Médard Aribot, radicale liberté

RÉCIT - ARTS - CARCÉRALITÉ

Médard Aribot, radicale liberté

L’insoumission, la résistance au pouvoir et l’art dans sa forme la plus désintéressée sont au cœur de l’histoire de Médard Aribot né au début du XXème siècle à Sainte-Luce, en Martinique.
Djena.L nous fait le récit d’une vie opaque, en marge, qui de la prison aux interdictions de séjour jusqu’à la déportation au bagne fut marquée par toute la gamme de la carcéralité coloniale. Simultanément, elle analyse comment les régimes de mémorialisation tendent à réduire une existence kaléidoscopique, à aplatir une vie solitaire qui n’a jamais cessé d’échapper à l'élucidation.

La Maison du bagnard, Jean-Marc Andrieu, 1991 (source : potomitan.info)

La Maison du bagnard, Jean-Marc Andrieu, 1991 (source : potomitan.info)

Lorsqu'on fait escale au Diamant, la commune du sud de la Martinique qui fait face au célèbre rocher, il y a, juchée le long de la route qui serpente les hauteurs, une insolite maisonnette, aux proportions irrégulières, chargée d'ornements et de couleurs chatoyantes. C'est la "Maison du Bagnard" . Victime de multiples dégradations, tantôt liées aux caprices de la nature, tantôt à des accès de rage bien anthropiques, cette petite construction, sans doute inspirée des habitations sur pilotis guyanaises, a depuis longtemps été réappropriée par l’État français et l'industrie du tourisme 1 .

« Parmi les fabuleuses créations (en coco, en coquillages, en conques de lambis...) que l'on trouve chez Jean-Philippe Giscon « alias Rayon », à la Rue Duville, nous avons eu un coup de cœur, une vive émotion en voyant la Maison du Bagnard parmi ses œuvres (..). D'ailleurs, ce dernier savait-il que sa Maison deviendrait aujourd'hui l'un des sites les plus visités du Diamant ? En attendant que les Services de l’État ne la réparent et travaillent à sa rénovation, on peut donc aisément se consoler avec cette maisonnette "copie conforme" mais en réduction de celle de Médard Aribot. C'est original à offrir en cadeau souvenir! » (La « renaissance » de la Maison du Bagnard, France Antilles Martinique, 27 juillet 2016)

Dans l'imaginaire diamantinois, la vie de l'artiste mystérieux qui l'a bâtie a été érigée en légende, en fierté identitaire. Médard Aribot représente l'archétype du créateur incompris, regretté trop tard, qui traversa une existence d'injustice et de rejet.

«Ton pays ne sait pas que le blanc est la mort qui rôde, et que le noir est sa lumière. Lui Médard le saura, et le vivra dans sa chair. Il paiera très cher l'ignorance, les égarements et les violences de ceux qui vivent ici. Et puisqu'il ne sera jamais du côté des dominés ou des dominants, il sera honni de tous. » ("Requiem pour mon Médard", Marie Line Ampigny)

La folkorisation qui entoure Médard Aribot s'impose d'autant plus facilement que celleux qui l'on connu de son vivant ne sont plus forcément là 2 . Ce sont donc principalement les institutions qui prennent en charge sa mémoire. Le surnom de bagnard s'est imposé pour désigner Méda Kunu 3 , lui qui fut pourtant rétif à toute domestication, élucidation, à toute restriction de mouvement. Même celle imposée par l'exil, les travaux forcés, la brisure du corps. Sans doute en raison de son titre, l'essai "Le bagnard et le colonel" de l'anthropologue américain Richard Price, qui apporte les preuves matérielles de l'incarcération de Médard en Guyane, a consolidé l'utilisation de ce sobriquet. Cet ouvrage, seule référence académique disponible à ce jour, et dont nous tirons témoignages et éléments biographiques de Médard, a certainement aussi participé à la sensationnalisation de son parcours carcéral, en fournissant nombre de détails sordides sur ses conditions de détention au bagne. L'inventaire à la Prévert des infractions de Médard Aribot figure ainsi en bonne place dans les panneaux de médiation qui lui sont consacrés à l'espace Muséographique Bernard David de la ville du Diamant, et un résumé est souvent repris dans les articles de presse qui le mentionnent.

Carte de la Martinique (Image : Cases Rebelles)

Carte de la Martinique

Médard Aribot naît le 9 juin 1901 à Sainte-Luce, d'une mère martiniquaise, Marie Thérèse Aribot, journalière. Son père faisait partie des engagés africains déportés à la Martinique entre 1857 et 1861, et qui participèrent en grand nombre à l'insurrection de 1870 4 . Médard grandit principalement à Morne Pavillon - un quartier dans les hauteurs du Diamant surnommé Mòn l'Afrik en raison de l'importante communauté Kongo qui y réside et de la négrophobie dont elle fait l'objet 5 . Il vit dans la famille de son père, qui cultive un jardin. Médard rend visite à sa mère sur les ruines de l'habitation sucrière Céron en marchant le long du littoral. Il ne met pas les pieds à l'école.

