Islamophobie en acte aux États-Unis de Trump

Publié en Catégorie: AMERIQUES, MIGRATIONS, PERSPECTIVES

Donald Trump l’avait annoncé et voilà donc la mise en acte étatique de l’islamophobie par la violence du bannissement. Aussi violents et anxiogènes soient-ils, ces passages à l’acte sont les conséquences inévitables pour des sociétés occidentales ayant fait du sécuritaire xénophobe – avec une place de premier choix pour l’islamophobie – un élément discursif central et un mode de gouvernance.

Ce fut donc rapide. Trump a été investi le 20. Les arrêtés politiques liberticides s’enchainent depuis. Désormais, en matière de séjour sur le territoire US, c’est un degré de plus dans l’incertitude et le supplice pour on ne sait combien de vies scrutées, brisées, bouleversées, suspendues.

Le récit des conséquences immédiates, concrètes, brutales de ce décret 1 s’affiche sur nos fils d’actualité avec le hashtag muslimban – l’interdiction d’entrée sur le territoire étasunien pour les ressortissants de 7 pays (Irak, Iran, Libye, Somalie, Soudan, Yémen) pendant 120 jours pour touTEs les réfugiéEs d’où qu’ils viennent et une durée indéterminée pour les réfugiéEs syrienNEs dont la présence « nuirait aux intérêts des états-unis », pendant 90 jours  détenteurs de visas touristiques, étudiants ou même de la Green Card2.
Ce qu’il adviendra des personnes ayant déjà déposé une demande d’asile est à ce jour incertain. Samedi, de nombreuxSES passagerEs ont été interditEs de vol vers les États-Unis. Si à Istanbul un étudiant iranien a été expulsé de l’avion après l’embarquement, d’autres ont quand même pu embarquer mais se sont vuEs refouléEs à leur arrivée. À certainEs détenteurRICEs de Green Card on a demandé « leur opinion » sur Trump et leur comptes sur les réseaux sociaux ont été passés au crible.  Des enfants se sont retrouvés séparés de leurs parents. Malgré le danger évident qu’elle risquait et après avoir épuisé tous les recours d’urgence à sa disposition, une réfugiée syrienne  n’a pu obtenir une demande d’asile : elle devait donc être expulsée vers un pays tiers où elle n’a aucune attache.  À New York, des dizaines de personnes ont été détenues à l’aéroport JFK, devant lequel des manifestations importantes se sont organisées ; plusieurs avocats se sont volontairement présentés pour aider les voyageurs détenus ; les taxis ont entamés une grève.

En France aussi on applique avec un bel empressement :

« En effet, la compagnie Air-France a d’ores et déjà refusé d’embarquer une quinzaine de personnes à destination des États-Unis », indique l’AFP ce dimanche.

Dans la soirée du 28 janvier, une juge fédérale de Brooklyn, Ann M. Donnelly, a suspendu temporairement une partie du décret (et de fait les expulsions), car il faisait encourir un « préjudice irréparable » aux ressortissants visés. Mais cette décision ne s’applique qu’aux personnes déjà aux États-Unis ou en transit sur le territoire (et pourrait concerner 100 à 200 personnes actuellement détenues dans les aéroports américains, selon ACLU).

Mais un récent communiqué3 du gouvernement maintient le cap fascisant :

Le ministère de la Sécurité intérieure continuera à faire respecter tous les ordres exécutifs du président Trump de manière à assurer la sécurité du peuple américain. Les ordonnances du président Trump demeurent en place – les déplacements prohibés demeureront interdits et le gouvernement des États-Unis conserve son droit de révoquer les visas à tout moment si cela est requis pour la sécurité nationale ou la sécurité publique. L’Ordre exécutif du Président Trump affecte une petite partie des voyageurs internationaux et constitue une première étape vers le rétablissement du contrôle sur les frontières de l’Amérique et la sécurité nationale.

La liste des pays visés est provisoire et peut être étendue à tout moment, sur demande du secrétaire d’État et du secrétaire à la sécurité intérieure.

Le décret à la rhétorique islamophobe, et plus largement xénophobe, exalte l’exceptionnalisme américain : il s’agirait en effet de s’assurer que l’idéologie des demandeurs de visas et des réfugiés est « compatible » avec les « valeurs » et principes américains.

