Épisode 82 | « Forger une langue à la mesure de notre richesse », avec Dionne Brand

Poétesse, romancière, essayiste, éducatrice, réalisatrice, professeure, Dionne Brand est née à Trinidad et vit à Toronto au Canada depuis 1970. Dans ce 82e épisode elle nous parle du lien entre lutte révolutionnaire et l’écriture, de la littérature comme espace de redécouverte et d’appréhension de nos histoires, d’agilité et d’imagination dans les cultures noires et caribéennes, des possibilités qu’offre la poésie de s’échapper de ce qu’elle nomme « le récit impérialiste ». Elle revient également sur la création de The Blue Clerk, une œuvre métapoétique émouvante et captivante. Il est aussi question de négritudes fugitives et de sa recherche d’une langue capable d’accueillir et d’exprimer nos êtres complexes et pluriels. Ecouter →



La guadeloupéenne Résolue a 16 ans quand Dany Bébel-Gisler commence à l’enregistrer pour faire son récit de vie. C’est par sa voix que nous découvrons les détails du cours tumultueux de son existence marquée par la pauvreté, la violence intra-familiale, les visites d’assistances sociales, les multiples foyers, les tribulations d’une enfant de la DASS ou « timoun a la lwa ». Résolue lutte pour retrouver les siens, récupérer le contrôle de sa vie et ne plus être un paquet qu’on balotte.

Il y a quelque chose de vertigineux dans la proposition d’intervention qui nous a été faite puisqu’il n’y a pas une pensée féministe dans la littérature caribéenne mais DES pensées féministes dans une littérature caribéenne profondément hétérogène à travers les âges, les aires géographiques, linguistiques, et les influences. Il y aurait donc énormément à dire, à mettre en lumière. Pour vous donner envie de découvrir, de faire découvrir, d’aller lire ou relire nous avons choisi 4 auteures d’époques et d’espaces différents : Marie Vieux-Chauvet, Simone Schwartz-Bart, Jamaica Kincaid, Dionne Brand.
Les sœurs zabîme est une bande-dessinée d’Aristophane. Elle se déroule en Guadeloupe et raconte le premier jour des vacances – jour de passage s’il en est – de trois sœurs collégiennes. Au gré des rencontres avec d’autres amiEs de leur âge, au rythme des événements, l’anodin jouxte l’existenciel et ses profondeurs, ses abîmes…
« Depuis mille ans, j’héberge une île. Je n’ai pas eu le choix, à vrai dire. Elle m’habitait bien avant que mon corps ne m’habite. Je lui disais : Vas-y, fous le camp avec tes volcans mal éteints. Je lui balançais du gros sel. Je ne voulais pas d’elle. Je voulais London, la lune. Je voulais loin et des territoires sans papa ni manman. J’ai parlé une autre langue, j’ai ricané. J’ai mis des culottes noires à l’envers pour ne pas qu’elle vienne me sucer dans mon sommeil ; et j’ai effacé toute trace en marchant dos au temps, balai à la main. »
Imaginez une membre active de l’Underground Railroad qui publia des nouvelles, poèmes et articles, et est considérée comme la mère du journalisme afro-américain, qui clasha l’ethnocentrisme des suffragettes blanches, enflamma des foules diverses dans ses conférences, et anticipa des concepts que le féminisme allait mettre encore des décennies à formuler clairement. Frances E.W. HARPER vécut bien au-delà de sa mort en 1911. Son héritage a survécu aux oublis récurrents et aux mauvaises lectures qu’on fit de son œuvre.