Adulte, il mène une existence mutique, besogneuse, solitaire et furtive. Considéré comme inapte, il échappe au service militaire. Lorsqu'on l'aperçoit, il est torse et pieds nus, transportant quelque marchandise, vêtu d'un pantalon en sac de farine noué d'une corde qui inspire des moqueries aux enfants. Parcourant de très longues distances dans tous les recoins de l'île, souvent la nuit, il ne se déplace jamais sur la voie publique, et vit principalement de la pêche, de la vente de son art, et de vols dont il partage largement les fruits avec ses voisins, parfois après commande.

L'ingéniosité et l'incroyable force qu'il déploie pour mener ces pillages nocturnes aux butins souvent spectaculaires finissent par faire sa renommée. La constance avec laquelle il n'hésite pas, ou n'aurait pas hésité, à cibler les lieux de pouvoir et de prestige ultra-surveillés impressionne : usines ou champs des békés, maison du procureur, gendarmerie. Il braque ainsi souvent la "Transat", la Compagnie générale transatlantique, qui détient le monopole du transport de marchandises entre la Martinique et l'hexagone.

Les agissements et la personnalité hermétique de Médard semblent nourrir des sentiments équivoques chez les habitant·es, entre affection, méfiance, et paternalisme. On le qualifie de doux original, d'agneau inoffensif, voire bête, qui n'a jamais fait de mal à personne. On lui reconnait une forme d'intelligence, on lui prête des pouvoirs surnaturels ou de guérisseur 6 . Une admiration, voire reconnaissance teintée de crainte, qui n'empêchera en rien la délation.

« Tout ce que tu lui demandais de prendre», dit Génor, « ça arriverait devant ta porte à trois heures, quatre heures le lendemain matin. Il portait tout lui-même, tout seul ! Dès que tu te levais le matin, tu verrais le baril devant ta porte. Alors lui, il dirait : "Ouvre la porte. Où est-ce que tu veux le baril ?" et puis il le poserait là et se retirerait. Il ne demandait pas d'argent. (...) Personne ne sait exactement où il trouvait toutes ces choses. Mais c'était à Fort de France et au Lamentin. Personne ne l'aidait, s'était lui seul qui portait tout. Formidable, eh ! Il aurait dû avoir un esprit, un machin [surnaturel]. » (Témoignage de Génord Naud 7 )

De multiples arrestations, interdictions de séjours entravent ses déplacements, sans décourager ni son mode de vie en marge, ni ses larcins. En décembre 1927, il fait six mois de prison et est condamné à cinq ans d'interdiction de séjour au Diamant. À sa sortie, il est étroitement surveillé par les gendarmes. Il semble avoir séjourné près du Prêcheur à l'Anse Céron, dans le nord de l'île, mais avoir la plupart du temps, bravé l'interdiction pour retourner dans sa grotte du Diamant. En 1929, il est arrêté pour un supposé vol de lapins à la gendarmerie au bourg du Diamant. Il reçoit une prolongation de l'interdiction de séjour au Diamant et trois mois de prison, qu'il ne purge pas entièrement. Car Médard s'évade beaucoup, parfois de manière "miraculeuse", comme en 1950, de la prison du Diamant :

"Méda a pu desserrer une conque de lambi dans le mur, et avec cette conque de lambi, il a creusé un trou. Il a passé en dessous, à l'intérieur de la prison. Je ne sais pas comment il a pu enlever cette conque de lambi dans la maçonnerie, et avec cette conque de lambi creuser un trou, mais il est sorti de l'autre côté. Quand on regardait la taille de Méda, sa grosseur par rapport au trou, on ne comprenait rien." (Témoignage d'Armand Ribier, maire du Diamant de 1953 à 1988)

En 1927, selon les témoignages, Médard s'est établi dans une grotte à l'Anse Caffard, en face du rocher du Diamant, qu'il ne quitte pas même après avoir été frappé d'une interdiction de séjour. Il y avait creusé passages souterrains, des escaliers, des tunnels d'évacuation de fumée et des chambres de stockage dans lesquelles il conservait d'impressionnantes quantités de nourriture et de marchandises.

Tout au long de sa vie, Médard a occupé ses nuits à confectionner de multiples objets d'art, sculptures de bois, maquettes miniatures animées par des systèmes mécaniques, peintures, qu'il montre avec enthousiasme à ses voisin·es, ou qu'il promène sur sa tête en ville, cherchant acquéreur. Aucun détail des emblèmes de la guerre militaire, économique et culturelle que la puissance coloniale mène sur l'île n'échappe à son regard. À partir de matériaux récupérés, il reproduit inlassablement paquebots, navires de combat, statuettes d'apparat variées, scènes mondaines européennes, mais aussi de nombreux instruments de musique dont il joue, dont des pianos affublés de figurines de danseur·euse·s.

Le mythe de la déportation de Médard se noue justement autour d'une de ses statuettes, la "photo" de Maurice de Coppens, créée en 1924 ou 1925, après sa première sortie de prison. Propriétaire récent de l'Habitation sucrière Dizac, Coppens avait porté plainte pour vol ce qui avait abouti à la première arrestation et condamnation de Médard en 1923. Coppens est candidat à l'élection municipale du Diamant du printemps 1925 pour le Parti de l'Usine, parti conservateur soutenu par les békés, la bourgeoisie mulâtre et l'administration coloniale. Il affronte Hilarion Giscon, candidat de la Fédération socialiste emmenée par Joseph Lagrosillière. Les masses prolétaires noires soutiennent la Fédération socialiste, bien que celle-ci ait signé en 1919 un pacte électoral, dit "Pacte de Sainte-Marie" avec la frange "progressiste" des industriels békés, amoindrissant donc sa crédibilité quant à la défense effective des intérêts ouvriers 8 .

