Ce nouveau mix de musiciennes de la diaspora noire, est une sorte de déambulation sonore d’une trentaine de minutes autour des instruments à cordes pincées : guitare, guembri, oud, basse. Pour plonger dans des ambiances tour à tour minimalistes, hypnotiques, acoustiques, ou hyper-produites. Le hasard de l’assemblage de ces dix titres nous a mis sur la piste de certaines résonances entre les démarches musicales menées par ces artistes aux positionnements très divers: entre les histoires d’exil qu’elles racontent, les ancrages spirituels qui les sous-tendent, ou les explorations futuristes qu’elles projettent pour faire vivre les héritages. On voulait vous donc partager un peu de notre émerveillement à la découverte de ces attaches et circulations multiples.
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« Everything is connected
Although you cannot see the roots that hold us »« Tout est lié
Même si tu ne peux voir les racines qui nous soutiennent »
Zarah MacFarlane, Everything is connected
Asmâa Hamzaoui – Foulani (Maroc)
Asmâa Hamzaoui est une musicienne marocaine, née à Casablanca en 1998, qui se produit dans les festivals internationaux en jouant du gnawa, musique mystico religieuse, qu’elle adapte au format scénique profane. Le gnawa désigne tout à la fois ce genre musical désormais connu internationalement, les marocain.e.s d’origine d’Afrique subsaharienne descendant.e.s des personnes esclavisé.e.s, et les confréries musulmanes mystiques dans lesquelles la transe et les rites de possession jouent un rôle très important. Asmâa Hamzaoui a été initiée à cette culture par sa mère, gnawi, et son père, le célèbre mâalem Rachid Hamzaoui. Le terme mâalem désigne le chef de troupe qui guide la transe dans le cadre de cérémonies de guérisons nocturnes dites lîla, en jouant du guembri, variante de luth rectangulaire a corde pincées jouée dans un style percussif. S’y ajoutent les qaraqeb, sortes de castagnettes – qui émuleraient le son des chaînes que portaient les esclavisé·es – , et les chœurs qui répondent au chant du mâleem. Reconnue par ses pairs non sans difficultés, et désormais détentrice du titre de mâalema, Asmâa Hamzaoui est l’une des premières femmes à jouer du guembri en public. En 2012, elle crée le groupe exclusivement fémininin Bnat Timbouktou – « Filles de Tombouctou » – qui acquiert une reconnaissance internationale après sa performance au festival gnawa de la ville d’Essaouira. Fidèle à la tradition spirituelle de dévotion et de guérison du gnawa, le groupe transmet les histoires des personnes esclavisé·es, de leur libération, et chante la beauté de la nature. Le titre Foulani, tiré du premier album du groupe, Oulad Lghaba (Enfants de la forêt) célèbre plusieurs des esprits et ancêtres gnawa.
A propos du gnawa : Le revivalisme musical de l’ancestrale tradition Gnawa : Analyse descriptive de la démarche artistique des musiciens revivalistes Gnawa © Ania Bensoula, 2021
Nelida Karr – Regalame Una Sonrisa (Guinée Equatoriale)
Multi-instrumentiste, compositrice, psychologue et musicologue, Nelida Karr est née à Malabo, qui était la capitale de Guinée équatoriale jusqu’en 2026. Identifiée et soutenue par le monde institutionnel occidental, elle mène également un certain nombre d’actions destinée à la jeunesse, en dirigeant par exemple l’école de musique gratuite Mosart depuis 2018. Elle qualifie sa musique d’Afro-fusion : dans son style de jeu de guitare, son instrument de prédilection, elle retranscrit les rythmiques traditionnelles bubi comme par exemple le katya, ou le bonkó pour apporter d’autres couleurs aux jazz, à la soul ou au gospel. Elle chante en bubi, fang, igbo, anglais, espagnol et français. Elle consacre son dernier album, Mil Maneras (2025) à ce qu’elle appelle l’Afro-Flamenco. Les idées d’arrangements du lumineux Regalame Una Sonrisa – « Fais moi un sourire » – sont assez saisissants. C’est d’abord le choix de faire chanter la mélodie principale par un chœur gospel, dont les intonations restent proches du style de chant « profond » du flamenco. Les basculements entre unisson et polyphonie créent la surprise à des détours de phrases inattendus. C’est ensuite certains choix de textures, par exemple ce qui semble être un balafon en introduction. L’année de sortie de l’album, Nelida Karr participe à l’initiative Flamenco Gen, « laboratoire créatif » entre les villes de Jerez de la Frontera et Malabo, qui vise à explorer les contributions africaines du Flamenco, moins connues que les apports des cultures romani, arabo-musulmane, juive et andalouse chrétienne.
