Genre et prison aux USA : entretien avec Vikki Law

Publié en Catégorie: ALLIE-E-S, FEMINISMES, POLICES & PRISONS

Vikki Law est membre de l’organisation WORTH (Women on The Rise Telling Herstory), asiatique-américaine, activiste, écrivaine et photographe. Elle a été brièvement incarcérée adolescente. En 1996 elle a co-fondé le groupe Books Through Bars New York City qui envoyait des livres aux détenu-e-s. Depuis elle a écrit de nombreux articles concernant les femmes emprisonnées et s’est impliquée dans la publication de textes et d’art de détenues comme la création d’un fanzine spécial, Tenacious. De 1997 à 2002 elle a travaillé dans ABC No Rio qui était à la fois un groupe et un lieu d’artivités artistiques, politiques et communautaires. Vikki Law est également auteure de « Resistance Behind Bars. The Struggles of incarcerated women »1 sorti en 2009 sur les mouvements de résistance en prisons pour femmes aux États-Unis. Elle est aussi co-auteure avec China Martens de « Don’t leave your friends behind »2 sorti en 2012 à propos de l’entraide entre individus et familles dans les mouvements sociaux et les communautés.

Cases Rebelles : Peux-tu te présenter?

Vikki Law : Alors, mon nom est Vikki Law. Je suis écrivaine, photographe et mère. Je travaille avec WORTH3 sur leur campagne de Birthing Behind Bars4 pour examiner les liens entre la liberté reproductive et le droit des personnes à la famille, et l’incarcération, la façon dont les deux se croisent, ont un impact l’un sur l’autre. Je suis venue à la base à WORTH parce que j’ai écrit un livre sur la résistance et l’activisme en prisons de femmes. Et j’ai rencontré Tina Reynolds lors d’un forum où je parlais. Et elle m’a tellement impressionnée par la façon dont elle pose les problèmes. Le fait qu’elle a été incarcérée, qu’elle a été affectée par un grand nombre de ces politiques autour de la grossesse, comme la contention, comme le fait devoir se battre pour son enfant et qu’ensuite elle ait décidé de créer une organisation pour aider d’autres femmes, qu’elle ait trouvé ce pouvoir, et ainsi de changer les politiques qu’elle a subies, ainsi que tant d’autres femmes. Et donc à ce moment-là j’ai fini par rejoindre WORTH.

Combien de femmes entrent en prison en étant enceintes aux États-Unis?

C’est approximativement 4 ou 5% des femmes qui rentrent en Centre de détention ou en Maison d’arrêt tandis qu’elles sont enceintes, chaque année. La plupart d’entre elles donnent naissance alors qu’elles sont derrière les barreaux. Trente-trois états permettent encore au système carcéral d’attacher les femmes en travail et pendant l’accouchement…

Ce qui signifie qu’elles sont menottées, et ensuite il y a une chaîne qui les lie à partir des menottes jusqu’à une chaîne sous le ventre puis, une autre chaîne qui conduit de la chaîne qui est au ventre aux menottes autour de leurs pieds. Et donc en gros, poignets et chevilles sont menottés ensemble. Et dans la plupart des états, ce n’est pas du ressort du personnel médical des hôpitaux de décider quand ces chaînes et ces menottes doivent disparaître.

C’est au personnel de la prison ou au personnel pénitentiaire qui les accompagnent de décider quand ces chaînes sont enlevées. Donc  ça représente donc un grand danger pour la mère et l’enfant à naître.

Tu peux développer sur les risques,  les conséquences de la contention, etc.

Enchaîner les femmes pendant le travail et l’accouchement restreint leur flux sanguin et limite leur capacité au déplacement. Ce qui est très important quand elles sont en travail et l’accouchement. Elles doivent être en mesure de se déplacer. Elles doivent être en mesure de changer de position.

Enchaîner met aussi le bébé en danger. Selon une obstétricienne, enchaîner une femme en travail compromet la capacité de manipuler ses jambes dans la position adéquate au regard des soins nécessaires. Et la santé de la mère et du bébé sont mises en danger en cas de complications lors de l’accouchement, comme une hémorragie ou une diminution de la fréquence cardiaque fœtale. Donc ces choses, en plus d’être cruelles et inhumaines, compromettent aussi la santé des deux, tu vois, mère et bébé, durant cette période.