Depuis la fin de la Première Guerre mondiale, alors que la production de betterave et de spiritueux peut reprendre sur le continent européen, les ventes de sucre de canne et de rhum s'effondrent. La dépression économique qu'elle provoque secoue l'île de plusieurs révoltes d'ouvriers écrasées dans le sang. La violence politique a en effet été érigée en méthode par l'administration coloniale pour faire taire toutes les oppositions, particulièrement sous le gouvernorat d'Henri Richard, anticommuniste féroce formé en Algérie française. L'expression « faire des élections à la Richard  » est d'ailleurs restée dans la mémoire martiniquaise.

« Aux électeurs, il substitue les gendarmes. Avec cent gendarmes armés jusqu'aux dents, on est sûr du résultat. Les électeurs votent. Les gendarmes dépouillent. Le gouverneur proclame. Et les usiniers triomphent .» (Ludovic-Oscar Frossard, « Lettre ouverte au ministre des Colonies », Paris-Soir, 22 juin 1925)

Après avoir manipulé, à coup d'achat de voix et d'intimidation, les élections législatives et sénatoriales au profit du parti de l'Usine, Richard anticipe des troubles dans plusieurs communes à l'approche des élections municipales. Il mobilise donc une compagnie d'infanterie coloniale et la gendarmerie pour investir chaque mairie, l'entourer de barbelés et filtrer l'accès aux urnes. Lors des scrutins du 3 mai, la droite remporte un peu plus de la moitié des communes. Mais il est flagrant que la plupart des résultats sont entachés de fraude, ce qui oblige le gouverneur Richard à annuler ces scrutins. Dont celui du Diamant où, alors qu'un bourrage d'urne sous l'égide du maire sortant de droite est constaté, des heurts avec coups de feu et de matraque ont éclaté, faisant 3 blessés. Le 24 mai, jour du second scrutin, à la mairie du Diamant quadrillée par une cinquantaine de gendarmes, de nouvelles irrégularités se produisent à partir de la fin de la matinée. La tension monte rapidement à l'annonce de la mort de deux socialistes, Charles Zizine et Louis Des Etages 9 , respectivement dans les communes de Ducos et Rivière Salée. Coppens jette de l'huile sur le feu :

« On a déja foutu Des-Etages et Zizine à terre. Vos machins de Ducos on les a déjà foutus à terre. Votre tour ne sera pas loin.» (Propos de Coppens rapportés par Philibert Larcher en 1986)

« À 15 heures, la population calme jusqu'alors, s'est rassemblée autour de la Mairie principalement dans une savane sise au Nord de cet édifice, et, faisant des gestes menaçants elle a dit a diverses reprises : "Vous êtes tous des voleurs ; ce soir nous allons vous tuer," puis elle a fait le tour de la Mairie avec un mannequin représentant le buste d'un officier, en disant : "C'est surtout celui-là que nous voulons, et que nous allons avoir ce soir." Sur ce buste, de coupe militaire étaient peints en jaune des dessins indiquant les boutons les écussons les galons et des décorations. La foule sans aucun doute faisait allusion au colonel de Coppens ; d'ailleurs ce dernier nous l'a fait remarquer en nous disant, à plusieurs reprises, qu'on en voulait à sa tête et qu'on allait sûrement le tuer. »(Extrait du rapport de la gendarmerie nationale le 24 mai 1925)

La décision de Richard de déplacer l'urne à la gendarmerie pour ensuite la transporter Fort-de-France et y procéder au dépouillement fait exploser la colère. La foule s'y oppose, à coup de pierres et de conques de lambis, aux dires des gendarmes. Ceux-ci finissent par tirer à la mitrailleuse et tuent 10 personnes, dont Coppens. On se rappelle de cet épisode comme la "Guerre du Diamant" 10 .

Il s'est ensuite longtemps raconté - et continue de se raconter - que c'était en raison de l'affront au pouvoir représenté par la statuette de Coppens que Médard aurait été puni, et envoyé au bagne en Guyane. L'arrêt correctionnel de Médard ne contient aucune référence à Coppens ou à la guerre du Diamant. La réalité est potentiellement moins glorieuse. En 1932, dénoncé pour le vol d'un pantalon chez le procureur général Marius Larcher, puis débusqué par deux pêcheurs qui savent qu'il est recherché, Médard est de nouveau arrêté par les gendarmes et emprisonné. Les témoignages de Phillibert Larcher et Génord Naud laissent affleurer l'ambivalence que cette arrestation suscite chez les Diamantinois.

