Va-t-on traîner les racistes au tribunal ?

Publié en Catégorie: PERSPECTIVES

           Malgré notre croyance limitée dans la justice blanche et bourgeoise nous considérons qu’il est essentiel de porter plainte dans des affaires de racisme ayant donné lieu à des agressions physiques, insultes, harcèlement, discriminations. Il est important que les non-blanc-he-s se saisissent de leurs droits et ne s’en sentent pas dépourvus.
Mais n’oublions pas que la justice est à l’image de la société : profondément raciste dans sa structure et sa composition. C’est une justice de classe encline à comprendre et servir les classes dominantes. Pourquoi se tirerait-elle une balle dans le pied ?

Nous sommes opposé-e-s à ce que la justice soit un unique et systématique recours notamment quand il s’agit de l’expression du racisme dans la culture et les médias. La censure des idées racistes n’est pas une solution mais un cache-misère. C’est sur le terrain dans le rapport de force et l’éducation que les chose évoluent. Le militantisme strictement judiciaire ça laisse songeur.1

Nous refusons de faire de l’agitation pour qu’il y ait un ravalement de façade de la culture européenne ; nous ne rêvons pas d’un Tintin au Congo interdit ou modifié. Cette BD témoigne du racisme de son auteur et de générations que cette lecture n’a pas dérangé. Que l’œuvre soit aujourd’hui précédée d’un avertissement semblerait pertinent afin que ce livre soit le témoignage d’une époque, assorti d’une réflexion contemporaine. Policer le contenu, non merci. Enfin pas d’inquiétude la justice belge a déclaré Tintin au Congo non raciste donc ni l’un ni l’autre arrivera.2

Ceci prouve bien en tous cas que les démarches solos au tribunal, coupées de vraies mobilisations,  ne semblent pas être la solution.

Le racisme bouge à cause du rapport de force et des déconstructions. Cela implique aussi d’exprimer ce que l’on a à l’esprit ; aussi pourri que cela puisse être. Ça n’enlève rien à notre douleur de tout un tas de manifestations racistes. Mais le tabou n’est jamais souhaitable. Le tabou et la censure favorisent l’organisation d’individus se percevant comme des victimes de la pensée unique.
Ça fonctionne aussi chez les personnages médiatiques qui se posent en victimes pour clamer que l’«on ne peut plus rien dire», phrase fétiche de la martyrologie blanche.

La liberté d’expression n’est pas pour nous un bien précieux, réel. L’expression est terriblement cadrée par les conditionnements, les espaces disponibles, les potentiels de diffusion ; nous ne sommes pas à égalité dans nos possibilités d’expression, loin de là. Nous jouissons tou-te-s de libertés d’expression très partielles et partiales.
Mais nous refusons l’idée de judiciarisation du combat contre la suprématie blanche3 ; surtout s’il s’agit juste de facturer aux gens leur droit à être raciste. Parce que ça coûte combien une humiliation raciale aux personnes qui la subissent ? Pourquoi ça aurait un prix, une valeur marchande ? Ici comme pour bien d’autres préjudices, d’ailleurs. C’est ainsi que fonctionne leur justice.
Les sociétés racistes doivent avoir conscience de leur état.
Le racisme circule partout ; à tout le monde d’y faire face. L’impératif moral d’agir et de réagir doit venir de l’intérieur pas de la peur du gendarme.

          L’outil judiciaire suppose aussi qu’il y ait une définition objective de ce qui est raciste. Or nous sommes constamment confrontés à des gens qui, n’ayant aucun intérêt à prendre la mesure de la suprématie blanche, ont une définition du racisme minimaliste basée sur les faits les plus grossiers, ou une vision complètement détachée des réalités sociales.4

Avec de telles constructions nous ne voyons à nos côtés ni des allié-e-s, ni des personnes pas racistes.
On ne peut trouver des allié-e-s que chez les personnes se fixant des impératifs intérieurs qui prennent aux tripes, qui menacent, si l’on ne s’y tient pas, de déchoir face à soi-même. La peine ça doit être la honte. Ce qu’il faut travailler c’est l’empathie ; la capacité non négociable de se mettre à la place des autres.

Cases Rebelles

  1. comme le militantisme strictement virtuel …
  2. http://www.lexpress.fr/culture/livre/bd/pour-la-justice-belge-tintin-au-congo-n-est-pas-raciste_1081252.html
  3. qui a effectivement pas mal droit de cité au niveau liberté d’expression
  4. ce qui permet d’accréditer pas exemple l’idée stupide de racisme anti-blanc

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