J’ai grandi ici
France, juin 2014, quelque part dans les Flandres. J’ai un peu grandi ici. Pas loin d’ici. Dans un endroit plus paumé, plus isolé encore. Où les personnes que je croisais au quotidien ne croisaient jamais de noirEs et n’en avaient pour la plupart jamais vuEs de toutes leurs vies avant nous et n’en reverraient peut-être plus jamais ; à part dans leur télé. J’ai un peu grandi ici. Lire →

Donald Trump l’avait annoncée et voilà donc la mise en acte étatique de l’islamophobie par la violence du bannissement. Aussi violents et anxiogènes soient-ils, ces passages à l’acte sont les conséquences inévitables pour des sociétés occidentales ayant fait du sécuritaire xénophobe – avec une place de premier choix pour l’islamophobie – un élément discursif central et un mode de gouvernance.
Un jour où j’accompagnais mon père dans un de ses voyages, une jeune femme m’a demandé ce que ça faisait de grandir avec un père célèbre. Je lui ai dit : « Ce n’était pas mon cas. » Mon père n’était pas « célèbre » quand j’étais enfant et le fait d’être née dans le Black Panther Party était un secret que je gardais au fond de mon cœur dans certains contextes, quand dans d’autres, c’était une évidence pour moi que les gens savaient.
Voilà, encore une fois un imbécile a partagé une image horrible sans avertissement. Je n’ai pas eu d’autre alternative que de la voir surgir sur mon écran dans toute sa brutalité. Maintenant l’image m’obsède ; elle revient en flashs quand j’essaie de manger. Elle sautille sur le fil de ma raison.
Quand je criais « PANAFRICA »… Quand je disais « Sœurs » et « Frères »… Cela n’a jamais voulu dire « Revenez nous chercher ». Cela n’a jamais voulu dire que je voulais abandonner cette terre héritée par le sang, la force de la chaine et du fouet. Cette terre qui nous fut léguée face aux oppresseurs par les derniers souffles des tribus kalinas. Cela n’a jamais voulu dire que je croyais au retour du temps en arrière…
Je me cache tellement. Je suis tellement invisible parfois ; les pas des femmes trans dans les villes étasuniennes ou même à Paris n’y changent rien. Chaque endroit est un contexte. Et c’est ici que je veux vivre, telle que je suis. C’est ici que je dois vivre. Pas dans facebook, pas dans un post, pas dans un slogan ou pas dans une série. Ce qui me soucie ce sont mes possibilités d’exister ici en tant que femme noire trans.
Nous avons une idée de la façon dont nos luttes d’émancipation devraient se mener, des idées de stratégies politiques. Nous comptons idéalement les mettre en place quand nous serons plus nombreuxSES, prêtEs. Nous comptons tout simplement les mettre en place idéalement. Mais l’agression du pouvoir surgit n’importe quand. Elle n’attend pas que nous soyons prêtEs, elle ne lance pas d’avertissement.
Voici un petit texte du collectif où on fait nos adieux aux Chronik du Nègre Inverti tout en se réjouissant des nouvelles aventures de joao Gabriell. A suivre! .