« C'est les gens d'ici même qui l'ont dénoncé. Le gendarme a fait l'enquête et puis on a dit que c'est Méda qui a le linge à Céron. »

« C'était vers six heures quand ils ont pris Méda. Alors tout le monde est descendu là. À voir tous ces gens descendre, on aurait dit que c'était le jour des élections. Ils avaient entendu qu'on a pris Méda. Ils sont descendus là pour regarder, mais quand ils voyaient ce qui se passait, ils commençaient à devenir fâchés. Ils devenaient agressifs, ils disaient qu'on n'avait pas le droit d'arrêter Méda. Le lendemain matin les mêmes gendarmes sont retournés à sa grotte, et ils ont commencé à retirer ses marchandises de là. Les Diamantinois sont arrivés et ils ont commencé à charroyer ses choses chez eux. Ils étaient vraiment fâchés de voir qu'on a arrêté Méda comme ça. » (Témoignages de Philibert Larcher et de Génord Nau)

Mais cette fois-ci, à cause de ses sept condamnations précédentes, la peine de Médard s'alourdit d'une condamnation à la relégation, assortie d'une peine de travaux forcés, en application de la loi de déportation pénale du 17 mai 1885. Cette loi populiste de la IIIe république, dite loi "sur la relégation des récidivistes", impose l’internement perpétuel des multirécidivistes dans les colonies ou possessions françaises. En effet, à la fin du 19e siècle, alors que l'établissement des premières données carcérales chiffrées tend à démontrer l'inefficacité de la prison, l'augmentation des actes de petite délinquances et de récidive, sur fond de dépression économique, inquiète l'opinion publique. Le gouvernement de Jules Ferry endosse donc le discours électoralement rentable d'un "nettoyage" du pays de la partie la plus visible de la délinquance. Tout en se donnant les moyens de neutraliser celle qui a pu alimenter les idées insurrectionnelles de la Commune de Paris 11 .

« Oui, c’est dans les couches populaires qu’on réclame avec plus d’ardeur la transportation des récidivistes, parce que c’est là qu’on souffre le plus de cette plaie sociale. Ce ne sont pas les fils de la bourgeoisie, [...], qui en souffrent le plus, ce sont les fils de travailleurs, ceux qui vivent dans un contact forcé avec ces parvenus de la police correctionnelle et du crime, et qui souffrent de la flétrissure que leur inflige ce contact odieux. » (Pierre Waldeck-Rousseau à l'époque ministre de l'Intérieur, Annales de la Chambre des députés, séance du 26 avril 1883.)

La loi fixe différents seuils applicables à une combinaison d'infractions aux delà desquelles une personne est supposée délinquante de "profession" et donc déclarée totalement inamendable. Une fois l'un des seuils atteints, le juge est dans l'obligation de prononcer la peine accessoire de la relégation. Cette loi introduit donc un principe de présomption d'incorrigibilité, qui ne sera aboli qu'en 1970 12 .

Ne pouvant justifier de ressources, et jugé coupable de petite délinquance, Médard est classé comme relégué collectif, statut pour lequel la peine d'internement et de travaux forcés s'effectue exclusivement en Guyane. Le statut alternatif de relégué individuel, qui donne droit à une semi-liberté sur le territoire colonial, est très rarement immédiatement octroyé. Les relégués collectifs semblent spécifiquement choisis parmi celleux qui restent en marge du système d'exploitation du travail indispensable à la société industrielle :

« Le motif du vol reste la cause majeure de relégation et assure un peuplement plus stable de la colonie, lui évitant une surpopulation de dangereux criminels. Dans les différents rapports de la commission de classement, les causes pénales reflètent la volonté de peupler la colonie de fainéants à mettre au travail, plus que criminels irréversibles, peut-être mieux enfermés ou condamnés à mort. » (Hedhili, Hida. « Relégation collective ou individuelle : une condition juridique spéciale pour les récidivistes, XIXe-XXe siècles ». Les récidivistes, édité par Jean-Pierre Allinne et Mathieu Soula, Presses universitaires de Rennes, 2011)

Les relégués collectifs sont donc employés à la construction des infrastructures industrielles, agricoles, ou de transport. Ce régime juridique, peu abordé par la littérature carcérale, diffère notamment de celui des transportés, condamnés pour des faits relevant de la grande criminalité, ou des déportés, qui sont des prisonniers politiques. Les relégués étaient les prisonniers les plus maltraités de la colonie pénitentiaire, et se trouvaient ainsi triplement parias : incarcérés à des milliers de kilomètres, méprisés par les autres détenus car au bas de l'échelle de "prestige" du crime, rejetés par les particuliers et entrepreneurs guyanais susceptibles de les employer un jour.

« C’est le plus sale gibier de la Guyane. Quand vous recommandez un homme pour une situation d’assigné : – Qu’est-ce que c’est ? Vous demande-t-on.
– Un assassin.
– Très bien, nous le caserons.
Si vous dites :
– C’est un Saint-Jean.
– Jamais ! » (Albert Londres, Au Bagne, 1923)

Le stigmate de déviance et de paresse que l'hexagone avait accolé aux relégués se trouvait donc, dans les faits, bien plus cruellement puni que les autres crimes, à rebours du narratif judiciaire prônant la proportionnalité des peines. Cette contradiction est révélatrice de ce qui est considéré comme le plus dangereux pour la pérennité de la bonne société bourgeoise. La relégation de Médard est un exemple dans lequel l’exécution de la loi atteint, indirectement, une cible de choix : un élément politiquement perturbateur à éliminer définitivement, par la mort physique et sociale. Indirectement, parce que la fiction justifiant la loi est celle d'une élimination de la récidive sur l'hexagone au profit de l'honnête citoyen, qui ne semble pas forcément nécessaire dans les territoires qui ne sont pas des colonies de peuplement. En effet, très peu d'antillais ont été incarcérés en Guyane, et parmi eux la plupart étaient des déportés. Mais le mode de vie de Médard aurait pu inspirer aux masses paysannes et ouvrières des envies d'oisiveté, et la conviction qu'il était possible et nécessaire de résister à la domestication et la pacification nécessaire à l'ordre colonial et capitaliste qui continue de régner en Martinique.

