire une véritable économie au service de la population, pour le plus grand nombre et notamment des plus démunis, les gens qui aujourd’hui souffrent pour gagner leur pain, ouvriers, paysans, petits employés, les bayam-salam, les gens qui travaillent dans la rue, qui font le petit commerce, les taximen, les benskineurs, etc., faire en sorte qu’on puisse construire une véritable économie au service de cette population. Ça veut dire déjà reprendre possession de nos matières premières, de tout ce qu’on produit qui ne profite absolument pas aux camerounais, ni aux africains en général, parce que nous on conçoit pas du tout que le Cameroun puisse être un îlot libéré dans une Afrique dominée. Et c’est vrai que pour nous la question du panafricanisme est tout à fait essentielle, et elle est partie prenante de la stratégie de l’UPC depuis toujours. L’UPC a toujours considéré que c’était le continent dans son ensemble qui doit se libérer et qu’il faut une unité politique du continent pour que la libération et la construction soient durables et véritablement dans le sens que l’on souhaite, parce que sinon c’est évident que la domination se perpétuera et ça continuera à être les multinationales qui feront la pluie et le beau temps et les états occidentaux. Ce sera une poignée d’états qui parlera au nom de la communauté internationale alors qu’on sait très bien que la majorité des peuples sont complètement exclus de ce qu’ils appellent la communauté internationale. Donc c’est vrai que nous notre projet c’est vraiment de conquérir cette souveraineté sur tous les plans. Faire en sorte qu’on puisse valoriser tout le patrimoine culturel qui existe et qui n’est pas du tout… Enseigner les langues nationales, vraiment permettre l’éclosion des artistes dans tous les domaines, qui aujourd’hui souvent sont obligés d’aller faire quasiment la mendicité à l’extérieur pour se faire reconnaître au niveau de la musique, au niveau des hommes et femmes de lettres, enfin sur tous les plans. Y a rien qui se fait… enfin rien, ou tellement peu de choses.

On a adopté un programme qui brosse précisément ce qu’on veut pour le Cameroun de demain dans un laps de temps court. C’est vraiment à assez court terme nos propositions et évidemment permettre aussi c’est assez important quand on pense qu’aujourd’hui y’a aucune protection sociale, pas de retraite pour les gens c’est terrible. Ça veut dire qu’il faut pas tomber malade ; si on n’a pas d’argent hé bien on n’a plus qu’à mourir, attendre la mort même pour des choses vraiment bénignes, des maladies bénignes. Et pareil, on travaille et il faut travailler jusqu’à la mort quasiment parce que la retraite est quasiment inexistante donc c’est vraiment des choses essentielles qu’il faut pouvoir mettre en œuvre assez rapidement donc voilà tout cela suppose qu’on maitrise un peu nos richesses, si on veut pas rester dans les fourches caudines du FMI et de la banque mondiale il faut bien qu’on ait les moyens de faire cette politique qui réponde aux besoins et aux intérêts de la grande majorité de la population.

Aujourd’hui
L’UPC, elle est implantée dans tous les coins du pays évidemment de façon inégale bien entendu. On essaie d’être en lien avec tout ce qui peut exister au niveau du, c’est vrai que c’est plus la terminologie de l’extérieur, « mouvement social », que ce soit au niveau des étudiants au niveau des différentes catégories socio-professionnelles, etc. les gens qui se battent, d’être en lien un peu avec ça. Et sinon évidemment toujours de se positionner par rapport à la politique intérieure sur des tas de questions et sociales et économiques et politiques, sur les questions des droits de l’homme, enfin tous les problèmes qui peuvent se poser au quotidien au niveau de l’ensemble de la société. Je pense à des questions de type coupures d’eau, coupures d’électricité qui touchent tout le monde…malheureusement tout le monde n’a pas l’eau et l’électricité enfin bon la grande majorité de la population est frappée par ce problème là de coupures permanentes incessantes. Et puis après tous les problèmes liés au quotidien sur lesquels on essaie d’intervenir soit en essayant d’organiser les gens, soit en faisant un travail d’agitation à travers des tracts qu’on sort pour appeler la population à réagir, etc. On fait aussi régulièrement des conférences de presse pour se positionner sur tel ou tel événement ou situation, soit événement africain soit événement national, c’est variable. Donc là on prépare…on a notre congrès en 2011. 2011 l’année de tous les dangers! En 2011, élections et on a notre congrès .

