Quand l’art révolutionnaire d’Emory DOUGLAS apparait dans le film « Black Panther »

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920x920Natif d’Oakland, Ryan COOGLER, réalisateur de Black Panther, est héritier de la puissante histoire du Black Panther Party qui y fut fondé par Huey P.NEWTON et Bobby SEALE en 1966.
Or, quand on aborde la question de l’art et des Black Panthers un nom vient immédiatement à l’esprit : celui d’Emory DOUGLAS. Cet artiste extraordinaire fut ministre de la culture du BPP et responsable du journal de l’organisation pendant de nombreuses années. Dans ce cadre, il mit son art au service des idées révolutionnaires des Panthers et de leur démocratisation. C’est lui qui donna toute sa dimension à la caricature du « pig », le flic porc qui terrorise la communauté noire.
Issu du peuple, artiste généreux et déterminé, Emory a su sans cesse trouver des mots et des images qui résonnent encore aujourd’hui.
Dans le film Black Panther, vers 1h25, le personnage de Killmonger (interprété par Michael B.JORDAN qui joua également Oscar GRANT assassiné à Oakland par la police du métro le 1er Janvier 2009 dans le film Fruitvale Station) revient dans l’appartement d’Oakland où il a grandi. Dès qu’il y rentre, furtivement, dans l’ombre et le flou, un dessin d’Emory DOUGLAS apparait. L’œuvre originale mérite que l’on s’y attarde.

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Il s’agit du dessin qui était en couverture de l’édition du journal des Black Panthers parue le 28 Février 1970. Le personnage principal qui occupe le centre est armé. Son arme est tendue vers l’ennemi qui se trouve vers notre droite, là où se dirige son regard. Au premier plan, en bas de l’image se trouve un autre personnage armé dont le fusil porté à bout d’un bras pointe vers le ciel. L’homme est en mouvement et la position de son bras invite à le suivre : « À l’attaque ! » semble t-il nous dire. Au troisième plan et à droite de l’image, se trouve une femme dont on ne voit que partiellement le corps. Le plus important c’est que son bras arme le lancer immédiat d’une grenade dans la direction vers laquelle ils sont tous tournés.
La phrase qui accompagne l’image est la suivante :

L’un de nos buts principaux est de créer l’unité entre nos frères du Nord et nos frères du Sud1.

Cette déclaration reflète l’internationalisme des Black Panthers et la manière dont ils pensaient leur combat aux États-Unis comme la partie d’une lutte globale contre l’impérialisme, le capitalisme, la suprématie blanche.
Emory DouglasOn ne va pas multiplier les interprétations fantasmatiques politiques sur un blockbuster qui a été construit comme tel. L’objet de ce texte n’est pas non plus de vous vendre un film qu’on n’a pas particulièrement apprécié.
On profite juste de cette très brève et très discrète apparition pour vous inciter à découvrir le fantastique Emory DOUGLAS et son œuvre. Nous l’avions rencontré il y a quelques années. L’interview est ici en version écrite et là en audio. Tout dans son parcours, dans ce qu’il fait et ce qu’il est est une ode à la lutte, et à la constance. Les révolutionnaires ne vieillissent pas forcément tous bien mais Emory DOUGLAS est resté fidèle à lui-même, ses valeurs, et son héritage. Si la très discrète apparition de son œuvre dans Black Panther peut donner envie de le découvrir…2

Cases Rebelles – 24 Février 2018

  1. One of Our Main Purposes Is To Unify Our Brothers and Sisters in the North With Our Brothers and Sisters in the South.
  2. L’une des autres images que l’on voit dans l’appartement est celle d’un des meilleurs albums de musique de tous les temps : It takes a nation of million to hold us back, de PUBLIC ENEMY. 30 ans après sa sortie, cet album conserve toute son acuité révolutionnaire et sa puissance sonique!

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