A propos des racines africaines du Flamenco: The Hidden Blackness of Flamenco, Afropop worldwide, November 28, 2024
Sika Valmé – Dyaspora to the Moon (Haiti/Canada/Mexique)
Sika Valmé est une artiste multi disciplinaire, qui pratique notamment la musique et illustration. Née et élevée en Haïti, elle vit désormais entre le Canada et le Mexique. Sika Valmé utilise le terme creole lofi pour décrire sa démarche hybride : faire rayonner un vécu créole dans un paysage sonore électronique. Après un premier EP, In Colour, en 2012, elle sort son deuxième opus en 2022, Erosyon Eksperyans, dont lancement est l’occasion d’inaugurer performance sonore et visuelle au Centre Phi, à Montréal. Immersif, l’album est marqué par une présence importante du végétal et notamment des fruits, dans les visuels et dans les paroles : la mangue, le fruit à pain, la noix de coco. Sika Valmé y dresse un parallèle entre le phénomène de l’érosion dans le monde naturel, et les phases par lesquelles elle est passée, aborde son expérience queer et diasporique. Elle compose initialement à la guitare, et alterne anglais, français et créole haïtien. S’astreignant à une certaine économie de mots, c’est l’espace et la suspension qu’elle recherche. Dans ses productions, dont le caractère immersif est apporté par la richesse des arrangements, les harmonies sont principalement portées par des synthétiseurs, alternant dissonance et résolution, tandis que le beat qui reproduit généralement des variantes de rythmiques caribéennes, est exclusivement construit avec des kits que l’on entend généralement sur des titres électro ou house par exemple. La touche organique est apportée par le saxophone, ou les guitares qui peuvent avoir sur le même titre plusieurs types ou amplifications : acoustique, ou typique du kompa, en détournant les riffs.
Zarah Mc Farlane – Native Nomad

Zarah Mc Farlane est une musicienne, compositrice et actrice anglo jamaïcaine et une figure bien identifiée de la scène britannique jazz contemporaine. Son premier album, Until Tomorrow, sort en autoproduction en 2013 avant de rentrer dans le catalogue de Brownswood Records. Elle s’associe au batteur et producteur Moses Boyd pour composer Arise, sur lequel iels proposent leur fusion personnelle du jazz avec le reggae, le calypso, et les rythmiques kumina et nyabingui. Le son est organique, acoustique. Pour Song of an Unknown Tongue, le souhait initial de Zarah Mc Farlane était de faire de la rythmique un fil conducteur encore plus explicite, déployé exclusivement avec textures électroniques. Un séjour à la Jamaïque pour mener une recherche sur les genres de musique antérieurs au mento, afin d’écrire une comédie musicale situé au début du 19ème siècle, lui en fournira la matière. Avec l’aide de Marjorie Whylie, spécialiste des cultures folk en Jamaïque qui l’oriente vers des enregistrements datant des années 70, elle s’immerge dans les différentes traditions qui se déclinent en danses, rythmes et rituels spécifiques. Par exemple dans l’etu, le gerreh, ou le dinky mini, qui ressemble fortement au mendé guadeloupéen. Zarah Mc Farlane décide alors de s’en inspirer pour composer, avec les producteurs Kwake Bass et Wu-Lu, les dix titres qui explorent les ramifications actuelles du colonialisme sur les instrumentations dont le caractère hypnotique et les harmonies en tension inspirent à la fois calme et étrangeté. Sur Native Nomad, seul son de l’album sur lequel la rythmique, filtrée et entrecoupée de pauses et de bruitages naturels, est placée à l’arrière plan, Zarah Mac Farlane joue avec le thème de la synesthésie pour figurer à la fois la désorientation, et la fertilité des appartenances multiples.