Arrivé à Saint-Laurent-du-Maroni le 22 mai 1934 13 , Médard Aribot est envoyé au camp de relégation de Saint-Jean, à 17 km en amont du fleuve. Ce camp, construit dans la forêt tropicale, qui compte parmi ses surnoms "l'oubliette du bagne" et sert de logement, a environ 2500 relégués collectifs. Les relégués vivent par groupe de 50 à 60 dans des grandes cases sur pilotis qui leur servent de cellule, sous la surveillance de gardiens armés et d'une garnison de 120 tirailleurs sénégalais. Le camp fonctionne selon une hiérarchie raciale qui monte les prisonniers les uns contre les autres et réserve aux condamnés noirs les travaux et les conditions de subsistance les plus pénibles.

"Bagnards, orpailleurs et fonctionnaires du bassin du Maroni dans la Grande guerre", Virginie Brunelot et Arnauld Heuret, 2018 (voir note n° 13).

Territoire pénitentiaire du Maroni en 1914. Carte extraite de l'article Virginie Brunelot et Arnauld Heuret, « Bagnards, orpailleurs et fonctionnaires du bassin du Maroni dans la Grande guerre », Criminocorpus [En ligne], Les bagnes coloniaux, mis en ligne le 14 novembre 2018, consulté le 31 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/criminocorpus/4565 ; DOI : https://doi.org/10.4000/criminocorpus.4565

Pendant douze ans, Médard sera soumis au sadisme de la bureaucratie carcérale et à l'arbitraire des surveillants. Il ne cessera de résister au mille-feuille de règles imaginées pour scruter, trier, gouverner à chaque seconde les corps. Comme en témoigne le registre correspondant à son matricule, le numéro 15930, les châtiments impitoyables qui lui sont réservés ne brisent ni sa pugnacité pour tenter de s'évader, ni sa volonté de conserver ce qu'il peut de son mode de vie, fait de déambulations solitaires dans les bois et de vols ou maraudes pour se nourrir. Il passera plus de la moitié de sa peine de relégation au cachot.

« D'après tous les témoignages, Médard était un prisonnier peu commun, qui contrevenait aux règlements fréquemment et subissait des peines plus sévères que la plupart des autres. Beaucoup de ses délits reproduisaient des moyens qu'il avait utilisés pour se nourrir avant d'être banni - maraude de patates ou de cramanioc, vol de maïs ou de bananes. D'autres reflètent un esprit de rébellion et de résistance - défaut de tâche, mauvaise volonté au travail, uriner dans une boite qu'il vide au milieu de la case, dégradation de mur de sa cellule, effets manquants, manquer à l'appel. » (Richard Price, le Bagnard et le Colonel)

En 1939, Médard Aribot passe sur le statut de la relégation individuelle, ce qui lui ouvre en théorie la possibilité de s'établir sur le lieu de son choix en Guyane et de ne pointer que deux fois par an auprès de l'administration pénitentiaire. Il aurait tenté de reprendre son mode de vie martiniquais à la frontière du domaine de la relégation, cultivant un terrain le jour, fabriquant ses œuvres la nuit pour les vendre au marché de Saint-Laurent. Cependant, ces droits supplémentaires sont bafoués par l'administration, qui recommence bientôt à le traiter comme un relégué collectif, lui infligeant famine, incarcérations et punitions.

En effet, Vichy durcit le régime de terreur qui s'abat sur les relégués, qui ont été exclus du périmètre d'application du décret- loi de 1938 qui abolit la transportation en Guyane 14 . Alors que les ravitaillements depuis l'hexagone sont taris à cause de l'Occupation, les rations alimentaires sont drastiquement réduites, et la journée de travail s'allonge sous la maltraitance continue des surveillants. Le taux de mortalité annuel des relégués passe de 5% à 50% en 1942, ce qui est du même ordre de grandeur que dans les camps de la mort nazis. Les objectifs du gouverneur de Guyane René ­Veber, fidèle de Pétain et du lieutenant-colonel Camus, nommé directeur du bagne sont explicites : il s'agit de dissuader les évasions puis les ralliements à la résistance, et de continuer de satisfaire les besoins en main d’œuvre, tout en s'assurant in fine de l'extermination des relégués.

En mars 1943, alors que la Guyane rallie la France libre, il est mis un terme à ces conditions de détention concentrationnaires, que Robert Badinter qualifiera en 2017 de crime contre l'humanité impuni 15 . Le petit nombre de relégués survivants est dispatché entre le camp de transportation de Saint-Laurent-du-Maroni, jugé plus salubre, ainsi qu'aux Iles du Salut, qui deviennent le nouveau lieu de détention des relégués jusqu'à la décision de l'abolition de ce régime en 1944. Le pénitencier de Saint-Jean est définitivement fermé en septembre 1943. La liquidation totale du bagne guyanais, entravée par des intérêts contradictoires entre ministère de la Justice et des ministère des Colonies, et demandée avec insistance par les états sud-américains voisins, ne sera définitive qu'en 1953, l'année du retour de Médard Aribot en Martinique.