Et même avant le travail quand les personnes sont enchaînées pendant la grossesse, particulièrement pendant le troisième trimestre de la grossesse, quand elles sont énormes et que peut-être leur équilibre est perturbé, même juste les menottes ça signifie qu’elles ne sont pas en mesure disons de se rattraper si elles tombent parce qu’elles sont en train de se déplacer dans un véhicule pour être transportées à l’hôpital ou au tribunal ou à n’importe quel autre endroit. Elles ne sont pas en mesure de se positionner pour leur sécurité, pour se maintenir, pour ne pas tomber au cas où le véhicule s’arrête. Il y a donc énormément de problèmes liés au fait de restreindre les mouvements de manière aussi radicale.

J’ai entendu parler de cas de professionnels de la santé qui allaient vraiment au conflit avec le personnel pénitentiaire. Sur le site de Birthing Behind Bars, il y a une histoire qui a été écrite parce que la femme est toujours en prison et incapable de faire une interview vidéo ou téléphonique. Elle dit que quand elle est entrée en travail et pendant l’accouchement elle était enchaînée et menottée. À l’hôpital, où elle a été transporté, le médecin qui l’a prise en charge s’est littéralement battu avec les gardes qui l’accompagnaient parce qu’il disait « Elle doit être détachée. Je ne peux pas la soigner si elle est enchaînée, elle ne peut pas accoucher en toute sécurité ». Et les gardes n’étaient pas disposés à la détacher pendant ce moment. Alors, elle dit qu’il y a eu une vraie bagarre, tu vois, entre le personnel médical et le garde.

Je sais que récemment la Californie a adopté une loi qui dit que les femmes qui sont en prison ne doivent être entravées à aucun moment de leur grossesse, pas seulement pendant le travail et l’accouchement. Mais avant que cette loi ait été adoptée à l’automne, il y avait une loi qui disait expressément que les femmes en prison ne doit pas être entravées pendant le travail et l’accouchement. Et à la Maison d’Arrêt du Comté de San Francisco, le personnel faisait l’interprétation suivante : « cela s’applique uniquement aux centres de détention cela ne concerne pas les Maisons d’arrêt ». Donc, j’ai entendu des récits de gens qui y ont travaillé, qui ont du également aller au conflit avec le personnel pour que les femmes soient détachées pendant le travail et l’accouchement. Et donc, ce qu’ils ont fait ça a été en fait de prendre une copie de la loi pour renforcer leurs arguments sur le fait que le personnel de la prison n’était pas censé faire ça. Mais encore une fois c’était encore au bord de la bagarre juste pour arriver à ce que ces entraves soient enlevées alors qu’elles n’auraient juste pas du être là. Ça aurait du être tout simplement : « ok vous êtes en travail pour l’accouchement donc pas de contention ».

Quelles sont les conditions d’accouchement pour les femmes emprisonnées ?

La plupart des femmes qui se rendent à l’hôpital et y accouchent, restent à l’hôpital pour approximativement un à trois jours. En fonction de la politique générale de l’hôpital, certaines sont autorisées à rester près de leurs bébés, certaines d’entre elles ne sont autorisées à voir leur bébé que lorsque les infirmières apportent les bébés de la pouponnière. Pendant leur séjour à l’hôpital, elles sont menottées ou dans les états qui n’ont pris aucune mesure contre la contention elles sont enchaînées pendant qu’elles récupèrent de l’accouchement. Elles devront donc tenir leurs bébés alors qu’elles sont menottées ou enchaînées ; elles ne sont donc pas libres de leurs mouvements quand elles ont leur enfant. Et si elles n’ont pas un membre de la famille pour venir et prendre le bébé eh bien la plupart du temps leur bébé ira en famille d’accueil. Je ne sais pas si vous avez le même type de système en France ? La famille d’accueil, c’est quand l’État prend en charge l’enfant et le place dans une autre famille ou dans un foyer.

Ainsi dans l’espace de un à trois jours, la mère et le bébé sont séparés et la mère repart en prison et l’enfant est soit pris en charge par des membres de la famille, soit pris en charge par l’État. Dans quelques États, il y a des programmes spéciaux; ce sont donc des programmes dans lesquels une femme peut rester avec son nouveau-né pendant un à trois ans à l’intérieur de la prison dans une unité spéciale spécialement conçue pour les accueillir. Mais ça ne fonctionne que si la femme est déjà enceinte en prison. Donc, si elle a déjà accouché avant d’aller en prison, elle n’est pas éligible pour prendre son enfant avec elle par le biais du programme Nursery en prison. Les gens rapportent que le programme Nursery en prison il n’y a vraiment aucune garantie d’y avoir accès.