A propos de la musique traditionnelle jamaïcaine « Fi Mi Love »: A Musical Journey with the Jamaican Folk Singers
Daymé Arocena, Apache – Candela Wena (Cuba)

Daymé Arocéna est née en 1992 dans un milieu très précaire, alors que l’effondrement de l’URSS a plongé Cuba dans une période de turbulence économique intense. Elle baigne dès son plus jeune âge dans la rumba. Grâce au efforts de sa communauté, elle est admise dans un conservatoire élitiste et est formée avec des méthodes quasi militaires à la direction orchestrale. Signée sur le label Brownswood Records, elle acquiert une renommée internationale dans le monde du jazz avec ses premiers albums, riches en percussions et profondément ancrés dans la santéria, religion afro-cubaine dérivée de la religion yoruba. Dans ses premières performances, pieds nus, vêtue d’un turban et des robes blanches, Daymé Arocéna revendique son statut de santéra (prêtresse) tout juste initiée, désignée par le terme iyawó. Il n’y a sans doute pas de hasard à l’émergence d’une personnalité publique afrodescendante qui fait rayonner de cette culture marginalisée. Puisqu’après le rétablissement des relations diplomatiques entre Cuba et les États-Unis en 2016, une période d’ouverture de l’île aux capitaux étrangers et à la création d’un secteur économique privé s’ouvre. Et l’industrie du tourisme, friande de la marchandisation du folklore, y occupe une place prépondérante. Le décret « 349 » promulgué par le gouvernement cubain en décembre 2018 qui interdit à tous les artistes de se produire dans des lieux publics ou privés sans l’autorisation préalable du ministère de la Culture bouleverse sa trajectoire. Après s’y être publiquement opposée, Daymé Arocéna s’exile au Canada, puis finit par s’installer à Porto Rico après y avoir composé l’album Alkemi (alchimie en Yoruba). À partir de cet album, sa volonté de se placer explicitement dans le sillage des artistes afro caribéens s’affirme. Elle décentre l’improvisation jazz au profit de genres comme le reggaeton, ou la bossa nova. Elle intègre également des instrumentations plus synthétiques et des influences pop, r&b/soul pour toucher un public plus large. Le titre « Candela Wena », hymne dansant en featuring avec le rappeur afro vénézuélien Apache, célèbre les racines africaines de la culture latine avec un riff de guitare qui rappelle la rumba congolaise.
A propos du rôle de la Santéria dans la musique et les visuels de Daymé Arocéna : Ashé! Daymé Arocena: Santería, Cultural Contestation, and the Politics of Remembrance . (2021). A Contracorriente: Una Revista De Estudios Latinoamericanos, 19(1), 209-228.
Née à Cleveland, Lady Donli, qui a ensuite grandi à Abuja, fait partie des artistes nigérian·es qui ont contribué à l’émergence, au début des années 2010, du mouvement culturel multidisciplinaire dit alté. Le terme aurait été introduit pour la première fois par le groupe de hip-hop DRB Lasgidi, pour désigner un mode de vie résistant au conservatisme. Embrassée par la jeunesse urbaine hyperconnectée de Lagos, la musique alté vient d’abord troubler les canons de l’afrobeat mainstream populaire à l’international. Les premières expérimentations intègrent des textures, rythmiques ou harmonies issues du r&b moderne, de la trap, de la funk ou de de l’électro. Ces titres, que les interprètent produisent souvent eux même et postent sur soundcloud sont marqués par l’étrangeté et l’énergie de synthés détunés et de voix aiguës pitchées. Ils ont ouvert la porte pour que la nouvelle génération d’artistes alté trouve désormais naturel de réapproprier aussi la pop, le punk, ou encore le rock. Sans s’interdire les sons très produits aux sonorités futuristes, avec son dernier album Pan African Rockstar (2023), Lady Donli a choisi de privilégier la voie de la nostalgie. Portée par des arrangements majoritairement organiques, elle navigue entre highlife, soukous, rock psychédélique, avec un flow dont la pointe d’irrévérence rappelle une Kelis ou une Santigold. Le titre Jazz up est produit par Odunsi (The Engine), un autre pionnier de l’alté. Habituée des tournées à l’international, en 2026, elle choisit de consacrer du temps à des performances plus intimistes et collaboratives pour contribuer à la revitalisation du live dans la ville de Lagos, qu’elle trouve trop peu dotée en salles de concert. Elle s’y produit régulièrement avec son groupe the Lagos Panic, lors des sessions Welcome To The Panic Room ! avec une partie jam session.