On a également plusieurs fois organisé des consultations à la date anniversaire de l’assassinat de Moumié qui était médecin. On organise des consultations médicales gratuites ce jour-là pour dire voilà il faudrait que la santé, la médecine ce soit quelque chose d’accessible à tous donc à cette occasion là en général les médecins de l’UPC organisent des consultations médicales gratuites.
On essaie d’organiser également des choses plus d’ordre culturel. Par exemple, notre permanence est à Douala et on organise des soirées débats sur des thématiques, des débats autour d’un film par exemple « Autopsie d’une indépendance », le fameux film qui a pas mal tourné. Voilà on essaie de faire un travail de fond mais vraiment nous notre démarche c’est d’organiser, de faire en sorte que les camerounais s’organisent partout, du Nord au Sud à l’Est à l’Ouest, parce qu’on pense que y’a que l’action collective et organisée qui peut permettre même si parfois c’est ingrat, ça prend du temps c’est parfois décourageant, parfois encourageant mais y’a que comme ça qu’on peut faire un travail en profondeur. Parce que y’a pas de générations spontanées comme ça ou quand il y en a ça retombe très vite ; parce que il n’y a pas derrière un soubassement, une organisation un peu enracinée, donc on pense que c’est important.

L’UPC en France
Les actions de l’UPC en France c’est beaucoup informer de la situation politique au Cameroun, c’est alerter sur toutes les violations de droits de l’homme qui sont continuelles, perpétuelles. C’est dénoncer toutes les exactions que peut commettre ce régime et puis c’est faire connaître nos propositions donc nous on décline ça à travers des actions diverses et variées. C’est aussi marquer les grands moments de l’histoire du Cameroun, l’histoire de la libération du Cameroun, l’histoire de l’UPC, la création de l’UPC. Après malheureusement, beaucoup d’assassinats politiques ; Um1 a été assassiné en 58, Moumié a été empoisonné par les services secrets français en 60 et Ouandié a été assassiné pareil,en 71. Très fréquemment, à ces occasions là on essaie d’organiser une réunion publique. Après il peut y avoir bien sur des événements liés à la situation nationale qui font qu’on organise des réunions publiques. C’est un travail de sensibilisation permanent d’informations des médias qui souvent malheureusement sont complètement dominés par la communication officielle et gouvernementale et ce que veut entendre le pouvoir français concernant son pré-carré. Donc c’est assez difficile de faire passer la situation telle qu’elle est réellement et d’expliquer un peu ce qui se passe quotidiennement dans le Cameroun sous Biya depuis 82.

On essaie de faire en sorte qu’on puisse sortir des fourches caudines, de cette espèce de magma qui nous écrabouille depuis 50 ans et c’est pas facile. C’est pas facile parce que tout est fait pour nous empêcher d’exister, de fonctionner. Il y a vraiment un blackout absolu sur ce qu’on peut faire, ce qu’on peut dire alors qu’on a une activité constante. On existe depuis toujours, on a toujours eu une section en France par exemple depuis que l’UPC existe pratiquement avec des gens qui essaient de faire un travail militant constant mais c’est très très très difficile ; c’est là où on voit que la chape de plomb est vraiment très lourde à soulever.

Les femmes militantes
A un moment donné on a essayé de recréer l’UDEFEC etc mais pendant toute la période de clandestinité jusqu’en 90, puisque c’est la date de retour au multipartisme 90-91, pendant toute cette période on avait créé un bureau d’intensification de la révolution féminine pour justement relancer un peu la mobilisation des femmes . Les femmes camerounaises c’est des femmes assez entreprenantes, assez dynamiques et tout ça donc elles sont présentes dans le parti même si y’a pas vraiment d’organisation de femmes aujourd’hui mais elles ont dans le parti, pas forcément en nombre suffisant, pas forcément comme on le voudrait mais elles sont au plus haut-niveau de la direction y’a pas mal de camarades-femmes qui sont au niveau du secrétariat qui est l’instance d’exécution la plus haute ; il y a plusieurs femmes dans le secrétariat de l’UPC. Au bureau politique, au bureau du comité directeur, la direction de l’UPC y’a pas mal de femmes. J’ai pas comme ça en mémoire combien y’en a mais voilà. Donc les femmes ont largement leur place dans l’UPC. Mais c’est vrai qu’il faudrait qu’il y’en ait plus. C’est pas faute d’y travailler mais c’est toujours un peu compliqué parce que les femmes beaucoup de choses reposent sur leurs épaules et c’est pas toujours évident de pouvoir les mobiliser. Surtout dans les périodes comme ça où y’a pas trop d’effervescence, c’est pas des périodes toujours très propices à la mobilisation j’pense que si y’a des périodes d’intensification de la lutte j’pense qu’on retrouvera plus de femmes qu’on en a actuellement.

