The New Black – Interview avec la réalisatrice Yoruba Richen

Publié en Catégorie: AFROCINETHEQUE, AMERIQUES, TRANS & QUEER LIBERATIONS

En Mai 2014, des membres du collectif se sont entretenues avec la réalisatrice Yoruba Richen, autour notamment de son film The New Black sorti en 2013. Autour du cas particulier du Maryland, ce documentaire examine la communauté noire américaine face à  la question du mariage pour TouTEs. Le film suit des militantEs, pose la question du rôle des églises noires, fait des liens avec les luttes pour les Droits Civiques, et avec tout ce qu’a traversé historiquement la famille afro-américaine en tant que cellule. 

Le départ
A la base j’ai conçu le film à cause de ce qui s’est passé la nuit de l’élection de Barack Obama en 2008. En même temps, l’égalité du droit au mariage été voté et refusée en Californie1 . En ce moment de grande victoire pour les noires et les droits civiques c’était une défaite énorme pour la communauté gaie et lesbienne. A peu près immédiatement le discours a été de dire que les noirEs était l’explication de l’échec de la loi en faveur du mariage pour tous. Ils ont commencé à faire porter le poids aux noirEs du passage de la proposition 8, à tenir de le discours de  « l’homophobie des noirEs à cause de l’Eglise noire » et bien sur dans tout ça les personnes LGBT noires étaient complètement excluEs du débat. Je voulais donc m’attacher à comprendre pourquoi on montait ces groupes les uns contre les autres et je voulais voir ce qui était fait pour réparer cette relation. J’anticipais le fait que le débat autour du droit égal au mariage allait se poursuivre et que ces questions n’allaient faire que prendre de l‘ampleur.

Les personnages
J’ai rencontré Sharon Lettman-Hicks qui est une de protagonistes du film et le travail qu’elle faisait avec la National Justice Coalition . J‘ai commencé à la suivre. C’est un personnage vraiment intéressant. Elle vient de la tradition de lutte pour les droits civiques et elle a décidé de se concentrer uniquement sur les droits des LGBT, et tout particulièrement sur ceux des LGBT noirEs. Je pensais que c’était un personnage intéressant que ce qu’elle allait traverser dans les deux années à suivre allait en dire long sur les questions que je travaillais. Et ensuite j’ai rencontré Tonex le chanteur gospel gay qui a fait son coming out. Il incarnait véritablement le tribut personnel et professionnel qu’il y à payer dans cette question de l’homophobie et de l’église noire. Je trouvais son histoire si prenante et si intéressante.

J’ai commencé à filmer avec eux. Ensuite l’histoire élection du Maryland n’est vraiment arrivée au centre de l’attention que quelques années après que j’ai commencé à tourner. Quand cette histoire avec le referendum a commencé à devenir un problème national, toutes les pistes que je suivais se sont imbriquées. L’opposition était menée par des pasteurs noirs. Les noirEs allaient être la clé du vote dans ce référendum. L‘influence de la droite chrétienne, toutes les pièces du puzzle se sont mises en place dans l’histoire du Maryland. J’ai commencé à me concentrer là-dessus et évidemment il fallait que je suive les gens qui y travaillaient. Karess, Sam et l’opposition, voilà ce sont les gens que j’ai suivis.


Les scènes personnelles sont le plus émouvantes. La scène de Karess avec sa mère adoptive. C’était vraiment difficile pour elle. Elle avait vraiment peur. C’était vraiment émouvant de voir son honnêteté et l’honnêteté avec laquelle sa mère se confronte à cette question. La scène de barbecue également avec les frères qui sont assis et discutent de l’homosexualité ; tu vois jamais ça une franche discussion d’hommes noirs de ce genre. Ces scènes personnelles qu’on a réussi à saisir sont le plus émouvantes
Avec toutes ces personnes nous sommes restés en contact. Ils sont géniaux ils viennent avec moi à des projections. Ils vont au projection près de chez eux dans différents endroits du pays. Ce sont de partenaires incroyables pour le film.

