Force à nous de Ryaam

Le nouvel EP de Ryaam, Force à nous, fait exactement ce qu’il annonce : il distribue avec générosité et sérénité une force collective bienvenue dans l’époque qui nous traverse.

“On tient bon, on serre les coudes, On tient bon on sème l’amour” scande-t-elle à la fin du premier morceau, au cours d’un beat switch bien convaincant.
Sans se mentir sur les attaques en cours, en pleine conscience justement, Ryaam fait de l’amour de soi et des sien·nes, de la spiritualité les piliers d’un ample refus : de l’oppression, de la résignation, de la pensée hégémonique et du défaitisme.

Quand tu prends l’espace tu brilles, quand tu brilles on est constellation, nos cœurs vibrent à l’unisson, la lumière brise leurs illusions
Les moches au fond de la cours c’était nous
On a vu nos pères, nos mères, méprisé·es par leur institution
Ça continue, ça continue c’est sans fin
Voire pire sans lendemain, invocation dans les mains
On brave les tempêtes sans tempérer la colère
Grâce à elle on tient debout fait d’la magie avec nos mots

On retrouve ici la pugnacité et ce sens du détail combiné à l’ellipse que l’on aime dans l’écriture de Ryaam. Mais cela vient aussi avec un supplément de groove comparé aux travaux précédents. D’ailleurs, l’implication de plusieurs beatmakers – Mandal, Bonzer, Kool M, Figure 8 – n’atteint en rien une belle cohérence formelle. Le relief musical est en totale harmonie avec le fil narratif subtil que propose Ryaam et deux featurings très réussis – Hemo sur “Paix et amour” sur toi, Solomando sur “Nouvelle lune” – produisent le même effet.
Ryaam raconte une histoire qui nous concerne et le dévoilement du premier single « nos princesses, nos princes » accompagné d’un hommage à Malika Yezid, Sabri Choubi, Alhoussein Camara, Nahel Merzouk, d’un lien vers la campagne « 1 euro contre les violences policières », inscrit la musique dans l’urgence des luttes présentes. Comme pour Rétives, elle ajoute aussi des fragments documentaires qui apportent une autre perspective en relation avec ses propres textes. Ici donc, c’est l’entretien avec Ismaël et Samba, deux jeunes hommes noirs qui parlent de la déshumanisation raciale au cœur de l’action de la police.

“J’pense que la police ils nous prennent pas comme des êtres humains.Vu les insultes qu’ils profèrent à notre égard, comment ils usent de la violence envers nous , j’pense vraiment qu’ils nous voient comme une autre espèce humaine. […] Même pendant les contrôles, etc. t’entends souvent.. Ouais il m’a traité de singe, il m’a traité de ci, il m’a traité de ça. en fait, même la manière dont ils vont te parler ils vont te … déshumaniser”

Qu’elle rappe ou qu’elle recueille la parole, Ryaam documente la vie des sien·nes des nôtres et elle le fait de la plus belle des manières. Alors, que demande le peuple maintenant ? Ben … un album, non ?!

Cases Rebelles le 16 avril 2026

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