Deux autres références de l’alté :
l’album Silent Noise de Maryyx2
l’artiste Faruna sur soundcloud
Tara Salah Moneka – Madina (Irak/Canada)

La famille Moneka, dont Tara est la benjamine, est une famille d’artistes noir.e.s iraquien.e.s qui revendique de lointains ancêtres originaires de Mombasa au Kenya, établis en Iraq à l’époque du califat abbasside (VIIIe-Xe siècle). Dans la ville de Basra, qui abrite une grande partie de la minorité afro-iraquienne, les Moneka sont gardiens d’une pratique spirituelle hybride qui est spécifique à leur famille, appelée Bilali Mombvasi ou Al Tariqa Albambasia. Cette « voie soufie », ou tariqa, transmise à travers les générations, se pratique sous forme de rituel de guérison, dansé et chanté en arabe et en ancien swahili. Tara Moneka commence à chanter à 4 ans et à se produire sur scène a 8 ans. Sa renommée explose en 2014 après sa participation à the Voice Kids Moyen Orient. Mais elle et sa famille sont menacées par les milices qui ont proliféré après la chute de Sadam Hussein en 2003, et qui s’opposent aux représentations musicales publiques. Obligés de fuir en 2017, iels passent 4 ans en Turquie, puis la famille rejoint le frère aîné Ahmed, exilé au Canada après avoir lui aussi été menacé de mort pour sa participation au court métrage The Society, qui chronique l’oppression d’un couple gay en Irak. Désormais basée a Toronto, Tara Moneka s’essaie aux mélanges entre maqâm – musique savante iraquienne ou l’improvisation a un place importante – jazz, afrobeat et soul. Elle se produit notamment avec un groupe exclusivement féminin, Dilah, le nom arabe du fleuve Tigre. Madina, tiré de son premier EP du même nom (2024), aborde la douleur de l’exil et l’attachement à une cité portuaire dont on ne sait s’il s’agit de Basra ou de Toronto…
A propos des cérémonies de guérison animées par la famille Moneka: « Healing Rhythms,: The Moneka’s Journey from Mombasa to Basra to Toronto » du Aga Khan Museum de Toronto
Fena Gitu est une artiste interprète et productrice kenyane. Elle grandit à Nairobi, dans le quartier Buruburu, connu pour être l’un des lieux de développement du sheng, la langue vernaculaire abondamment utilisée par la jeunesse urbaine. Sa famille l’élève dans le gospel. Après l’obtention de ses diplômes universitaires en psychologie et en relations internationales, elle gagne un concours de chant organisé par l’Alliance Française en 2008, ce qui lui ouvre des portes dans l’industrie musicale. Son premier album, Fenamenon (2014), reflète largement son désir de s’exprimer, depuis Nairobi, en suivant les canons instrumentaux du r&b et de la neo soul américaine des années 2000. Si les arrangements vocaux – particulièrement les chœurs – typiques de ces genres restent une constante dans sa musique, à partir de 2017 et de son single Sema Ng’we – « chiche » en sheng – , Fena Gitu bifurque explicitement vers l’afrobeat, le genge et le kapuka. Ces deux derniers styles sont dérivés du reggae-dancehall, dont Nairobi constitue l’un des lieux de recomposition et de rayonnement les plus importants du continent africain depuis les années 80. La circulation de ces genres musicaux s’appuie en partie sur une spécificité nairobienne : les matutu. Ces minibus de transport collectif, customisés de peintures et graffitis hyper colorés, sont de véritables soundsystems ambulants qui diffusent à longueur de journée des mix pour faire patienter les passagers dans les embouteillages. Le titre Steam issu du second album de Fena Gitu, Unleashed, est représentatif de son ancrage dans le dancehall. Elle en sort une version acoustique deux ans plus tard sur l’EP Black & Gold. En 2026, la GenZ redécouvre avec enthousiasme le titre sur tik tok. La jeune génération y perçoit sans doute des influences communes avec l’arbantone : le nouveau genre en vogue qui combine samples de genge et riddim jamaicains.
