The Coup et Jesus le mac

Publié en Catégorie: AFRO ARTS, BAY AREA, FEMINISMES

The COUP est un groupe hip-hop de Oakland qui existe depuis le début des années 90. Il est composé d’une DJ, Pam the funkstress et de Boots Riley rappeur, producteur et activiste politique depuis l’age de 15 ans. C’est un groupe politique, constructif et pertinent dont la musique est fortement marquée par le funk.

Le morceau « Me and jesus the pimp in a ’79 Granada Last Night » est extrait de leur 3eme album « Steal this album » sorti en 1998. Boots Riley s’y attaque sans ambiguïtés à la figure du pimp, proxénète, macro ; figure capitaliste, sexiste, misogyne et destructrice, récurrente dans la culture noire américaine que ce soit en littérature, cinéma ou musique.

Il est ici présenté dans toute sa violence, sa misogynie contrairement à de nombreux autres exemples.

            L’incontournable en matière littéraire c’est Pimp, autobiographie d’Iceberg Slim alias Robert Beck, auteurs d’autres œuvres majeures ; l’œuvre a beau être dénuée d’ambiguïtés quant à la misogynie, la violence, le récit a beau être sordide et cru le nom d’Iceberg Slim, qui avoue ses remords en intro et son désir de rédemption, son nom reste associé au proxénétisme triomphant…

                 Dans le cinéma, on peut nommer Dolemite, Willie Dynamite, ou the Mack, films blaxploitation servant une image hypervalorisée du proxénétisme comme stade suprême de l’évolution super virile de l’homme noir.
Bien sur la figure valorisée du proxénète est profondément liée à l’esclavage, commerce des corps et commerce du sexe. Il a entraîné l’hypersexualisation de la femme noire, la « dévirilisation » de l‘homme noir puis sa stigmatisation comme violeur aux proportions inhumaines. Oui, l’esclavage a profondément miné la structuration des rapports homme-femme chez les peuples noirs l’ayant vécu.

          Musicalement les exemples de valorisation du « pimp » sont légions à un point désespérant ; Too Short, Dru down, Snoop Dogg, Suga free, Digital Underground, etc. C’est sans doute le caractère très subversif de cette figure hautement sexiste, violente et destructrice pour le peuple noir qui avait poussé le jury des Oscars à récompenser la chanson « It’s hard out here for a pimp » du groupe Three 6 Maffia : « c’est vraiment dur dur dehors pour un macro, quand un tas de putes quittent le bateau » continuait le refrain… Le film Hustle & flow d’où était extraite la chanson avait eu le prix du public à Sundance en 2005…Aussi réaliste qu’il puisse être ce film manquait gravement de dimension critique quant à l’exploitation violente des femmes par le proxénétisme.

Voici le texte de The Coup, traduction Cases Rebelles :

Moi et Jésus le macro dans la Granada de 79 la nuit dernière

Et bien il souriait comme un vautour en roulant son joint.
Il l’a allumé et m’a dit « j’espère que la fumée ça te saoule pas ? »
J’ai dit « non, ça va » même s’il mélangeait son herbe avec du tabac.
Il dodelinait de la tête d’un air de dire « ouais ouais »
« I nous faut un plan» d’un air de se faire chier
J’ai dit « Ouais on s’casse. »
On a sauté dans la Granada ma caisse.
Il était impressionné par les sons qu’j’avais.
Son nom c’est « Résous ».
Mais son nom de macro c’est Jésus.
Il a réduit une pute en morceaux avec sa prothèse en plastique.
Négro, tu sais pas qu’j’suis , ton père i m’a dit.
C’est vrai, et qui m’a fait passer mon diplôme de mac ? C’est lui
« Tu supplies jamais
Tu te sauves jamais.
Fais qu’les négros s’pissent dessus quand t’apparaît. »
Merde, ce mec que ma mère avait trouvé m’avait appris à assurer. »
J’ai appuyé sur l’accélérateur à mort pour montrer qu’j’en avais dans le ventre
Et pour m’assurer qu’toute la ville entende les pneus crisser
Y’ a 30 ans Jésus pouvait s’lever n’importe quelle pute vite fait
Là à 50 balais son bide pend plus bas qu’sa bite en fait
L’genre de philosophie qu’i balance
Dans ma mémoire j’en ai des caisses
Maintenant il met un disque de Gladys Knight and the pips.
Et Le disque se met à sauter
I dit Quelqu’un a du l’rayer
I prend la bouteille de Malt au goulot et la vide complet.
Depuis qu’j’suis ado grâce à ses cours de macro à la con
J’en colle une à ma femme dans les dents si elle pose pas la bonne question
En fait, j’connais pas grand chose au niveau relation; c’est soit une raclée soit une fellation.
J’ai pas vraiment d’amis. Socialement j’suis cuit
De prison Jésus m’écrivait « comment survivre ».
« Ne sois pas microsoft.
Reste Mac avec un disque dur. »
Toujours i’m disait qui fallait que les putes restent sans tune.
Est-c’que j’ai mentionné qu’ma mère était sa pute préférée ?
Il a j’té sa bouteille par terre.
Et la main sur le tableau de bord dans un sifflement i’ma dit ; « Allez mec vas-y et à fond hein »
Mais Bon j’vais pas trop déconner j’ai un blème avec mes papiers