Ainsi, dans un état par exemple, les avocats et les personnes qui travaillent avec les femmes, les mères à l’intérieur de cette prison, ont indiqué que cette prison-là n’accepte que les mères blanches de sorte que les mères afro-américaines et d’autres non-blanches qui ont postulé au programme de nursery sont toutes refusées. Et la garderie de la prison en ce moment est en train de recruter d’autres mères blanches en prison dans d’autres états pour les intégrer à leur dispositif de nursery en prison plutôt que de choisir parmi des femmes qui sont déjà dans leur prison. Dans d’autres prisons, il a été signalé que quand une mère a déposé un grand nombre de réclamations ou de plaintes formelles contre la prison ou contre un membre particulier du personnel, on lui refusera l’accès au dispositif de nursery. Et si une femme est enceinte d’un membre de l’équipe du personnel pénitentiaire et choisit de garder le bébé, on lui refusera l’accès au programme. Donc, il y a d’énormes problèmes au sujet de qui a accès à la nursery en prison en dehors de ce que, tu vois, de ce que sont les conditions à l’intérieur, parce que le bébé est toujours en prison ce qui n’est pas l’idéal, ou qui est loin d’être l’idéal, je dirai….

Une chose intéressante dans ce genre de démarches en dehors des États-Unis c’est par exemple en Argentine. Ils ont des programmes similaires de nursery en prison. Et dans l’une des prisons pour femmes juste en dehors de Buenos-Aires, les femmes ont commencé à protester et à faire une émeute au sujet de leurs conditions de vie dans ces programmes parce qu’elles ont dit : « Oui nous voulons garder nos enfants avec nous, mais si nous le faisons, alors les conditions doivent réellement être des conditions dans lesquelles les enfants peuvent s’épanouir ». Donc, à un moment, elles se sont révoltées parce qu’elles disaient qu’il n’y avait pas de pédiatres de garde.  « Nos enfants tombent malades tout le temps parce que ce sont des enfants. Nous ne pouvons nous contenter de pédiatres uniquement présents le mardi après-midi parce que nos enfants tombent malades tout le temps. Il doit y avoir un médecin de garde ».

Et quand la prison a refusé, elles se sont en fait révoltées et ce n’était pas juste les femmes du programme de nursery. C’était aussi les femmes qui faisaient tout simplement partie de la population carcérale générale qui disaient : « hé, ceci est aussi notre problème parce que des enfants tombent malades ».

Et donc je pense qu’elles ont pris le contrôle d’une partie de leur parloir, les membres de la famille ont accepté d’être des otages-volontaires, et elles ont poussé ces revendications et n’ont pas lâché jusqu’à ce qu’un pédiatre soit assigné pour être de garde.

Une autre fois, elles se sont révoltées à cause de la nourriture. Elles se sont dit « D’accord la nourriture des prisonniers est infecte, mais pour un enfant en croissance, c’est encore pire quand vous avez de la nourriture sans valeur nutritive ». Et dans un autre cas, elles se sont révoltées au sujet de l’état des lieux, les conditions de vie, comme le fait qu’il y avait des cafards, des blattes, des mouches et des rats, des souris. Elles ont dit : « Nous ne pouvons pas élever des enfants dans de telles conditions ». Et l’un des résultats de cette pression constante est que l’Argentine, en 2009, a adopté une loi qui déclarait que les femmes qui sont enceintes, confrontées à une peine de prison pour des infractions sans violence seraient les premières qualifiées pour purger leur peine en résidence surveillée ; les femmes qui sont enceintes ou qui ont des enfants de moins de 5 ans. De telle sorte qu’elles puissent effectivement purger leur peine à la maison avec leurs enfants et qu’il ne leur faille pas choisir entre renoncer à leur enfant pendant qu’elles sont à l’intérieur ou faire rentrer votre enfant dans le système carcéral. Car il y a une autre possibilité qui est de purger sa peine à la maison afin que vous puissiez être avec votre enfant et avoir comme qui dirait de meilleures conditions que les conditions autorisées à l’intérieur de la nursery de la prison. Donc, c’est un moyen intéressant de réfléchir au fait que la question n’est pas forcément uniquement : le bébé doit-il entrer en prison ou doit-il être séparé de sa mère et pris en charge dehors? On sait qu’il y a d’autres moyens pour prendre en compte la famille et les garder ensemble.