La stratégie pour 2011, année électorale
On a 6 points qui sont pour nous incontournables pour avoir des élections libres et transparentes et c’est faire en sorte qu’il y ait une campagne permanente pour imposer ces 6 points.
Donc c’est avoir une commission électorale indépendante qui puisse superviser tout le processus électoral dans lequel il y aurait une représentation de l’ensemble de la classe politique, des partis d’opposition et de la société civile. C’est l’inscription sur les listes avec délivrance de la carte dès 18 ans. Je ne me souviens plus des 6 poins dans le détail mais l’idée c’est qu’on puisse, que tout le processus puisse vraiment être contrôlé, maitrisé par l’ensemble des forces politiques et la société civile et que voilà tous les tripatouillages auxquels on a assisté depuis toujours cessent. Qu’on impose par des mesures concrètes qui sont contenues dans ces 6 points l’arrêt de ces tripatouillages et c’est ça pour nous ; 2011 ne peut être crédible que dans ces conditions-là.
Si ces 6 conditions ne sont pas remplies, conditions qu’on a été les premiers à lancer au début des années 2000 on a vraiment fixé et ça a été ensuite repris par pratiquement tout le monde ; au niveau de la société civile, au niveau des différentes forces politiques. Sauf que malheureusement lez choses étant ce qu’elles sont les gens disent il faut que ces 6 conditions soient réunies et puis on se rend compte que même si elles ont pas réunies ils vont quand même aux élections. Mais ça c’est toute l’inconsistance de la classe politique qui fait que les choses sont à géométrie variable. Comme en plus maintenant y’a financement, etc, donc c’est aussi un moyen pour beaucoup de forces qui n’ont aucune représentativité véritable de trouver une manne financière… C’est dommage parce que c’est pas comme ça qu’on va avancer.2

Il faut vraiment intensifier la campagne parce que tout est compliqué. Il faut avoir des moyens financiers pour diffuser du matériel sur l’ensemble du pays, pour se déplacer c’est compliqué. Tout est fait pour nous compliquer la vie ; tu veux faire une réunion publique au dernier moment on t’empêche de faire ta réunion. Le dernier congrès qu’on a tenu en 2008 on avait par exemple eu l’autorisation de tenir le congrès. A Douala on avait la salle on avait déjà installé tout ce qu’il fallait, etc. Et à la veille de la tenue du congrès on nous a interdit de le tenir. Donc on l’a tenu quand même on s’est dit advienne que pourra. Mais voilà un peu les situations auxquelles on est confrontés c’est à dire qu’on doit tenir une réunion publique, une manifestation et au dernier moment elle est interdite avec tout ce que ça peut impliquer c’est-à-dire carrément s’retrouver à s’affronter avec l’armée j’sais pas qui, enfin bon les forces de répression… Mais voilà c’est ça a tout le temps tout le temps ou un ostracisme terrible. Par exemple, l’ouverture du congrès s’ouvre y’a tous les journaux de la place qui assistent à l’ouverture, plus de 15 journaux, et le lendemain on a deux entrefilets dans un ou deux journaux. Y’a pas beaucoup de partis, ni au Cameroun, ni en Afrique où t’as 400 délégués qui arrivent des 4 coins du pays dans les conditions les plus difficiles. Et où t’as un parti qui présente un programme politique, y’en a pas beaucoup. La plupart ils n’ont quasiment pas de programme donc…. Et puis c’est souvent des trucs très ethnico machin, là c’est pas le cas. Donc on est vraiment dans une configuration complètement différente…

