Visions de « Dire à Lamine », E01: Parti pris de l’intime

Publié en Catégorie: AFROCINETHEQUE

Presque un an après la première projection de notre documentaire Dire à Lamine lors de la 11ème commémoration pour Lamine Dieng, nous inaugurons une série de textes écrits par des personnes qui ont vu le film, généralement parce qu’iels en ont organisé une diffusion.
On commence avec Ayi, membre de SEMA, la branche togolaise de la Ligue Panafricaine UMOJA. Pour son Cinéreflex n°57 le dimanche 26 mai, l’association a organisé une projection de notre documentaire à Lomé, qui s’est suivie d’un échange avec le public via skype et d’un débat passionnant sur l’histoire de la police et surtout de la prison, sur le continent africain. On ne va pas vous cacher que cette projection fut l’un des meilleurs moments de notre « tournée » pour Dire à Lamine ; elle continue à nous faire réfléchir et vibrer. Merci infiniment à SEMA et tout.es les architectes de ce Cinéreflex 57 !

Dire à Lamine, un film du collectif Cases RebellesDire à Lamine est un film qui entre assez vite dans sujet, avec un état des lieux par Ramata DIENG et c’est très bien. D’un rythme assez lent par ailleurs, le documentaire prend le temps de dire ce qu’il a à dire. Le documentaire a l’air structuré en plusieurs chapitres, qui pourraient être indépendants et faire quand même sens par eux-mêmes. Du coup, à la fin de chaque « chapitre », le spectateur à l’impression que le docu est fini ; ce qui fait qu’il y a beaucoup à digérer au final.

Le parti pris de l’intime est assez poignant et immersif. On ressort du visionnage quelque peu partagé et avec une sorte de catatonie émotionnelle : c’est poignant, et en un sens, cela vous prend à la gorge. De vivre la mort de Lamine à travers le vide qu’il laisse derrière, le ressenti des autres.
On subodore également, au-delà du récit avec des « mots simples » des intervenants, toute la complexité et la violence d’État derrière les mécanismes qui entraîne ce harcèlement quotidien des populations noires en Europe.
Le film a fait un immense travail pour humaniser un personnage, à contre-courant des médias mainstream traditionnels, et en cela il est profondément subversif. Avant d’être une icône, un symbole, Lamine est avant tout un jeune homme de 25 ans, qui s’est fait tuer par la police dans d’obscures circonstances, et ça il faut l’entendre. Et bien que son cas particulier ne résonne pas toujours avec des populations africaines sur le sol africain qui visionnent le film – pour des raisons de vécus différents, de distance géographique, de contexte, et manque de culture et d’identité, vis à vis des afro-descendants vivants en Europe ; aussi parce que le film a un parti pris totalement intime, en majorité centré sur Lamine et sa famille – on ressent toute la violence derrière, et on reconnait, même subrepticement et de manière fugace, des mécaniques de violence qu’on a déjà vus à l’œuvre.

Les réflexions de Rosa Amelia Plumelle-Uribe – qu’on aurait pu entendre plus, à mon avis -, ainsi que l’un des passages où un texte passe en voix off, pendant qu’à l’écran on voit jeune homme dans une cave obscure faire tournoyer une lanterne, sont assez puissants et conclusifs. Ils permettent d’aborder la question dans un champ plus global et radical – au sens de « à la racine »-, j’aurais aimé qu’on y donne plus de temps, pour creuser la question de la violence d’État, de la violence de race même qui prévaut.

Ayi _ SEMA