Est-ce que les proches, les familles peuvent faire entrer des médicaments ou de la nourriture adaptée pour les mères et les enfants en prison ?

La plupart des prisons ne permettent pas aux gens d’apporter des médicaments. Donc, si une femme est enceinte et a besoin d’un médicament en particulier et que la personne qui fournit des soins médicaux n’est pas disposée à lui prescrire, eh bien c’est juste pas de chance pour elle. La famille n’est pas en mesure de dire : « ok, je peux aller à la pharmacie t’acheter ce truc et te l’apporter ». Certaines prisons autorisent l’envoi de paquets de nourritures. Certaines prisons ne permettent aux membres de la famille que d’envoyer de l’argent puis la femme doit acheter de la nourriture à la cantine ou au magasin de la prison, mais c’est très limité au niveau des aliments, souvent ils n’ont pas la valeur nutritive nécessaire pour quiconque. Mais qui plus est pour une femme enceinte, en fait, ça n’a pas ces valeurs nutritives là. C’est plus des trucs genre du snack, des trucs qui ne sont pas bons pour elles. Donc ce n’est pas comme si les fruits et légumes frais, tu vois, étaient disponibles facilement. Et aussi beaucoup de prisons n’ont pas de possibilité de soins de santé spécifiques pour les femmes et donc il n’y a pas d’obstétriciens ou de gynécologues. Dans de nombreux états, il y a eu des plaintes au sujet de services médicaux en prison qui étaient soit inadéquats ou dangereux. Ainsi, souvent les gens qui travaillent à l’unité médicale de la prison sont des personnes qui n’ont plus vraiment le droit d’exercer à l’extérieur. Ou, dans certains cas, on raconte que le personnel démissionne parce qu’ils réalisent qu’ils ne pourront pas vraiment faire la différence face à une telle bureaucratie qui se fiche de la santé des gens. Donc ce n’est pas comme si ils pouvaient être bienveillants avec les patients à l’intérieur parce qu’en fait ils sont limités dans leur action.

Quelles sont les violences qui frappent les femmes en prison?

Il y a une quantité énorme de violence contre les femmes dans le système carcéral. Il y a donc la violence ouverte comme la violence physique de la part du personnel pénitentiaire. Des femmes sont frappées, mises à l’isolement également. Et l’un des aspects intéressants qui reflète la façon dont on assigne un genre aux personnes dont on attend qu’ils se conforment à des normes de genres, c’est que dans les prisons de femmes, souvent les femmes sont envoyées à l’isolement, c’est à dire mises dans des cellules toutes seules, dans une cellule de la taille de toilettes pendant des jours, des semaines, des mois parfois. Donc ces femmes sont punies pour des comportements considérés comme entre guillemets pas féminins : jurer, manquer de respect, cracher… Et ce sont des choses pour lesquelles les hommes en prison ne sont pas punis. C’est une façon intéressante de constater que le système pénitentiaire utilise les assignations de genre pour punir les femmes.

Il y a aussi la violence sexuelle. Contrairement à ce que les médias, au moins aux États-Unis, aimeraient massivement laisser penser, beaucoup de la violence qui se produit, une grande partie de la violence sexuelle et des abus sexuels est commise par le personnel pénitentiaire. Donc, c’est dans une prison des femmes, et ce n’est pas nécessairement de la violence entre détenues. C’est de la violence qui est perpétrée conte elles par les personnes qui détiennent les clés de leurs cellules et sont en mesure de contrôler genre chaque mouvement de leur vie.

En outre, il y a aussi par exemple la violence d’être séparées de leurs familles, tu vois. Il y a la violence inhérente au système carcéral comme qui obtient l’accès à certaines choses en fonction de la race, sur l’apparence, comme j’ai mentionné plus tôt dans ces nursery en prison qui n’acceptent pas les mères non-blanches. Ainsi, on peut voir comment cette violence raciale joue, mais ce n’est pas tangible donc on ne peut pas tout à fait la pointer en disant par exemple « cette personne s’est fait frappée ». Ce n’est pas aussi visible la plupart du temps.

Il y a aussi cette énorme quantité de violence réactivée par la prison, ainsi par exemple quand tu as des personnes qui ont subi des abus dans le passé, des traumas ou des abus sexuels. Pour les femmes qui en ont subi, elles sont maintenues dans des conditions où elles sont surveillées par des hommes inconnus et cette surveillance prend souvent la forme d’hommes qui les regardent pendant qu’elles sont sous la douche, pendant qu’elles dorment ou quand elles sont dans la zone des toilettes. Ce sont là tout un tas d’expériences traumatisantes pour qui n’a pas vécu la violence ou les abus sexuels et ça l’est de surcroît pour des personnes qui en ont vécu. Et au moins la moitié des femmes qui entrent en prison témoignent avoir subi auparavant des violences sexuelles, donc qui plus est pour ces femmes ça retraumatise et réactive le trauma encore et encore.

