100 portraits contre l’État policier : un projet en cours

Publié en Catégorie: POLICES & PRISONS

Ces portraits représentent 100 personnes, qui à nos yeux, ont été victimes de l’État policier de 1948 à 2016. Victimes de la police, des gendarmes parfois même de l’armée venue prêter « main forte ». En service ou pas. Percutés par une voiture de police, tués par balle, noyés ou écrasés dans leur fuite, étouffés lors d’arrestation, étouffés lors d’expulsions, morts en prison, abattus lors de mouvements sociaux, bref dans un tas de circonstances diverses. Parmi ces cas, quelques-uns ont obtenu une forme de reconnaissance et de justice. Pour une grande majorité on fait face à des non lieux, quelques peines de sursis et aussi des affaires qui n’ont donné lieu à aucune enquête. Cette mise en lumière a pour but de matérialiser un flux permanent de personnes qui perdent la vie et en face le pouvoir meurtrier des forces répressives. Bien entendu il n’est même pas question ici des blessés. En ce jour de commémoration il n’est pas question avec ces portraits de déranger les familles ou de réactiver les douleurs de la perte et de l’injustice. Mais il y a cent affiches et il pourrait y en avoir beaucoup plus. Paix et amour aux victimes, à leurs proches. Et que l’impunité cesse.1

Pour la 9ème commémoration de la mort de Lamine DIENG, Xonanji du collectif Cases Rebelles avait réalisé le dessin de 100 victimes de la police française.2 On voulait revenir avec elle sur le projet en avant de futurs développements du projet.

Comment s’est construit le projet des 100 portraits ?

Pour la commémoration pour Lamine Dieng en 2015 nous avions amené des portraits de victimes de violences policières aux États-Unis. Avec Ramata Dieng on souhaitait faire un lien entre les victimes en France et celles aux États-Unis, pour montrer encore le côté systémique et raciste de cette violence quel que soit l’endroit. On est venuEs avec quelques portraits – Tamir Rice, Natasha McKenna, Idriss Stelley… – dessinés par Oree Originol, un artiste américain qui fait un travail génial (Justice for Our Lives). Pour 2016, M.L. a proposé, parmi d’autres choses, qu’on aligne dans la rue, avant la Marche de commémoration, un maximum de portraits de victimes de la police française et par extension les forces de l’ordre agissant dans un contexte civil. La mort de Lamine, comme celle des autres victimes, n’est ni accidentelle ni un cas isolé, et un grand nombre de portraits pouvait servir à montrer et rappeler cela. J’ai proposé pour donner de l’unité de les dessiner et on a décidé de partir sur 100 ; 100 portraits de personnes qui ont été tuées ces 70 dernières années. Dans cette série de dessins la plus ancienne victimes est Antonin Barbier3 , et la plus récente est Babacar Gueye4 .

Pour préparer l’action et s’assurer qu’il y ait du monde pour porter, sur les réseaux sociaux on a invité les gens à venir participer à cette action, et à s’inscrire à l’avance. Des gens ont relayé. Le collectif Ferguson In Paris, partie prenante de l’organisation nous a aidé à essayer de mobiliser ainsi que Joao Gabriell, et le collectif Quartiers Libres a aussi bien relayé : mais très peu de personnes se sont inscrites, c’était pas très encourageant. On remercie d’ailleurs énormément celles et ceux qui se sont inscritEs auparavant. On remercie aussi beaucoup le FUIQP qui a relayé l’action, des membres étaient présenteEs le jour même, et le FUIQP 59-62 la veille, le 17 Juin, a fait une action dans le quartier populaire de Lille-Fives. Le jour même de la commémoration beaucoup de personnes étaient finalement présentes et partantes pour porter des portraits. L’action a eu lieu et a été filmée pour un projet en cours de Cases Rebelles avec Vies Volées.

Que peux-tu dire à propos du dessin précisément?