Deux artistes qui ont fortement contribué au développement du reggae dancehall kenyan: Nazizi et La DJ & selecta Jahmbi Koikai, qui militait également pour une meilleure prise en charge de l’endométriose au Kenya
Buika – New Afro Spanish generation (Guinée Equatoriale/Espagne)

Dans sa jeunesse, on moquait la voix rocailleuse et profonde de Concha Buika. Fille d’exilés équato-guinéens bubi qui fuient la dictature de Francisco Macìas Nguema, elle naît à Palma, capitale de l’île espagnole de Majorque. Elle grandit à Barrio Chino, quartier paupérisé qui abrite une population marginalisée, dont une partie a fui le franquisme. Unique adolescente noire, elle s’empreigne de la culture gitane de ses ami.e.s, et apprend le flamenco « dans la rue ». Elle fait ses armes sur scène en chantant dans des clubs européens, et, plus tard, a Las Vegas ou elle est embauchée dans des shows dans lesquels elle imite Tina Turner Après un premier album en piano voix sur lequel elle propose des arrangement jazz de copla – chansons du folklore espagnol – elle sort Buika en 2005. Cet album reste à part dans sa discographie. C’est en effet le seul qui dialogue autant avec le r&b et la pop et qui utilise des kit de hip hop, y compris des scratchs, pour la rythmique. Sur New Afro Spanish Generation sur lequel les rasgueados (rythmique d’accords de guitare flamenco) et les palmas (claquements de main) se mêlent allègrement aux rhodes typiques de la soul des années 2000, elle revendique son appartenance aux rues de Madrid tout en prônant l’obsolescence des frontières. Dans le reste de son cheminement musical, les sonorités se déplacent plutôt autour de la Méditerranée, en Amérique du Sud, et surtout dans les caraïbes hispanophones. La salsa cubaine est en effet très présente dans sa musique, ainsi que les rancheras, ces chansons populaires mexicaines ancrées dans la culture de la paysannerie. Mais elle ne délaisse pas complètement les instrumentations électroniques, puisqu’on peut l’entendre épisodiquement sur des titres de house, genre qui a marqué ses débuts.
Pour découvrir le style de flamenco avec lequel Buika a accédé à la reconnaissance internationale: La performance live acoustique de « Jodida pero contenta «
Vinia Mojica – Guilt Junkie (Puerto Rico/USA)

Absente d’internet en son nom propre, Vinia Mojica fait partie de ces chanteur·euse·s qui bien que n’ayant pas emprunté la voie hégémonique de la carrière solo, ont durablement marqué une période sonore. Figure reconnue dans la scène hip hop newyorkaise, elle a promené son timbre mezzo soprano, tantôt rieur, tantôt mélancolique, sur d’innombrables refrains. Jungle Brothers, A Tribe Called Quest, De la Soul, Talib Kweli, Mos Def, Hi-tek … sa voix apporte une contribution décisive aux albums de la « golden era ». Vinia Mojica est née en 1970 de parents afro-portoricains, et grandit dans le Queens. Elle se forme à la technique vocale, notamment classique, à la Laguardia High School, l’école qui a servi de décor au film et à la série Fame. Dès l’adolescence, elle est témoin et actrice du bouillonnement qui agite alors les fêtes et les clubs de la Grosse Pomme, dont le coût d’accès modique facilite rencontres et expérimentations. Elle navigue ainsi en électron libre entre différentes communautés musicales, des Native Tongues à la Black Rock Coalition. A 18 ans, elle perd sa mère célibataire, à laquelle Q-Tip rend un petit hommage a la fin de Vibes and Stuff sur l’album The Low End theory. Devenir chanteuse professionnelle devient alors une nécessité financière. Elle voyage intensément à travers le monde sur les tournées d’artistes hip hop et, en France, laisse une empreinte mémorable sur les albums d’Alliance Ethnik, surtout avec le titre Respect (1995). Elle travaillait sur un album solo prévu pour 2003 finalement jamais sorti, réduisant les fans inconditionnels à se satisfaire de leurs playlists. Celles ci contiennent souvent Guilt Junkie, un titre neosoul sur lequel, recréant une sorte de flux de pensées obsessives entre regrets et désir de fuite, elle s’affranchit justement de l’exercice du refrain répété à l’identique.
Vinia Mojica sur Anything Possible de DJ Medhi
image d’illustration : Djo Ilanga