Il y a donc une énorme quantité de violences à l’intérieur des prisons pour ces femmes et ça va des choses évidentes comme les passages à tabac, la brutalité comme tu me demandais, jusqu’à des formes plus insidieuses comme le fait de ne jamais pouvoir être seule ou avoir de la tranquillité ou le fait d’être placée en isolement total ou d’avoir des gens qui contrôlent chaque petite chose que tu fais comme de n’être autorisée à manger qu’à cette heure et pendant cette durée ou tu ne peux faire que  ceci ou cela…

Donc, pour les violences sexuelles souvent, c’est le personnel masculin commettant des violences, des violences sexualisées contre des femmes de l’intérieur. Donc, cela prend la forme par exemple d’agressions sexuelles, d’abus sexuels aussi, d’humiliations des femmes. Mais, c’est aussi perpétré, tu vois, par des membres féminins du personnel pénitentiaire.

Au Colorado l’année dernière, l’année d’avant, le Département Pénitentiaire du Colorado a en fait adopté une loi, a institué en 2010 une nouvelle politique de fouille au corps appelé le « labia lift ». En gros, c’était qu’ils fouillaient les femmes au corps et ils leur faisaient écarter les lèvres du sexe et tousser et se tenir dans des positions vraiment très humiliantes et tu vois genre ils leur faisaient vraiment relever les lèvres de manière à ce qu’elles soient inspectées pour éviter la contrebande. Et des femmes ont racontées que certaines personnes parmi les plus sadiques lors de cette pratique étaient les femmes surveillantes. Donc ce n’est pas comme si c’était gravé dans la roche que les femmes surveillantes étaient plus humaines que les hommes. C’est juste qu’avec quelqu’un dans une telle position de pouvoir, les sévices vont de pair.  Parce qu’en fait la dynamique du pouvoir dit que quelqu’un qui a ce pouvoir sera capable d’appliquer ce qu’on lui demande et donc aussi d’infliger de la violence aux gens qu’il tient sous sa coupe. Ça a été fait comme un acte de violence qui a été sexualisé tu vois, utilisant les corps des femmes, leurs désirs, sexualité ou leur manque de sexualité pour les contrôler ou les traumatiser. Et d’ailleurs, dans cet exemple au Colorado les femmes ont parlé en prenant de grands risques, parce que quand tu fais du bruit contre quoi que ce soit alors que t’es encore en prison, encore sous le joug des règles et règlements de la prison, et tu vois comme le personnel de la prison peut tout régenter, de grands risques en découlent souvent, de plus grandes sanctions. Mais elles ont averti leurs familles. Elles ont écrit des lettres aux médias et elles ont vraiment fait savoir aux gens ce qu’il en était de cette pratique. Et elles ont en fait contraint le Département Pénitentiaire à cesser cette pratique. Parce que encore et encore parce qu’ elles étaient prêtes à dire « ok, c’en est assez cette fois,  nous ne vous laisserons pas prendre cette petite part de notre dignité, nous ne vous laisserons pas continuer à nous infliger cela ». Et c’est aussi quelque chose dont il faut se souvenir, c’est que ce n’est pas toujours de la violence infligée à des personnes qui restent passives en face. Dans certains cas elles répliquent. Dans certains cas, elles obtiennent de toutes petites victoires qui signifient que tu vas pouvoir garder un peu plus de ton humanité et de ta dignité.

Est-ce que WORTH a des connexions au niveau international?

Je suis venue chez WORTH précisément parce que je produis beaucoup d’écrits et de recherches autour de la résistance et de l’activisme à l’intérieur des prisons pour femmes. Or, quand je faisais ce genre de travail, comme ce travail Écrits et résistances, j’ai en fait coopéré avec une femme qui enseigne la photographie et fait des cours d’art-thérapie dans les prisons pour femmes en Argentine. J’ai collaboré avec elle pour qu’elle cherche quelles étaient les politiques autour de la maternité, tu vois, à la fois aux États-Unis et en Argentine. Et à l’origine, on a pensé que le résultat serait genre « ahh les sales politiques répressives« . Et c’est quand elle a commencé à regarder qu’elle a réalisé en cherchant dans les journaux argentins et les statistiques journalistiques qu’il y avait eu tu vois ces rebellions et émeutes en chaîne, spécifiquement autour de la maternité dans la prison pour femmes près de Buenos Aires. Donc on ne peut pas vraiment dire que WORTH a ces connections internationales, même si ce serait génial si on pouvait construire ces connections dans notre développement.