L’église noire
La question du rôle de l’église est devenue le centre du film pour plusieurs raisons.
Tout d’abord l’église joue un part importante dans le sentiment anti-gay dans la communauté noire. L’ironie de cela c’est que l’église c’est notre base arrière pour le Mouvement des Droits Civiques. L’approche que j’ai adoptée était de dire voilà historiquement l’église s’est battue pour les droits civiques pour l’égalité, la justice et là il y a une partie significative de l’église qui travaille contre le droits d’autres personnes. C’est pour cela que l’église est devenue un point central à cause de l’importance historique qu’elle dans notre communauté sur les questions de progrès et de justice. Même si tu n’es pas particulièrement religieuxSE – et je ne le suis pas-  l’église a quand même cette emprise morale. Il fallait que ce soit une part fondamentale du film et bien entendu des personnages dont certains sont liés à l’église et en sont exclus. Donc j’ai commencé à examiner ce que cela signifiait d’être exclu de l’église, ce que ca voulait dire de se confronter à ce que l’église dit et que tu es supposé entendre alors que tu es gay ou lesbienne. Très tôt c’était évident que l’église allait être au centre du film.

J’étais justement à une projection hier à un séminaire religieux. On avait aussi une projection à Chicago dans une grande église, en fait c’est l’ancienne église des Obama. Ce que je pense qu’il se passe aujourd’hui dans l’église, et on en a discuté à ces projections c’est qu’il y a une faille qui est ouverte désormais. Et c’est vraiment nouveau de parler des questions de sexualité, de parler des LGBT dans l’église noire, dans la communauté noire. Et je pense que c’est du à plusieurs raisons . Le fait que le président d’Obama se soit manifesté en faveur du droit au mariage pour tous a porté la question au premier plan dans la communauté noire c’est un fait.

Après le vote
Ce qu’il s’est passé dans le Maryland aussi joue un rôle. Parce que c’était un état où il y a une part importante de noirEs et le droit au mariage pour tous fut voté pour la toute première fois donc.
Depuis le Maryland, 17 états ont voté la loi pour le droit au mariage pour touTEs. Des états parmi les plus conservateurs comme l’UTAH auxquels on n’aurait jamais pensé mènent la bataille au tribunal.

Beaucoup d’entre nous font une critique plutôt sévère du droit au mariage pour touTEs parce qu’ici aux Etats-Unis les organisations gays mainstream ont fait du droit égal au mariage le combat ultime. Pour les noirEs, les non blancHEs, les femmes, les pauvres, il y a d’autres problèmes auxquels il faut s’attaquer, qui sont aussi voire plus importants que le droit égal au mariage. Mais je pense vraiment que le droit au mariage, parce que c’est là que l’énergie politique était et que ça a galvanisé des gens, ça a ouvert une discussion dans la communauté noire, mais aussi dans le pays dans son ensemble sur les problèmes d’égalité et de justice pour les LGBT.

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On fait une très grosse campagne de développement, un gros travail autour du film. On travaille avec les universités noires historiques. On fait des projections et des discussions. On travaille avec des institutions, dans le secteur privé donc le film est fini mais il y a cette autre part du boulot qui est fantastique et qui est excitante et génial. Et je suis sur le projet un film qui a des similarités avec The New Black mais qui est autre. C’est un film qui examine le rôle de 4 femmes artistes dans le mouvement des droits civiques, leur rôles derrière et devant la caméra dans la diffusion du mouvement des droits civiques. C’est un documentaire plutôt historique

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A propos de Promised land, son premier film
Promised Land mon premier film a été aussi produit par PBS, notre télévision publique. Le film parle de deux communautés noires autochtones d’Afrique du sud qui essaient de récupérer leurs terres qui leur avaient été enlevées pendant l’Apartheid. De la même façon que pour The New Black, j’ai suivi leurs histoires et celle des propriétaires blancs qui ne veulent pas leur rendre leurs terres. Et c’est donc un regard porté sur la question des terres qui était vraiment au cœur de la politique d’expulsion de noirEs pendant l‘Apartheid. J’examine comment ils font face à ce problème maintenant que l’Apartheid est fini. Des promesses ont été faites aux Africains de leur rendre leurs terres et elles n’ont pas été tenues.

L’Afrique du Sud a toujours été un pays qui m’intéressait. J’ai grandi en suivant le mouvement anti-apartheid. En tant que bébé post droits civiques, le mouvement anti-apartheid était un peu notre mouvement des droits civiques, quand je grandissais. J’étais intéressée par le fait que maintenant que l’apartheid c’était fini à ce moment là depuis 10 ans et que la question des terres, des terres et des inégalités, les inégalités économiques tout cela avait a peine bougé donc qu’Est-ce qui se passait maintenant , quel était les revendications à l’égard du gouvernement maintenant que l’égalité politique était réalisée. Mais le cœur de la conquête de l’égalité et de la justice ce sont les ressources. C’est comme cela que j’ai commencé ce film

Interview réalisée en Mai 2014

  1. Proposition 8

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