Médard n'a pas demandé son rapatriement immédiatement à sa libération. Il aurait vécu libre pendant environ sept ans à Saint-Louis, à côté du village amérindien de Balaté, au bord du fleuve Saint-Laurent. Il y avait construit une première version de la maison de l'Anse Caffard. Rentré en Martinique, Médard se construit une autre maison à Sainte-Luce, près de la résidence de ses grands-parents maternels, et réaménage sa grotte du Diamant. Il reprend son mode de vie autosuffisant, fait de cueillette, de troc, de vols sur commande. Surtout, il se remet à ses activités artistiques nocturnes, dont le rituel marque celleux qui le connaissent : il travaillerait à la seule lumière d'une bougie, avec un canif. Ses œuvres s'inspirent notamment des fêtes patronales auxquelles il assiste assidûment. Il fait du porte-à-porte pour les vendre, les expose à Grand Anse dans la maison d'un ami. Il aurait également transmis ses techniques de sculpture à certains enfants 16 . Toujours industrieux, sa force physique ne l'a pas quitté. Mais il est désormais entravé par les séquelles des sévices du bagne, courbé par les jours interminables passés dans des cachots trop petits pour se mettre debout.

Vers 1967, suite à un conflit de voisinage, Médard Aribot demande à Armand Ribier, le maire du Diamant, la permission de rebâtir sa maison à l'Anse Caffard, après l'avoir démontée à Sainte-Luce. Sa présence dérange : on dit que des békés ont des projets de constructions sur le terrain. Le préfet somme Armand Ribier de faire détruire la maison qui "gâcherait" le potentiel touristique de la commune. Médard ne restera donc que trois ans, lassé du harcèlement policier, des vols et des intrusions possiblement encouragées par ses voisins. Il se replie à Morne Pavillon, où il construit sa dernière maison, toujours sur le même modèle. En 1973, très isolé, il tombe malade et finit par être transporté aux Trois Ilets où il s'éteint le 17 octobre.

« Quand tu demandais à Méda comment il travaillait et où il avait trouvé son don, elle me dit, il disait " Faut pas chercher. Secret de l'amour - Secret de moi-même." » (Témoignage de Dinette Louisy)

Médard Aribot habitait le monde dans une économie de parole, laissant de fait ses actes et ses œuvres produire d'elles-mêmes une conversation. Ceci facilite toute sorte de projections contradictoires sur sa vie, même s'il faut rappeler que, de manière générale, les forces récupératrices ou révisionnistes se gênent rarement, y compris lorsque l'héritage des personnes sur lesquelles elle s'abattent est explicite.

Richard Price a ainsi fait de Médard le support d'une critique paternaliste et grossière du mouvement littéraire de la créolité. Il accuse en effet les intellectuels qui s'en réclament d'avoir alimenté la patrimonialisation par l’État de la culture martiniquaise, et l'auto-fétichisation par les Martiniquais de leur mode de vie antan lontan. Mode de vie par ailleurs aplani par la modernisation et la mondialisation. Assez logiquement, cette critique a été accueillie avec hostilité ou indifférence en Martinique.

De leur côté, le dramaturge José Alpha et le philosophe militant Vincent Placoly, ont monté en 1990 la pièce "La véritable histoire de Médard Aribot, Vision poétique" dans un esprit d'éducation populaire. Elle a fait l'objet de représentations à Sainte-Luce et au Diamant. Le scénario et la mise en scène visent à transmettre la mémoire de la guerre du Diamant et des injustices coloniales, classistes et raciales, en insistant notamment sur les origines africaines de Médard. Alpha et Placoly y interprètent le silence de Médard comme une diversion :

« Interdiction de parler. À ma naissance, mon cœur s'est réglé sur le pas de la nuit, de la nuit sarcophage, de la nuit pyramide, de la nuit haoussa... Je ne suis pas né au même chant que ce monde-ci... Si je parle, si j'expose au soleil de la parole la mousse de ma salive, ils chercheront encore une fois l'occasion de m'enchaîner... À moi n'appartiennent que les ouvrages de ma main. »

Christian GARNY (Médard Aribot) et Jean Claude LAMORANDIERE (la conscience) lors d'une des représentation de "La véritable histoire de Médard Aribot, Vision poétique" de José Alpha et Vincent Placoly.

Christian GARNY (Médard Aribot) et Jean Claude LAMORANDIERE (la conscience) lors d'une des représentation de la pièce "La véritable histoire de Médard Aribot, Vision poétique" 17

Beaucoup de discours autour de Médard convergent sur au moins deux points: incompris et délaissé par ses contemporains, sa vie et son œuvre revêtent une dimension anticoloniale. Ces qualificatifs nous semblent peu satisfaisants, notamment parce qu'ils placent la focale sur le champ de l'insoumission symbolique 18 .