C’est une organisation relativement neuve et comme tu peux le voir elle est aussi très petite. Mais pour l’instant je pense que notre objectif est plus immédiat parce que tu vois la population américaine est plus investie pour changer cela. Peut-être si on continue à avancer, des choses comme ce que les gens des autres pays ont fait ou sont en train de faire, comment leur travail croise ce que nous faisons, comme comprendre que les États-Unis ne sont pas l’Argentine et leurs méthodes peut-être qu’elles ne vont pas fonctionner ici mais peut-être qu’on peut apprendre quelque chose pour notre travail de ce qui s’est passé là-bas et vice-versa.

Quels sont les groupes avec lesquels WORTH travaille? 

Grâce à Birthing Behind Bars nous collaborons avec d’autres groupes qui soit travaillent avec ou sont dirigés par des femmes anciennement incarcérées sur la collecte des histoires de grossesses et de parentalité en prison. Donc j’étais récemment à Seattle, où il y pas mal de groupes différents qui travaillent avec des femmes qui ont été incarcérées ou qui ont été d’une façon ou d’une autre touchées par l’incarcération et se battent pour leurs droits familiaux et pour des gardes d’enfants. Donc, il y a un groupe appelé le Incarcerated Mother Advocacy Project, qui est un groupe d’avocats et d’étudiants en droit qui travaillent auprès des femmes sur des affaires de droit, parce que souvent les mères sont plus durement touchés par des questions de garde d’enfants quand elles vont en prisons que les pères ne le sont. Car souvent, lorsque les pères vont en prison leurs épouses, leurs petites amies, leurs mères ou leurs sœurs, quelqu’un va prendre soin de leurs enfants et souvent quand une mère va en prison, elle n’a pas le même type de soutien de la famille qui consisterait à dire « ok pendant que tu es absente on va pendre soin de ton enfant ». Il y a plutôt ce type de réaction : « T’as foiré, t’es en prison, tu sais qu’on n’a pas à faire ça… On n’a pas à gérer et à faire ça pour toi ».

Alors ils travaillent avec des femmes à la fois en prison sur des trucs comme connaître leurs droits, comme les aider sur n’importe quel type de papiers administratifs dont elles ont besoin. Expliquer ce que sont tous ces papiers administratifs tout ce qu’elles reçoivent au sujet de la garde d’enfant et des familles. Et ensuite ils travaillent avec les femmes une fois qu’elles sont sorties, tu vois, pour leur permettre de retrouver leurs enfants. Et il y a aussi cet autre groupe nommé De Parent à parent5 qui travaille tout particulièrement avec les parents qui se battent pour récupérer leur enfant ou qui se battent sur des questions de garde d’enfant. Et l’une des fondatrices est en fait une ancienne détenue qui a accouché en prison. Et elle était l’une des deux femmes noires qui avait candidaté pour le programme Nursery en prison et fut rejetée. Parce qu’en fait elle était enceinte elle avait été mise dans cette unité. Et ensuite elle a été refusée pour le programme et donc elle a accouché et a du donner son bébé a quelqu’un à l’extérieur. Elle avait quand même était remise ensuite dans cette unité et donc elle était amenée à voir toutes les autres femmes avec leur bébé. Et elle a du réclamer pour être retirée, retirée de cette unité parce que c’était tellement douloureux chaque jour pour elle de voir genre tout le monde avec son enfant alors qu’elle n’avait pas pu garder son propre bébé avec elle. Mais ensuite elle est sortie. Et elle est sortie déterminée à aider d’autres gens à se battre pour leurs enfants.

Cases Rebelles remercie Vikki Law.
Interview réalisée à Harlem, New-York, en décembre 2012.

A écouter dans l’émission n°29.

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  1. « Résistance derrière les barreaux. Les luttes des femmes incarcérées »
  2. « N’abandonne pas tes amis »
  3. Women On The Rise Telling herstory : http://womenontherise-worth.org/
  4. Birthing Behind Bars : http://nationinside.org/campaign/birthing-behind-bars/
  5. Parent to parent

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