Les États-Unis ne peuvent pas et ne doivent pas admettre ceux qui ne soutiennent pas la Constitution ou ceux qui désireraient placer des idéologies violentes au-dessus du droit américain. De plus, les États-Unis ne devraient pas accueillir des personnes qui s’engagent dans des actes de fanatisme ou  de haine (parmi lesquels « les crimes d’honneur » et d’autres formes de violences contre les femmes ou la persécution de croyants d’une  religion autre que la leur) ou ceux qui souhaiteraient opprimer des Américains, quels que soient leurs races, genres et orientation sexuelle.

Voilà donc un président raciste, sexiste promoteur de la Culture du viol avec son équipe de réacs et son conseiller d’extrême-droite qui se posent en pourfendeurs des violences faites aux femmes, des discriminations raciales, sexistes et lesbo/homophobe, et en protecteurs des libertés religieuses, face à ceux qui « s’engagent dans des actes de fanatisme ou de haine ». Cette décision est prise cinq jours après l’annonce de la suppression des financements aux ONG internationales qui soutiennent ou même mentionnent l’avortement (une mesure adoptée par ailleurs par chacun des présidents républicains depuis Reagan en 1984). Et en fond bien entendu, Trump continue la politique impérialiste étasunienne de déstabilisation dans la région du Moyen Orient : la semaine dernière, il ordonnait ses premières frappes de drone au Yémen.
En plus du bannissement, la mesure prévoit le renforcement des nombreuses procédures déjà très strictes et intrusives, les agents américains devant évaluer « la probabilité que le demandeur de visa devienne un membre capable de faire une contribution positive à la société […] et capable de contribuer aux intérêts nationaux ».

Si Donald Trump semble aujourd’hui l’avatar le plus glaçant du populisme américain, ce décret s’inscrit néanmoins dans la continuité des précédentes législatures. Celles et ceux qui ont choisi de juger Obama sur sa négritude, sa femme, ses goûts musicaux, etc. plutôt que sur ses idées politiques et ses actes en totale continuité avec les administrations précédentes ont une responsabilité morale : en décembre 2015 il signait une loi réintroduisant et restreignant l’obtention de visa pour 38 pays avec le Visa Waiver Program and Terrorist Travel Prevention Act. Et de toutes les administrations américaines depuis le 20e siècle, son administration est celle qui a expulsé le plus de migrants.
Ce décret du 27 janvier ne repose sur rien d’autre qu’une islamophobie mondialisée depuis au moins une décennie au prétexte d’une lutte contre des terrorismes largement créés et entretenus par des puissances impérialistes et terroristes elles-mêmes.

En matière migratoire, l’Europe compte son lot effroyable de victimes – plus de 5 000 migrantEs seraient décédéEs en tentant de traverser la Méditerranée en 2016. En France on a essayé de masquer le caractère insupportable du traitement des migrant.e.s en détruisant Calais ; pour diluer les souffrances mais aussi saper les solidarités. On cache, on enferme, on expulse, on suspend des destins à des tests osseux, et des jeunes désespérés, comme Denko Sissoko à Châlons-en-Champagne, se suicident. De nuit, à Paris on harcèle,  détruit des campements de fortune, on vole des couvertures alors que les températures sont dangereusement basses.
Au niveau des discours publics, pour ce qui est de l’islamophobie la surenchère est telle que la seule hiérarchie possible est l’échelle du moins pire. L’état d’urgence a largement permis d’officialiser les haines et les mesures législatives pour une oppression policière sans limite. Et peu de personnes dans le débat public – et surtout pas dans la politique institutionnelle – sont prêtes à s’y opposer.

Quand tout basculera, touTEs les propagandistes de la haine – politiques et médias – que diront-ils ?

Nous ne comptons pas sur eux, nous ne les attendons pas. Il nous faut d’ores et déjà -même s’il est bien tard – travailler, penser et acter des résistances concrètes, locales et internationalistes.

Résistance Internationaliste (© Cases Rebelles)

Cases Rebelles (29 janvier 2017)

  1. intitulé « Protéger la nation de l’entrée de terroristes étrangers aux États-Unis » et promulgué le 27 janvier 2017
  2. carte de résident permanent
  3. « Department Of Homeland Security Response To Recent Litigation », 29 janvier 2017

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