Ça c’était Jésus et moi la nuit dernière dans la Granada

Les lumières de la ville de loin peuvent te laisser bouche bée
Etincelantes comme des paillettes à Mardi Gras sur un travesti ouais
Il y a d’la beauté dans les crevasses du ciment
J’les enjambais partout où on allait quand j’avais 5 ans
Pour éviter tout c’qu’y aurait pu briser le dos d’ma maman.
J’pouvais pas imaginer qu’elle plierait dans une Cadillac nan
Elle voyait pas clair dans son jeu comme si elle avait un problème aux yeux
Et en chemin elle est passée de la beauté à la dureté.
De retour à la maison elle pleurait dans son oreiller, vomissait dans les toilettes.
J’avais 6 ans
J’me réfugiais sur ses genoux. On s’prenait dans les bras et on se serrait
J’ai jamais su tout ce qu’elle endurait par ma bouffe et mes sapes
Elle m’avait demandé c que j’pensais d’Jésus un jour où il avait donné un peu d’pain
J’ai dit « Il lui manque un bras. Et on dirait vraiment une tête de bite »
Elle a répondu « Sois poli, va t’brosser les dents.
Prépare toi à t’coucher.
Elle’m’ disait tout ça, larmes aux yeux, prête à pleurer
J’étais tout pour elle.
Avant d’sortir tapiner elle me bordait et chantait :
« Tu es bien trop beau pour mes mots »

Je vois la lumière rouge et blanche de l’ambulance qui file.
Ca m’rappelle minuit dans les yeux d’un junkie.
Et aussi moi à 9 ans alors que le SAMU partait en me laissant
Juste les yeux pour pleurer, exorbités, sur la manche du voisin d’à côté.
Pour être plus précis, plus clair
On va revn’ir en arrière,
Deux heures avant cette scène
Tôt l’matin quand l’soleil
commence s’lever,
Qu’les oiseaux commencent à piailler et que les tox vont s’coucher
Maman est rentrée j’ai entendu les clés
Elle portait qu’des chaussures, un bikini et un faux vison
Même si elle tapinait à 50$ la passe
I lui restait à peine pour le loyer après qu’Jésus se soit servi
Ce jour-là la proprio a récupéré son loyer avant lui…
Il a claqué la tête de maman contre le verrou d’la porte
Et le mac avec un seul bras a fait très très fort
Il a pris son élan et lui a transpercé le crâne
J’ai pas vu la scène. Enfermé derrière j’maudissais.
J’ai entendu le son de 20 coups portés à la tête et d’autres coups au corps.
Son corps s’est figé paralysé par les coups de sabre dans le dos
Moi hystérique je pleurais.
Elle, tout c’qu’elle pouvait faire c’était gémir.
Elle a même pas eu la force de me dire « je t’aime chéri ».
Mais moi j’lui ai dit et elle savait que je savais.
Elle était morte quand l’ambulance est arrivée.
Mais j’oublierai jamais cette main en plastique dans son visage, incrustée.
J’arrête au carrefour pour demander à Jésus où on va
« Pourquoi pas Frisco ? » J’avais l’air vraiment sympa quand j’ ai dit ça.
J’ai pris à gauche à Mac Arthur pour continuer tout droit
Ça c’était Jésus le macro et moi la nuit dernière dans la Granada de 79 la nuit dernière

Il pleuvait des perles géantes
Dieu pissait sur le monde
Ou bien c’vieux qui ronflait s’était retourné et bavait
Ma jauge de température indiquait ; froid, glacé.
Les roues d’la voiture faisaient de chaque morceau d’asphalte un bout d’histoire Ouais, un bout d’histoire.
Jésus sortait juste d’prison.
15 ans mais ça avait l’air plutôt d’un siècle.
Il avait plongé pour une autre histoire de meurtre
A 12 ans j’lui écrivais, Ouvrez les guillemets
je veux être un mac, Point
T’as tué ma mère par accident. Sans rancune.
Tu sais qu’les putes déconnent parfois. Point d’exclamation.
D’abord c’était pour l’attirer.
Mais après c’était sincère.
Ces lettres c’était la seule compagnie qu’j’avais quand j’étais jeune.
Mais son jeu tordu tu sais c’était vraiment à deux balles
Et mon ptit garçon Dominique pense que j’suis une bite
Parce que, comme un p’tit Jésus, i m’a toujours vu fuir
Pour moi les femmes c’étaient soit des saintes,
des salopes ou des allumeuses Mais bon
j’pense que rien n’changera si on fait pas une révolution
Mais qui fera cette révolution si on fait l’apologie de la prostitution
Aucune femme s’ra prête à mourir pour revenir au point de départ
Aucune risquera sa vie pour après s’faire encore maquer
J’me suis garé dans un endroit désert
C’était la route de la guérison
J’ai sorti mon flingue quand on frôlait les buissons.
Jésus a dit : « Pourquoi putain tu pointes un gun sur moi ? »
Et là j’ai sorti un bout de leçon qui allait peut-être pouvoir servir :
« Le voyage est fini. On va pas plus loin.
Ça ? c’est pour mon esprit et pour ma mère, que j’ai pleuré
Une baltringue de microsoft aurait passé l’éponge
Mais comme j’suis un macintosh j’vais double cliquer ton icône
Il a essayé d’se défendre et il a abandonné le combat

Ça c’était Jésus le macro et moi la nuit dernière dans la Granada
Et j’me souviens toujours de c’que ma mère chantait « Tu es bien trop beau pour les mots »

Cases Rebelles

(À écouter dans l’émission #2 – Juin 2010)

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