Ce n’est pas un hasard du calendrier si le premier long-métrage de Luck Razanajaona parle de révolution au moment même où la gen Z malgache embrasse le feu de la révolte. C’est plutôt le signe d’une constance désespérante, de la situation d’une terre où l’indépendance n’a pas tenu ses promesses, d’un pays sinistré par la corruption systémique, la gabegie et les élans autocratiques.
Filmé avec l’acuité, la lenteur, l’économie, la douceur du cinéma documentaire, Disco Afrika est une fiction qui porte, transmet , touche au cœur, interroge :
Où se cachent les héritages révolutionnaires quand les forces réactionnaires écrase les perspectives depuis trop longtemps ?
Comment rompre le silence des traumas et s’atteler aux conversations qui troublent, qui dérangent mais sont néanmoins essentielles ?
Comment sortir de la peur et engager son corps dans le combat ?
Nourri de surnaturel, le film est également porteur d’une force poétique qui met en valeur des acteur·ices non professionnel·les d’une densité impressionnante. Et au cœur de cette histoire malgache s’énonce un profond désir d’éclairer l’Histoire malgache ; les coupures de courant quotidienne, qui ont participé à précipiter les révoltes actuelles, devenant métaphoriques des obstacles à cette tâche impérative.
Kwamé le personnage principal, nommé ainsi en hommage à Kwame N’krumah, est profondément touchant dans ses errances, ses hésitations. Son désarroi face au drame initial et face à l’impératif de trouver de quoi subsister, et de quoi faire face à l’état du pays, prend aux tripes, sans démonstration grandiloquente et avec très peu de mots.
Les scènes avec ses proches, notamment sa mère, sont bouleversantes tant s’y mêlent l’amour et l’impuissance.
Douce prière révolutionnaire non dogmatique, Disco Afrika est aussi porté par la force du panafricanisme, exprimée notamment dans le groove des disques vinyles d’antan qui habite le film, et d’anciennes pochettes prometteuses de lendemains qui chantent. C’est aussi un film où est posé comme impératif la nécessité de faire correctement le deuil de celleux qui ont donné leur vie pour tenter de construire un horizon au pays : un deuil où l’on raconte, où l’on nomme les disparitions qui sont le fait des régimes autocratiques, où l’on se souvient de la violence pour affronter l’avenir.
Luck Razanajaona redouble d’ailleurs d’inventivité et de subtilité tant pour figurer l’horreur de la répression que le feu de la révolte. Avec beaucoup de bonheur, le réalisateur évite à la fois l’écueil du panorama touristique et celui du pays abîmé comme métaphore de la situation sociale et politique.
Si Disco Afrika ouvre un bel horizon artistique pour le cinéma malgache, la démarche de son auteur qui a privilégié la sollicitation de personnes malgaches pour son équipe en fait aussi l’étape précieuse dans l’avènement et le développement d’un cinéma malgache nourri de ses propres forces et armé de sa propre grammaire. Le film est d’ailleurs distribué par Sudu connexion, distributeur panafricain.
Tehaka mafy be !
Michaela Danjé_Cases Rebelles (1er octobre 2025)






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