Je peux dire que ça a été un travail assez énorme. Il a d’abord fallu rechercher des photos de victimes en se basant notamment sur le liste de Bastamag et d’autres. Il y en a un certain nombre en ligne, mais pour beaucoup il faut vraiment faire des recherches, notamment sur les circonstances. Donc ça a demandé beaucoup de temps, d’autant qu’on recoupait tout par différents recherches pour ne pas diffuser des images ou des informations erronées. M.L. et A.L. du collectif ont rédigé un petit texte sur les circonstances de la mort de chacune des 100 personnes. C’était un travail conséquent.
En parallèle je dessinais à partir des photos récupérées. Je me suis inspirée des dessins d’Oree Originol : un dessin noir et blanc, quelques traits et peu de détails, en gardant le même style pour chaque portrait. En tout j’ai dessiné une soixantaine de visages. Comme on voulait aussi que soient présentes dans la série des 100 des victimes dont les photos ne sont pas trouvables en ligne, j’ai dessiné des silhouettes5 pour ces personnes-là. Donc si je résume ça fait 100 portraits en 2 mois, tous les soirs et tous les week-ends, avec une moyenne d’1h30 par portrait. J’en profite d’ailleurs pour remercier les autres membres du collectif, mon amie H., Deadstar ; leur soutien et œil avisé pour ce travail m’ont été précieux ! Et aussi Ramata et Abdourahmane Camara pour leur aide.
Il a fallu aussi faire un travail de stockage et de récupération de cartons assez conséquent et des sessions découpages, collages, jusqu’au dernier moment.

Dès le départ, c’était évident pour nous que ces portraits n’allaient pas exister seulement un jour, mais que ce serait bien qu’ils soient disponibles, utiles. Qu’ils soient diffusés.
Mais avant cela on travaille activement à contacter les familles, quand c’est possible : c’est fondamental pour nous.

Pour ce qui est de la diffusion et des utilisations futures, c’est bien si les individuEs et collectifs nous contactent pour nous informer des utilisations qui en seront faites, et n’oublient pas de citer que c’est le collectif Cases Rebelles qui a réalisé ce travail, dans le cadre d’une collaboration avec Vies Volées. Ensuite, être informéEs des utilisations, ça nous permet aussi de soutenir ces actions d’autres personnes/collectifs, et de rester en contact.

Avant la commémoration pour Lamine Dieng et l’action des portraits, on a bien entendu envoyé des petits formats à Ramata pour avoir un avis. Mais aussi au Collectif Vérité et Justice pour Ali Ziri, Abdourahmane Camara et Amal Bentounsi6 pour les informer du projet. Ils nous ont remerciéEs et étaient enthousiastes. Le jour même d’autres collectifs sont aussi venus nous voir. Et nous avons donné les portraits de leurs proches à Amal (et pour les familles de UNPA), et au collectif Vérité et Justice pour Hocine Bouras qui étaient présentEs ce jour-là.

C’est quoi la suite ?

La suite dans l’immédiat c’est une publication du projet aux Editions Syllepse.

(Interview : Juillet 2016)
** Big up à Mue Mpuati, Collectif Vies volées, Oree Originol, Ferguson in Paris, Joao Gabriell, FUIQP et plein d’amour à celles et ceux qui ont porté des portraits le 18 Juin !! **

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100 portraits

Si vous souhaitez certains portraits déjà réalisés en différents formats (A4, A2, petit format web), contactez-nous à : contact [at] cases-rebelles.org

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  2. L’image dans cet article montre Jacques Nestor tué en Guadeloupe en mai 1967. Il est là parce que c’est la police française qui est responsable de sa mort mais on rappelle que pour nous la Guadeloupe ce n’est pas la France. []
  3. tué pendant une manifestation de mineurs à Saint-Étienne le 22 octobre 1948 []
  4. Babacar Gueye a été tué à Rennes le 3 décembre 2015 []
  5. un contour de visage []
  6. Urgence Notre Police Assassine []