L’un des problèmes qu’on a aujourd’hui c’est que le régime a réussi à fomenter d’autres UPC, d’autres prétendues UPC qui sont complètement des créatures du régime, notamment le groupe des Hogbe Nlend et le groupe des Kodock qui sont des gens qui ont fait toute leur carrière au sein du parti unique, qui ont été ministres de façon alternative. C’est à eux que la légalité a été accordée puisque Kodock a déposé le sigle comme un sigle commercial à l’OAPI, qui est un organisme auprès duquel on dépose les sigles commerciaux. Et donc il a été déposé le sigle UPC comme si c’était sa propriété personnelle, c’est vraiment invraisemblable. Des groupes avec lesquels on voudrait soi-disant nous faire faire l’unité aujourd’hui parce que chacun des groupes s’appelle UPC. Et évidemment c’est hors de question pour nous parce qu’il apparait très très clairement que c’est une façon de tenter de nous rapprocher du pouvoir et ça c’est hors de question. Nous notre ligne de fracture c’est évidemment ne pas nous commettre avec ce pouvoir là et au contraire tout faire pour que l’on puisse passer à autre chose et les rayer de la carte politique camerounaise. Donc c’est hors de question de se rallier avec ces gens-là. Notre raison d’être c’est de combattre le néocolonialisme et l’impérialisme, c’est pas d’aller grossir les rangs de ce pouvoir-là.

Vision panafricaine
L’UPC a toujours eu une histoire panafricaine très très riche depuis toujours depuis le début. Um Nyobé était vice-président du Rassemblement Démocratique Africain dans les années 50. Ça a toujours été depuis la naissance, la création et puis les militants de l’UPC ont été en lien avec… même jusqu’en Algérie, le FLN. J’ai jamais été en Algérie mais il parait qu’à Alger dans certains cimetières d’Alger y’a un carré où il a des militants de l’UPC qui sont enterrés etc. ; c’est pour dire qu’on a y compris prêter main forte et été aux côtés des camarades du FLN en Algérie. On a été en Angola, au Ghana aux côtés de Nkrumah, au Congo donc y’a vraiment une tradition forte de présence militante forte pas seulement dans les discours mais physique.
Malheureusement les retours qu’on aurait pu en attendre, en terme de solidarité j’veux dire, ne sont pas toujours évidents. C’est bien dommage mais j’pense que c’est lié à la nature des pouvoirs qui eux mêmes ont un peu, qui parfois ne sont pas restés toujours sur les rails de départ.
Je pense en Angola, des fois à l’ANC aussi, parce que y compris au niveau de la diaspora en France on s’est beaucoup mobilisés par rapport à la libération de Mandela. On avait créé un collectif Afrique Australe qui a été très très très dynamique, on était très en lien avec Dulcie September qui avait été assassinée, etc. Et bon, c’est vrai qu’en terme de solidarité quand les gens sont au pouvoir c’est pas facile c’est vrai qu’ils oublient des fois malheureusement.
C’est dommage parce que je pense que le contient se porterait un peu mieux si on oubliait pas une fois arrivés au pouvoir qu’il y en a d’autres qui n’y sont pas encore et qu’être un peu solidaires des gens qui ne sont pas encore au pouvoir ça pourrait aider y compris ceux qui y sont déjà.
On a des liens avec des organisations, des militants qui se battent également de leur côté, dans leur propre pays donc on est complètement dans cette dimension là. Chacun se bat sur son territoire avec ses propres difficultés, c’est vrai que malheureusement les initiatives panafricaines on en voudrait plus mais je pense que chacun est un peu absorbé par ses réalités propres donc on oublie un peu de renforcer cette dimension panafricaine, qui est tout a fait essentielle et sans laquelle on n’avancera pas.

Interview réalisée en décembre 2010.
Merci à Augusta Epanya.

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A propos de l’UPC

L’UPC est fondée le 10 avril 1948 et revendique la réunification du Cameroun alors séparé en deux, ainsi que son indépendance totale et immédiate ; indépendance avec délai au départ, mais après 1955 c’est l’indépendance immédiate qui est réclamée. À l’époque les principaux leaders de l’UPC ont été Ruben Um Noybé, Félix Moumié, Ernest Ouandié, Abel Kingué et Castor Ossendé Afana. Deux mouvements annexes et solidaires de l’UPC ont également existé : l’UDEFEC (Union Démocratique des Femmes Camerounaises) et la JDC (Jeunesse Démocratique du Cameroun).

