Le syndicat des travailleur.euses sans papiers de Rennes

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LUTTES ACTUELLES

Le syndicat des travailleur.euses sans papiers de Rennes

À Rennes, depuis quelques temps un syndicat de travailleur.euses sans papiers a vu le jour. Arafan et Babeth deux des membres, nous expliquent ici la naissance, le fonctionnement, les objectifs et les mobilisations à venir.

Which way ? Elizabeth Catlett, 1973

Par Cases Rebelles

Novembre 2019

CASES REBELLES : Comment est né le syndicat et comment est venue l’idée de sa création ?

LE SYNDICAT DES TRAVAILLEUR.EUSES SANS PAPIERS : Le syndicat est né suite à une discussion entre Ousmane et Arafan à la ZAD de Notre-Dame-des-Landes au Transborder Summer Camp, en août. On parlait de l'ancien « réseau solidarité exilé.es » dont on faisait partie l'année passée à Rennes, où il y avait des problématiques qu'on n'arrivait pas à résoudre. Par exemple pour l'accompagnement des démarches administratives, personne n'avait les compétences pour faire ça dans le collectif. Personne n'était satisfait.e de la situation, ni français.es ni exilé.es.
Au Transborder, on a rencontré un syndicat de commerçants sans papiers de Barcelone qui regroupe des vendeurs ambulants. Le syndicat avait un stand où yels vendaient des T-shirt sérigraphiés de leurs propres logos et paroles politiques. On a eu envie de faire la même chose à Rennes, un collectif autogéré de personnes sans papiers avec des soutiens français.es.
Le soir-même, on a convoqué une réunion à la ZAD entre les anciennes personnes du réseau solidarité exilé.es qui étaient là. L'idée a plu, on a eu envie de gagner de l'argent en vendant des choses. On voulait faire de l'artisanat parce qu'Ousmane avait un talent, mais on n'avait pas de sous pour démarrer et payer les outils et matières premières, et on ne voulait pas demander aux français.es de nous prêter de l'argent pour commencer.
À la rentrée au mois de septembre, on a convoqué une réunion où 10 à 15 personnes sont venues, pour continuer la réflexion sur le nouveau collectif. Alors l'idée est arrivée de vendre du pain pour démarrer. Il y a un collectif à Rennes qui s'appelle la Pâte Mobile qui fait du pain chaque mardi et le vend à prix libre. On les a contacté.es, et yels nous ont proposé une réunion au local de CARPES, qui est un autre collectif de solidarité entre personnes précaires. Yels étaient d'accord pour nous soutenir, nous apprendre à faire du pain, nous prêter leur matériel et de l'argent pour acheter les premiers kilos de farine. Assez rapidement on s'est mis.es à la tâche et on est allé.es vendre du pain à prix libre à la fac. Ça a bien fonctionné, et on a décidé de le faire une fois par semaine.

Comment est composé le syndicat ? Comment fonctionnez-vous?

Dans le syndicat, on est majoritairement des hommes, entre 25 et 45 ans. Certains travaillent chez des particuliers (maraîchers), et d'autres dans des entreprises de sécurité, de livraison, bâtiment…
Pour communiquer on a un groupe WhatsApp où on peut parler de la préparation des prochaines réunions par exemple, et des actions politiques auxquelles on participe. On a aussi une page facebook pour être en collaboration avec d'autres collectifs, faire circuler les informations concernant les différents événements qui se passent à Rennes, et même au-delà.
Pour les réunions, on prépare un ordre du jour qu'on écrit ensemble dans le premier quart d'heure de réunion. On fait en sorte que ça ne dure pas plus d'une heure et demi. Pour parler, on lève la main pour ne pas se couper la parole, mais il n'y a pas de modérateur.ice. Il y a une personne volontaire qui prend des notes dans un cahier. Après la réunion on fait le compte-rendu oral qu'on met sur le groupe WhatsApp pour celleux qui ne savent pas lire.
Pour prendre des décisions, a priori on fonctionne au consensus. S'il y a une ambiguïté dessus, on vote à la majorité.
On n'a pas encore organisé la gestion de l'argent dans le collectif, mais on va le faire bientôt.

Pouvez-vous nous parler de l’événement que vous organisez le jeudi 7 novembre ?

En ce moment, avec le syndicat SUD PTT, on organise une soirée où on a invité les travailleur.ses de Chronopost qui sont en grève depuis le mois de juin, le CSP20 (Collectif Sans Papiers du 20ème arrondissement de Paris). Ça sera une présentation de leur lutte, une discussion et un repas. C'est une rencontre entre différents collectifs de lutte. On cherchera à récolter de l'argent pour soutenir les Chronopost.

Quels secteurs professionnels sont les plus concernés sur Rennes?

En ce qui concerne le nom, on l'a choisi en référence au collectif de Barcelone qui nous a inspiré. Pour le moment, on a pas vraiment échangé sur nos conditions de travail dans les différents secteurs où on bosse. On travaille selon les opportunités, les propositions qu'on nous fait, dans la sécurité, la bâtiment, la livraison, le maraichage. Ce qui nous a regroupé, c'est qu'on gagne trop peu d'argent dans nos différents jobs, qu'on est surexploité.e.s. Il y a aussi des personnes dublinées parmi nous qui n'ont pas du tout d'allocation. On s'est donné la main pour former un collectif autogéré pour subvenir à nos besoins.

Vous avez choisi de vous organiser en syndicat autonome est-ce que vous pensez qu’il y a une place pour les travailleur.euses sans papiers dans les syndicats traditionnels?

Pour le moment non, on n'est pas arrivé.es au stade d'avoir une place parmi les syndicats traditionnels. La majorité les personnes du collectif sont sans papier, sans titre de séjour. Donc on a peur de se faire expulser. Vouloir revendiquer jusqu'à une échelle nationale ou régionale, ça nous visibiliserait trop et ça peut être dangereux. En même temps, on a besoin de vaincre cette peur pour se faire entendre.

Est ce que vous avez un lieu de réunion, de permanence?

Pour le moment une seule personne est venu nous parler de sa situation de travail pour solliciter notre aide. On travaille sur ce cas. Mais on n'a pas de permanence. On fait une réunion par semaine. Au début, on la faisait au Bocal, qui est un local associatif féministe où on faisait les réunions du réseau solidarité exilées l'année dernière. Maintenant, on va utiliser une salle dans un autre local associatif, que le collectif CARPES nous a aidés à trouver.

De quelle manière les gens peuvent-ils vous apporter leur soutien?

Tout type d'aide est le bienvenu : de l'argent, du relais d'information sur nos actions, du matériel comme un four mobile et d'autre matériel pour faire du pain, des outils et du bois pour fabriquer des bijoux, du matériel à sérigraphier, des propositions d'endroits où on pourrait vendre nos articles. À partir du mois de janvier si tout va bien, on va faire de l'artisanat.

Vous pouvez nous contacter sur facebook sur la page Syndicat des Travailleurs Sans Papiers de Rennes

Entretien réalisé le 3 novembre 2019.