Libérez les frères Traoré !

Publié en Catégorie: POLICES & PRISONS

YACOUBA

Yacouba (Photo © NnoMan)

Quand Adama Traoré meurt, son jeune frère Yacouba n’a que 20 ans. Il n’a jamais connu la prison. Sorti de l’école avec un bac pro en poche, c’est un jeune homme sans difficultés, qui travaille. La terrible mort d’Adama va le jeter brutalement dans la lutte et la répression va infléchir considérablement la courbe de son destin. Depuis il a connu de nombreux mois de prison et est toujours incarcéré. On vous encourage à lui écrire.

Yacouba Traoré
Numéro d’écrou 18738
Centre pénitentiaire de Meaux-Chauconin-Neufmontiers
Rue du Lycée
77100 Chauconin-Neufmontiers

 

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YOUSSOUF

YoussoufYoussouf a une petite fille qui s’appelle Assa, comme sa tante : «  Il m’a fait la surprise quand elle est née, on l’appelle “petit bébé Assa”. » Il travaille ; titulaire d’un permis « conduite de bus » il est amené à se déplacer dans toute l’Europe. Quand Adama est tué, Youssouf a 22 ans. Assa raconte souvent que ses frères sont très liés, proches :

Mes frères s’entendaient tous très bien, tous. Adama avait ce truc-là : il s’entendait bien avec tout le monde. Donc ils avaient tous, Samba, Yacouba, Bagui, une relation très particulière avec Adama, chacune très différente. Par exemple Youssouf partait beaucoup en vacances avec Adama.

Avant que la répression ne s’abatte sur eux en raison de leur combat pour Adama, Youssouf n’avait jamais eu de casier judiciaire et n’avait pas connu la prison non plus. C’est la fameuse histoire du conseil municipal de Beaumont qui l’y précipite. Le 17 novembre 2016, les proches d’Adama s’y rendent, soutenus par les habitant.es de Beaumont : Nathalie Groux, la maire, entend ce soir-là faire voter la prise en charge des frais d’une future action en justice pour diffamation contre Assa Traoré ! Les forces de l’ordre les attendent, leur interdisent l’entrée, et finissent par les gazer et les molester. Mais ça ne s’arrête pas là : le soir même dans le quartier de Boyenval, où vit une partie de la famille d’Adama Traoré, où vivait Adama, c’est une véritable expédition punitive que mènent les gendarmes. Une semaine après, Bagui et Youssouf sont arrêtés pour « outrage et rébellion » et placés directement en détention. Ils sont jugés trois semaines plus tard.

Youssouf passe ses premières nuits en prison. À peine cinq mois après la mort d’Adama, ce procès inaugure un acharnement répressif contre la famille Traoré qui ne cessera plus. Le 14 décembre 2016, à l’issu d’une parodie de procès, le tribunal de Pontoise condamne Youssouf à trois mois avec sursis, tandis que Bagui, condamné à huit mois ferme, reste en prison.

Ce jour-là on a assisté à un procès… C’était tellement absurde et grotesque et trop gros, les gens riaient. Pontoise a quand même condamné mes frères sans aucune preuve, aucun élément matériel, vraiment ; on ne comprend même pas avec quoi on les a condamnés.

Avant le verdict, Bagui pressent que la machine judiciaire ne les lâchera pas et demande au juge de libérer son frère : « De toute façon quoi qu’on dise on sera condamnés, vous ne nous croyez pas ; moi la seule chose que je demande, mon petit frère Youssouf il a jamais fait de prison de sa vie, pour lui c’est dur la prison, laissez le sortir et gardez-moi. » Une phrase qui a beaucoup touché le reste de la famille. « Ça c’est lui, c’est mes petits frères, c’est la famille Traoré. Et ils l’ont compris qu’on avait un attachement fort l’un à l’autre. C’est une phrase qui va beaucoup nous toucher. » confie Assa.

Quand Adama est mort, Youssouf s’est tout de suite mobilisé. Sa place dans le comité est importante ; il accompagne souvent sa soeur Assa pour des interventions, il prend également la parole, et il est aussi responsable de la gestion de la vente des t-shirts, emblématiques du combat Adama.
En décembre 2016, Youssouf ressort libre du tribunal. Un an plus tard la répression le vise à nouveau, lorsque survient l’affaire dite du « vaste réseau de trafic de stupéfiants d’ampleur régionale » ; Youssouf est interpellé avec neuf autres personnes1 début décembre 2017. Pour la famille tenue par le secret de l’instruction et d’après les éléments en sa possession, l’affaire repose sur des preuves qui n’en sont absolument pas. D’ailleurs, presque toutes les personnes interpellées ont été relâchées depuis, mais pas Youssouf. « La cible c’était Youssouf, et ils l’ont eu. » Assa énumère :

Depuis qu’ils sont venus le chercher et qu’ils l’ont mis en prison le 5 décembre, on a fait 5 demandes de liberté, refusées à chaque fois, pour des raisons farfelues.

Et cela, en dépit du travail et du logement que sa famille lui trouve à Bordeaux. Le parquet prétexte que Youssouf pourrait s’enfuir en Afrique… Sans commentaires.

Malgré tout, Assa reste déterminée :

On lâche pas, on lâchera pas. Je leur dis : « Mes frères, vous êtes en prison mais on ne vous abandonne pas. » On continue le combat.

Youssouf est actuellement incarcéré à Villepinte.

N’hésitez pas à lui écrire pour lui apporter votre soutien :

Yssoufou Traoré
Maison d’arrêt de Villepinte
Numéro d’écrou 3884
Avenue Vauban
93420 Villepinte

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Propos d’Assa extraits d’un entretien réalisé par Cases Rebelles en novembre 2018.
Crédit Photo : NnoMan.

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  1. Bagui est également mis en cause par le parquet. []