Si la résistance de Médard à l'oppression carcérale et judiciaire a principalement été solitaire et individuelle, hors de la prison, il a agi concrètement sur les conditions matérielles d'existence locales collectives, dans une logique d'entraide et de transmission. Il trouvait ou volait des ressources et les partageait, sans être découragé par les moqueries dont il faisait l'objet ou la peur qu'il inspirait. Concrètement et officiellement, c'est bien pour des actes menaçant le droit de propriété, les logiques marchandes et l'individualisme qu'il a été puni. Médard concourrait à pérenniser un degré d'autonomie supérieur dans les communes du sud de la Martinique, dans lesquelles la pêche contribuait à desserrer un peu le joug de l'exploitation économique 19 . Certains de ses contemporain·es en avaient conscience et en parlaient comme d'un "Robin des bois". Peut être est aussi cela qui inspire ce commentaire lors d'une soirée de commémoration au Diamant en 2020 :

« Charles Ampigny a évoqué Monsieur Médard (c’est ainsi qu’il l’appelait), premier anarchiste, citoyen solidaire et debout du pays.»

Enfin, que signifiait cette obstination à observer le faste, les défilés militaires, à représenter des figures du pouvoir politique ou culturel telles que De Gaulle, Mickey Mouse, ou même possiblement Pétain? 20 . Voir une parodie ou un discours explicite de dénonciation du colonialisme directement dans les intentions artistiques de Médard nous semble relever de la conjecture. Ainsi, s'agissant de la statuette de Coppens, il semble que c'est plutôt la foule des diamantinois qui, en choisissant de l'exhiber dans la rue, lui donne sa charge symbolique contre le pouvoir. Sans préjuger de ses intentions, le caractère transgressif de l'art de Médard ne résiderait-il pas dans le fait même de capturer l'image de la domination tout en restant lui-même illisible et hermétique ? Montrant ainsi que dans une société coloniale qui scrute, inventorie, hiérarchise, exotise, il est possible, pour un damné de la terre, non seulement de s'extraire du domaine de l'intelligible, mais aussi de reproduire et d'archiver les manifestations matérielles ostentatoires du colonialisme. De surcroît à l'aide un simple canif, ce qui contraste avec l'arrogance des puissants. Cette activité prolongerait ainsi les facultés inexpliquées de Médard pour s'introduire ou s'évader de lieux jugés impénétrables, révélant ce que leur inaccessibilité peut finalement avoir de fragile.