Au départ le parti utilise les voix démocratiques pour sa lutte ; requêtes et pétitions au conseil de l’ONU, puisque le Cameroun est alors sous deux tutelles accordées à la France et au Royaume Uni, par l’ONU justement. 
Au moment de la création de l’UPC, les mouvements syndicalistes et anti-colonialistes sont violemment réprimés au Cameroun ; à Douala en septembre 1945 notamment  les colons et militaires français massacrent des manifestants et s’attaquent à des quartiers du centre ville. La France a à cette période le projet d’annexer définitivement le Cameroun à son empire colonial, l’Union Française. 
À partir de 1955 et notamment des massacres de mai 55, il ne s’agit plus seulement de  répression contre l’UPC mais de guerre. La France emploie des moyens militaires pour faire disparaître le parti anti-colonialiste camerounais et la population qui le soutient. Envoi de troupes françaises, déploiement de soldats originaires du Tchad, bombardements aériens, attaques au gaz napalm (ce que la France ne reconnaît toujours pas d’ailleurs), bombardements massifs en campagne, villages saccagés, incendiés, populations déplacées, camps de torture et d’emprisonnement… C’est une guerre psychologique également : propagande anti-UPC, surveillance de la population, pression à travers la société traditionnelle pour pousser les camerounais à la délation, arrestations, tortures, assassinats, exécutions publiques. Du côté français, cette guerre est dirigée successivement par les ministres Edgard Faure, Pierre-Henri Téguin, Guy Mollet, Rolland Pré, Gérard Jacquet puis Gaston Deferre, Pierre Messmer, et après 58, De Gaulle, Jean Ramadier, Michel Debré, etc.

Juillet 55 : l’UPC, l’UDEFEC et la JDC sont interdites. La lutte politique continue depuis la clandestinité ; les dirigeants prennent le maquis.

1956 : Pendant la préparation des élections pour l’Assemblée territoriale camerounaise, l’UPC interdite fait campagne pour le boycott des élections, suivi par une grande partie de la population. Militant-e-s et dirigeants de l’UPC furent traqué-e-s par les militaires et les gendarmes français.  Au Cameroun ou en France, la propagande  présentait l’UPC  comme un parti anti-français et communiste, ce qui en fait un ennemi à double titre.
1957 : l’UPC est interdite dans la zone camerounaise sous domination britannique.

13 septembre 58 : Ruben Um Nyobé, appelé Mpodol qui signifie « celui qui parle » en bassa – autrement dit le porte-parole – est assassiné par l’armée coloniale française dans le maquis.
1960 : Indépendance formelle du Cameroun sous tutelle française. Amadou Ahidjo,  formé à l’armée coloniale et poussé vers le pouvoir depuis quelques années par la France, devient le premier Président de la République. La guerre contre l’UPC continue avec le soutien matériel et stratégique de la France. Les principaux leaders de l’UPC sont assassinés dans cette décennie.
1961 : Félix Moumié, empoisonné à Genève par les services secrets suisses et français.
1964 : Abel Kingué, malade, meurt en exil en Egypte.
1966 : Ossendé Afana est tué par l’armée camerounaise.
1971 : Ernest Ouandié est exécuté après 6 mois d’emprisonnement.

C’est la fin des maquis, des opérations militaires contre l’UPC, mais la répression politique continue toujours. L’UPC se reconstruit petit à petit, toujours dans la clandestinité.
1972 : le Cameroun est réunifié.
1982 : Paul Biya succède à Amadou Ahidjo. 
1990 : Retour au multipartisme.
2008 : Il modifie la Constitution pour s’accorder un nombre illimité de mandats. Ce projet annoncé en janvier, en plus des conditions de vie de plus en plus dures, déclenche une série de révoltes au mois de février.
2011: Il se présente aux élections présidentielles. Les partis et leaders de l’opposition dénonce la mainmise par le pouvoir (RDPC) sur la commission électorale ELECAM. L’UPC décide de boycotter les élections. Paul Biya est réélu à 75%.

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