Que nous aimons quand les hasards du calendrier et de la géographie nous offrent des surprises de choix. En avril dernier, nous nous sommes assises avec Raharimanana. Cet écrivain malgache de grande renommée dont l’engagement en littérature et plus globalement dans les arts n’a jamais été fait de demi-mesure.
Son audace esthétique ainsi que son engagement en ont fait un romancier, poète, dramaturge, historien, musicien, peintre, conteur, éditeur, aussi prolifique qu’incisif et troublant. Depuis Lucarne, un recueil de nouvelles qui fut son premier opus publié en 1996, Raharimanana a beaucoup écrit, créé, performé.
D’écriture donc, nous avons beaucoup parlé en revenant sur le travail, les sacrifices qu’il a fallu fournir pour trouver un style, une langue littéraire, une esthétique nourri des malgaches – l’officiel et les autres – et du français. Comment il a fallu partir en quête de malgachité.
Et comme rien n’est désincarné, surtout pas dans la littérature de Raharimanana, il nous a raconté comment il a eu recours à la photographie alors qu’il essayait de survivre à Tana avec une bourse largement insuffisante. Il nous parle également des professeurs qui l’ont aidé à avancer dans la tâche douloureuse de devenir écrivain.
Sur les traces de cette poétique très singulière, nous lui avons demandé de quelle manière il était parvenu à cette écriture débarrassée des injonctions aux convenances, au silence à une époque où tout un courant d’écrivains malgaches prônaient l’exaltation du paysage et de la douceur de vivre comme esthétique littéraire.
Raharimanana n’omet pas non plus dans ce récit d’enfance la négrophobie qui subissaient des sœurs et un frère, au physique indéniablement côtier. Il est aussi largement question d’histoire dans cet entretien tant au travers de la répression coloniale de l’insurrection de 1947 1 que des multiples récits de violences coloniales et violences d’état qui jalonnent les livres et la vie de celui dont le père fut arrêté, emprisonné et torturé suite au scrutin présidentiel du 16 décembre 2001.
Avec la rigueur qui le caractérise, Raharimanana dissèque également un certain nombre de fictions identitaires qui ont cours à Madagascar. Il nous présente aussi Terre et Ciel, un récit qui se détourne volontairement du modèle occidental du roman pour réinterpréter un des mythes fondateurs du territoire, notamment dans une perspective antisexiste.
Il nous fait aussi le plaisir de vous jouer un peu de valiha… Alors installez-vous, vous êtes dans Cases Rebelles et Raharimanana nous parle avec une grande humilité et beaucoup d’humour.
Bonne écoute.
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MUSIQUE :
Jeff Parker ETA IVtet « Like swimwear »
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- A propos de l’insurrection de 1947 : https://www.contretemps.eu/il-y-a-70-ans-linsurrection-de-mars-1947-ou-la-troisieme-guerre-franco-malgache/[↩]




