Ma place légitime

Publié en Catégorie: PERSPECTIVES

Je ne suis pas venu réclamer une place ou occuper un terrain « légitime ». Ma colère n’est pas plus légitime ou pertinente qu’une tempête ou une tumeur.
Elle arrive. Elle est. Et que personne n’essaie de venir me dire le contraire.
Je méprise les quêtes de places, qu’elles mènent aux médailles, aux prix, aux disques d’or, aux postes prestigieux ou « à responsabilité », à un statut « présentable ».

J’apprécie d’avoir une place dans la vie des personnes que j’aime et cet autre genre de place je le garde à distance hermétique de tout programme de réussite socio-économique.

La représentation de mes groupes dans les cultures et les politiques institutionnelles ?
Je m’en tape.
Que ces rouleaux compresseurs reconnaissent ma valeur ?
Je ne le veux pas, surtout pas. Je sais que s’ils le font ce sera pour me dévorer.
Ça m’est un devoir, de ma marge, ne serait-ce que face au miroir, de crier: « Je ne suis pas fréquentable. »
Ça m’est un devoir d’attaquer, en moi et autour de moi, le capitalisme, le patriarcat, la culture du viol, la culture de la norme, de la fréquentabilité, de la diffusion de masse.
Vouloir détruire pas juste par désir de vengeance, mais pour crier qu’on ne domestique pas, qu’on n’apprivoise pas, à vie.

Je ne veux pas m’installer dans l’underground en révolté présentable.
Je veux attaquer sans cesse du bord, secouer les status-quo même ceux des pseudo-marges.
Je n’avancerai dans les pas de personne.
Mes devoirs ne sont que MES devoirs. Imparfaits. Immanquablement construits entre justes intuitions et erreurs irrémédiables.
À vous de déterminer vos devoirs. Ou de refuser de le faire. Chacun sa trace.
Mais s’« il est place pour tous au rendez-vous de la conquête » je cède la mienne.
Je sais que quand le chemin est bien dessiné et que les laisses sont assez longues on ne les sent plus. On croît s’être faitEs seulEs, inconscientEs des fils tirés par les maîtresSSEs de marionnettes.
Je ne veux pas des jeux, des règles. Je suis venu pour faire exploser la partie.
Je me méfierai éternellement de ce que je pourrai faire de mon éducation.

Je ne chanterai jamais l’éloge creux de la participation.
Parce qu’ici, oui, il est de bon ton de participer.
Participer. Voter. Écouter. Dormir. Oublier.
Tout ce petit cirque qui voudrait dire qu’on peut améliorer un système qui nous a totalement aliénéEs à son flux, ses désirs.
Non, il ne faut pas participer à tous prix.
Non, il n’existe pas d’évidences démocratiques.
Tout comme il n’y a pas d’évidences géographiques. J’ai peut-être plus à voir avec vous qui me lisez qu’avec ma voisine qui ne me lira jamais. Ou peut-être aussi peu à voir avec l’unE qu’avec l’autre.
Je ne suis pas « de France ». Je ne réclame rien en ce nom.
Ni au nom d’une ancienneté. Ni au nom de mérites, passés ou présents. Certainement pas !
Je me bats parce que c’est mon propre d’individu de me battre. Au nom de mes vécus et de mes choix.
On a pu m’intimer de rester spectateur. Je me bats pour l’être le moins possible.
Je n’implore rien. Personne.
Je refuse. Je fais.
Même si les propositions et les façons de jouer sont déjà pliées.
Je me dois d’être furieusement inventif.
De toute façon comment pourrais-je croire au système ?

Même si le capitalisme s’achète un masque, des gants il reste le même serial killer ; en résistance la plus acharnée au bien-être du vivant, pour la spoliation la plus profitable.
Impossible de me résigner à trouver une place ici, une place au soleil de mes dépendances. Du bon côté de la planète et des répartitions. Où quoi que nous fassions nous pissons, saignons, suons, l’Occident de tous nos pores, impérialiste et capitaliste. Je n’ai pas choisi de naitre ici et si je n’avais pas peur de devenir moi-même un petit  colonisateur je choisirai sans hésitation aucune mon autre côté.
Donc je reste ici pour l’instant.

Mais en moi irrémédiable il y a la brûlure salvatrice du décalage, du dérangement, de l’injustice. Et je rêve un calendrier qui n’est pas celui des échéances électorales et des emballements médiatiques pour conspirer le désordre du monde avec mes sœurs et frères en guerre contre l’Empire.
Nous n’aurons pas les clés ; bien au contraire.
Nous ne posséderons qu’un calendrier de détermination chaotique.
Indéchiffrable et imprévisible.

M.L. – Cases Rebelles ( Juin 2010)

Vous aimerez peut-être :