Djena L._ Cases Rebelles

  1. Le site appartient à l'Office National des Forêts. La maison, reconnue monument historique depuis 2009 a fait l'objet de multiples rénovations financées ou encouragées par l'état. Suite à la première, réalisée en 1987 par le peintre Thierry Coco, on commence à l'appeler la Maison du Bagnard alors qu'on l'appelait auparavant Maison du Pêcheur. Elle a notamment été saccagée en 2014, juste après des visites dans le cadre des Journées du Patrimoine. Suite aux dégâts causés par le cyclone Béryl en 2024, la maison de Médard doit faire l'objet d'une rénovation financée par plusieurs fondations privées, par l'entremise de la "Mission Stéphane Berne", pour, selon le site internet "permettre aux touristes de se réapproprier les lieux sur le littoral arboré de cette commune fréquentée.'"[]
  2. Denise Marie, figure de la vie associative martiniquaise et originaire du Diamant, qui avait personnellement connu Médard Aribot et partageait ses anecdotes à ce sujet lors d'évènement culturels municipaux, est décédée le 23 avril 2026.[]
  3. Surnom créole par lequel Médard été désigné, Kunu étant le patronyme de son père.[]
  4. Quatre ans après l'abolition de l'esclavage, la cupidité des propriétaire terriens, soucieux de faire baisser le coût du travail, conduit à recourir à système de l'engagisme, système abusif de travail forcé. Le ministère des colonies conclut en 1957 un contrat avec la Maison Régis de Marseille, qui pour le versement d'une prime calculée pour chaque personne sensée avoir signé un contrat d'engagement, déporte près de 10000 africains. Ils sont principalement originaires du Congo. Parmi eux, des enfants de 6 à 8 ans frauduleusement "classés comme adultes". Voir Histoire de la Martinique, tome 2 1848 - 1939, Armand Nicolas. Le Diamant est l'une des communes de la Martinique ou la communauté Congo était la plus importante. Voir également notre article sur l'insurrection de septembre 1870[]
  5. La stigmatisation dont les engagés Congo et leur descendance font l'objet est notamment visible à l'entrée "Congo" du Dictionnaire encyclopédique des Antilles et de la Guyane publié en 1993 : « [...] Longtemps maintenus à l'écart par la population créole, à cause de la noirceur de leur teint, de leur maniement malaisé du créole et surtout du français, ils se sont fondus aujourd'hui dans la population générale.[...] L'expression «Nègre-Congo» renvoie à quelqu'un de frustre ou de campagnard. »[]
  6. Un post facebook du 8 juin 2020 de la ville du Diamant qui résume une soirée hommage à Médard Aribot au cours de laquelle témoignages et anecdotes ont été partagées, rapporte : "Marc André Pompière (Dédé) a révélé ses talents de guérisseur, connaisseur des plantes, à qui il doit la guérison d’une blessure lourde à la jambe." Les fictions de Marie Line Ampigny consacrées à Médard Aribot reprennent également le motif du guérisseur dont les pratiques lui viennent de ses origines Congo.[]
  7. Sauf mention contraire, tous les témoignages cités sont extraits de l'ouvrage "Le Bagnard et le Colonel" de Richard Price, publié initialement en 1998.[]
  8. Ce pacte provoque la scission d'une partie des militants de la Fédération socialiste qui créent le groupe Jean Jaurès, renommé groupe communiste dès 1921, qui édite le journal "Justice" et présente des candidats aux élections municipales de mai 1925.[]
  9. En août 1925, l'un des fils de Des Etages, Maurice, tira en représailles 5 balles sur le gouverneur Richard. Il fut rapatrié en hexagone et mourut quelques années plus tard de ses blessures.Le procès de Maurice des Étages commencé le 29 avril 1926 se termine le 4 mai 1926 par son acquittement.[]
  10. Selon le témoignage de Phillibert Larcher recueilli par Richard Price, ce serait un gendarme guadeloupéen qui aurait tiré tout azimut sur Coppens et ses partisans, en représailles des tirs qu'on lui a imposés sur les socialistes.[]
  11. Alors que la presse se fait l'écho des multiples délits qui secouent le France et l'Europe, les républicains dits modérés cherchent à envoyer un signal de crédibilité sur les questions sécuritaires. Cette loi faisait partie du programme électoral de Gambetta pour les législatives.[]
  12. Jean-Lucien Sanchez, « La relégation (loi du 27 mai 1885) », Criminocorpus [En ligne], Les bagnes coloniaux, mis en ligne le 01 janvier 2005. DOI : https://doi.org/10.4000/criminocorpus.181[]
  13. On ignore comment Médard a rejoint Saint Laurent du Maroni, mais il fabriqua un modèle réduit du bateau "La Martinière", ancien cargo allemand réaménagé en bateau cage par le ministère des colonies, qui traverse l'atlantique deux fois par an depuis la prison de Saint Martin de Ré.[]
  14. Dès les années 1930, le ministère de Colonies constate que le bagne en Guyane "coûte" plus en ravitaillement qu'il ne "rapporte". Le régime de la relégation est maintenu sur décision du Ministère de la Justice, qui n'a pas de solution d'incarcération pour les relégués. voir Jean-Lucien Sanchez, « L'abolition de la relégation en Guyane française (1938-1953) », Criminocorpus [En ligne], 4 | 2014, mis en ligne le 09 septembre 2014, consulté le 18 août 2026. DOI : https://doi.org/10.4000/criminocorpus.2727[]
  15. Robert Badinter : « Le bagne de Guyane, un crime contre l’humanité », tribune dans le Monde, 24 novembre 2017.[]
  16. Témoignage de l'artiste diamantinois Alex Saturnin : "Il y a eu aussi Médard ARIBOT. J’étais gamin quand tout le monde avait peur de ce gars. Moi, pas. Il cachait ses sculptures dans un sac de farine « de France », il me montrait ce qu’il faisait, il me disait qu’il avait fait ça avec un couteau. J’étais émerveillé. S’il y a des gens qui m’ont vraiment transmis cette fibre, ce sont Médard ARIBOT et Maryvonne JOSEPH."  L'arrière-petite-nièce de Médard, Huguette Blézès-Vincente elle même peintre et sculptrice, lui a consacré des œuvres qui ont fait l'objet de l'exposition "Les horizons de Médard" en 2017.[]
  17. Source : association arlésienne Sodarcomamétéré[]
  18. Par exemple : "Condamné et déporté au bagne de Cayenne dans les années 1920 pour avoir sculpté une effigie à connotation anticoloniale, Aribot a marqué l’imaginaire martiniquais par sa résilience et son art populaire. Son œuvre, à la croisée de la mémoire et de la résistance, demeure un symbole fort du patrimoine culturel local." (source : Outremer 360) Ou encore : "Au lendemain du saccage de la maison du Bagnard, qui a provoqué l'indignation, un agent des bâtiments de France a constaté l'ampleur des dégâts de ce site inscrit aux monuments historiques. Beaucoup sont choqués par cet acte contre ce qu'ils considèrent comme un symbole de l'injustice et de la solitude d'un homme", La maison du Bagnard, chargée de symboles, France Antilles, 26 septembre 2014.[]
  19. L'administration coloniale avait parfaitement identifié l'obstacle que l'autosuffisance des pêcheurs posait pour ses objectifs de développement massif des secteurs économiques locaux qu'elles jugeait d'intérêt. Ainsi, on peut lire dans "La pêche aux Antilles. Rapport de Mission (Mai-Juillet 1930) de Gérard BELLOC, Chef du Laboratoire de l'Office à La Rochelle : "Les pêcheurs Antillais ont des besoins très réduits et n'exercent leur métier que pour les satisfaire. Ils ne travaillent habituellement que juste ce qu'il faut pour assurer leur nourriture de la journée et remplacer de temps à autre quelques-uns de leurs engins (...) Pour augmenter la production, il faudrait modifier la mentalité des pêcheurs en luttant contre leur paresse naturelle par la création de nouveaux besoins." []
  20. Les bustes de De Gaulle et de Pétain sont mentionnés dans Rabussier, Dominique. 1993a. Medard Aribot, artiste ou bagnard ? France-Antilles Magazine (14-20 August): 48-49. Sur une photo de la Maison de l'Anse Caffard de 1969, ce qui ressemble à une figurine représentant Mickey Mouse est visible. (source : sciencedirect.com). []